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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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12 INTRODUCTION.

un assez grand nombre de cris de manœuvre à l’usage des bateliers du Nil. Ces cris ont presque tous un carac-tère mélodique très prononcé ; ils respirent ou la gaîté ou la tristesse suivant que les bateliers et rameursn’éprouvent aucune difïîcuîLé, ou sont arrêtés, au contraire, par des obstacles. Le même auteur nous fait con-naître, en outre, les refrains des puiseurs d’eau des environs de Kene (n° 26) et de Louqsor (n“ 27). Il y aparmi ces refrains un cri particulier dont se servent les puiseurs d’eau, lorsqu’ils veulent appeler pour êtrerelevés (n° 28). Celte petite chanson rentre dans la catégorie des cris d’appel où viennent également se placerles cris des maçons demandant une truellée au sas! des ramoneurs se donnant des signaux de haut en baspar les tuyaux des cheminées, et plusieurs autres du même genre particulièrement en usage dans les métiersoù les compagnons sont servis par des aides ou des apprentis.

Ainsi le cri de labeur, expression naturelle de la souffrance ou de la gêne physique qu’engendrent les tra-vaux du corps, peut se modifier, se développer et s’emhellir, au point de figurer parmi les manifèslalionssonores dont l’art est appelé à tirer un excellent parti. C’est surtout dans les chansons, et plus particulièrementdans les chansons de métier, que ces cris interviennent avec succès. Leurs intonations singulières, leurs ono-matopées et leurs mimologismes, fournissent au compositeur des refrains piquants très propres à caractériserla physionomie des différents métiers (1). Au théâtre, ils sont d’un emploi avantageux dans certains rôlescomiques, et les amateurs des vieux refrains de la muse française pensent toujours avec plaisir au tôt, tôt, tôt ,battez chaud du maréchal ferrant.

L’utilité du cri, au point de vue physiologique, se rattache à une question artistique du plus grand intérêt :c’est celle des effets de la musique sur l’homme et sur les animaux. Traitée dans une foule d’ouvrages spéciaux,cette question n’a pas occupé seulement les musiciens. Les hommes chargés de la conduite et de la disciplinedes armées devaient nécessairement porter leur attention sur les excellents résultats qu’on obtient de l’emploidu rhy thme musical dans les exercices corporels destinés à former le soldat, etc. Il faut voir, par exemple, avecquelle conviction s’exprime à ce sujet le maréchal de Saxe dans ses Rêveries. Ainsi que nous le disons dansnotre JSIanuel général de musique militaive (2), les paroles d’un si grand guerrier, homme d’action avant tout,ont plus de poids que celles d’aucun autre écrivain, puisqu’elles sont le fruit de l’expérience môme. Ne son-geons donc pas à infirmer la valeur de son témoignage, lorsqu’il déclare que les tons ont une secrète puis-sance sur nous, qui disposent nos organes aux exercices du corps et les facilitent (3). Pour prouver cettevérité, il a recours à un exemple vulgaire, mais concluant. « Il n’y a personne, dit-il, qui n’ait vu danser desgens pendant toute une nuit en faisant des sauts et des haut-le-corps continuels. Que l’on prenne un homme,qu’on le fasse danser pendant deux heures sans musique, et que l’on voie s'il résistera (è). » La conclusionqu’il lire de cet exemple est que le rhythme doit toujours accompagner les exercices du soldat, afin que dansles manœuvres et à la guerre la marche des troupes soit plus ferme, plus régulière et plus rapide.

Cette secrète influence des sons en général, et du rhythme en particulier, n’est pas, avons-nous dit, bornéeà l’homme. Toute manifestation sonore agit non moins puissammant sur les organes des animaux. Un chant,un simple cri, les dispose à l’obéissance, et les porte à s’acquitter plus aisément du labeur journalier auquel onles soumet. Lorsque les chameliers veulent faire avancer leurs chameaux, au lieu de se servir du fouet ou dubâton, ils disent une chanson (5). C’est par le même moyen que les âniers et les muletiers triomphent de l’en-

(1) C’est ainsi qu’Adolphe Adam, avec son entrain et sa verve ordi-naires , a caractérisé ceux dont il s’est occupé dans le recueil cité plushaut par l’imitation musicale des bruits qui les rappellent. Outre le gé-missement nocturne des boulangers, mentionné ci-dessus, il reproduitle lin, tin, tin et le lie, toc des horlogers, le ohè des canotiers, des grc-nouillards, des rivoyeurs et des flumbards de la Seine (voy. PI. Il,n° 29), le die, clac des postillons, le pan, pan des charpentiers, ainsique le bruit de leur scie et de leur rabot.

(2) Manuel gênerai de musique militaire à l’usage des armées fran-çaises, comprenant : 1” l’esquisse d’une histoire de la musique militairechez les différents peuples, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours; 2° lanouvelle organisation instrumentale prescrite par l’ordonnance minis-térielle du 19 août 1845; 3” la description et la figure des instruments

qui la'composent, notamment des nouveaux instruments de M. AdolpheSax ; 4° quelques instructions pour la composition et l’exécution de lamusique militaire. Paris, Firmin Didot frères et Brandus, Dufour etC% 1848, 1 vol. in-4. Voyez p. 175 et suivantes.

(3) Les Rêveries ou mémoires sur l’art de la guerre, de Mauricecomte de Saxe, duc de Courlande et de Semigalle, maréchal-généraldes armées de S. M. T. C., etc., etc.; dédiés à messieurs les officiersgénéraux par M. de Bonneville, capitaine-ingénieur de campagne de samajesté le roi de Prusse. In-folio. La Haye, Pierre Gosse, 1756, liv. I,art. 6, p. 23 et suivantes.

(4) Rêveries, loc. cit.

(5) Jd., p. 25, en note.