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Je dessiner, sur un atlas de plus de quatre cent mille feuilles, cette innombrablevariété de champs de toutes les espèces de culture ; de conserver, dans près dequarante mille registres publics, le dénombrement de toutes les propriétés indi-viduelles , de les suivre ensuite dans la continuelle mobilité qui les fait passersans cesse d’un individu à l’autre ; de donner à chaque propriétaire le terrier leplus détaillé de ses possessions, et d’offrir à la France, dans la réunion de cesterriers, l’imposant et magnifique tableau de tout le territoire français.
Dans tous les temps cette idée a séduit les plus grands Souverains ; il n’enest point qui n’aient formé le vœu d’avoir dans leurs archives le dénombrement,la description de toutes les terres de leur empire et l’estimation de leurs revenus.Jusqu’à présent cette idée n'avait pu se réaliser que dans les états qui, par leurpeu d’étendue , n’étaient effrayés ni du temps ni de la dépense que devait en-traîner son exécution. Il était réservé à la France de l’entreprendre sur un plusvaste théâtre, et de donner aux autres grandes puissances de l’Europe un exempledéjà suivi par quelques-unes, et que les autres se préparent à imiter.
En jour viendra peut-être où l’on s’étonnera que les nations aient pu existersi long-temps sans satisfaire à ce désir, si naturel à tout individu, de connaîtrel’étendue, la nature et le produit de toutes ses propriétés. De cette connaissanceles gouvernemens tireront un si grand parti sous tous les rapports qui lient lesadministrés aux administrateurs, que l’on se demandera comment ils ont pu s’enpasser pendant tant de siècles.
Mais cette entreprise, qui présente tant d’objets d’utilité divers , a un butbien plus important encore, celui d’asseoir enfin sur des bases égales, justes,fixes et immuables, l’impôt qui intéresse le plus un peuple essentiellement agri-cole, un pays aussi vaste dans son étendue que riche dans ses productions,l’impôt véritablement français, qui tout-à-la-fois forme la première branche desrevenus de l’Etat , et détermine l’exercice des droits politiques des citoyensappelés aux éminentes fonctions d’Électeurs et de Membres de la Chambre desDéputés.
Les. privilèges des ordres et des provinces venaient d’être supprimés ; tousles Français allaient concourir aux charges de l’État; les divers impôts qui affec-taient la propriété avaient été ramenés au régime simple et uniforme d’uneimposition unique sur les biens-fonds; la contribution foncière était établie; ilrestait a la distribuer avec égalité, et le cri unanime des propriétaires réclamaJe seul moyen de parvenir à cette égalité le cadastre parcellaire.