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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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346
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Ch.XIX.

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VIT RUVE

Il bâtiiîoit la Tortue à Bélier , à peu prés de la mefme manière. Elle eftoit " large de Atrente coudées, & haute de quinze, fans le toit qui en avoit fept depuis la plate-forme *jjufqu'au haut : Outre cette hauteur elle avoit encore une petite tour qui s'élevoit fur le mi-lieu de fon toit : cette petite tour eftoit large pour le moins de douze coudées., & elle com-iprenoit quatre étages, dans le dernier defquels on plaçoit les Scorpions & les Catapul-tes, & dans les étages d'embas on amaiïbit grande quantité d'eau pour éteindre le feu qui

Machine a Be.lier.

Orthojlate,

Ceraxl

pouvoit eftre jette. On plaçoit dans cette Tortue la machine à Bélier, qui eft appellee en- Grec " Criodocbé', dans laquelle on mettoit un rouleau arondy parfaitement au tour, "* furlequel le Bélier eftant pofé il alloit & venoit eftanttiré par des cables,grands effets. Le Bélier eftoit couvert de cuirs fraifchement écorche

* n.

& faifoit de tres-

sez de meime

tour.

Pour ce qui eft de la Tarriere voicy comme il l'a décrite. Elle eftoit en plusieurs chofes Bfemblableàîa Tortue. Il y avoit au milieu de la machine fur des montons , un canal pa-reil à celuy ' 5 des Catapultes & des Baliftes qui avoit cinquante coudées de long &c unecoudée de large ; au travers de ce canal on mettoit un moulinet : en devant à droit &à *gauche il y avoit des poulies, par le moyen defquelles on faifoit remuer une poutre fer-rée par le bout, laquelle eftoit paiTée dans le canal, & fous cette poutre 7 il y avoit des rou- *lcaux, qui fervoient à faire qu'elle f uft pouffée avec beaucoup de force & de promptitu-de. Au deflus de la poutre on faifoit comme une voûte qui la couvroit &qui foutenoitles peaux fraifchement écorchées dont la machine eftoit couverte. A l'égard du Corbeauil n'a pas crû en devoir rien écrire, parce qu'il avoit reconnu que lS cette machine n'avoit *

moitié plus qu'il ne faut pour nn plancher de bois.

ii. Large de trente coud As Vitruve n'apoint fuiuy icy les mefures qu'Achcnée donne à la Tortue àBélier -, il eft vray qu ii parie d'une grande & d'une petiteTortue , & qu'il ne donne les mefures que de la grande,qu'il fait longue de cinquante coudées,large de quarante,& haute de treize & dçmy , fans le toit qui en avoit feize.La petite Tour qui s'élevoit audeilùs du toit, avoit troisétages, il faut croire que les mefures que Vitruve donne,font de la petite tortue; mais les proportions des parties nefe rapportent point avec celles de la grande d'Athenée.

il. La pLATTE-FOR.MF.Jay crû devoir interpreterainfi le moiftratum. Caria Plattc-forme en termes de Char-penterie eft un alfembiage de deux fablieres pofées fur lesextremitez du mur, fur lefquelles les chevrons qui font letoit, font pofez , fçavoir , le bout du maitlre chevron, fur]a fabliere qui eft en dehors ; & le bout du petit chevron oujambette, fur l'autre fabliere qui eft en dedans.

13. C r 10 doche'. Dans tous les exemplaires de Vi-truve ce mot Grec eft éciit avec un* , & les Interprètes quicroyenr qu'il eft composé de crios qui fignifieun Bélier, &de docos qui fignifie une poutre , l'ont interprété trabernarietariam : mais je croy qu il doit eftre écrit avec un % tainfi qu'il left dans Athénée, qu'il n'eft point composé duX\om docos , mais du verbe dechomai, & qu'il fignifie la ma-chine qui reçoit ejr q- i enferme le Bélier; car cela eft fui vautle texte, il y a arietaria machina qm Grace criodoche di-citur. La raifon de cela eft que la poutre qui fert de Bélier,êc la machine à Bélier font deux chofes différentes , ainfique le texte fait voir clairement.

14. Sur lequel le Bélier. Ce Bélier eft different de ce-luy qui eft décrit cy-aprés au chapitre 11 , & qui eftoit pen-du à des cordes : car celuy-cy roule dans un canal, fon mou-vement eftant pareil à celuy de la Tarriere qui eft décriteenfuite. Il eft encore different de celuy de Cetras , quieftoit porté fur les bras de plufieurs hommes : d' il refai-te qu'il y avoittrois fortes de Béliers , les uns eftant fufpen-dus à des cordes, les autres coulant fur des rouleaux , & lesautres eftant foûtenus fur les bras.

15. Des Catapultes et des Ba listes. Ilfaut qu'en cet endroit les noms de Catapulte & de Baliftefoientmis comme fynonymes par un abus que l'ufage com-mençoit déjà du temps de vitruve à introduire dans la lan-gue Latine, comme il fe voit dans les Commentaires deCxfat, il eft parlé des javelots qui eftoient lancez parles Baliftes : car il n'y a aucune apparence que des Baliftes,qui proprement font faites pour jetter des pierres, eulfent

un canal comme les Catapultes -, parce que ce canal n'efloit s*,propre qu'à conduire le javelot qui eftoit droit & égal, tknon pas pour conduire une pierre qui ne pouvoit pas eftreallez ronde pour couler dans un canal de bois.

16. Un m o u l 1 n e t. il n'eft pas aile de deviner à quoifervoit ce moulinet, fi ce n'eft pour tirer la poutre en ar-rière, après qu'elle avoit efté tirée en devant , pour frapperfon coup à l'aide des cordages qui eftoient paffcs fur despoulies, en forte qu'après que les hommes quitravailloientà faire agir cette machine avoient tiré les cables pour fairecouler la poutre fur des rouleaux en avant , il y en avoitd'autres qui la retiroient en arrière avec un moulinet-, ce quife faifoit ainfi, parce que l'effet d'un moulinet eft de tireravec force mais lentement, ce qui pouvoit fuffire à ce re-tour de la poutre , qui pouvoit quelquefois engager fonfer pointu entre les pierres , ou mefme dans celles qu'ellesperçoient & il n'eftoit pas necefîàire que ce retour fuft fi r\foudain que le mouvement qui fe faifoit en avant pour frap-per. Or pour achever de deviner les ufages de la Tarriere,

je diray que je croy qu'elle fervoit à commencer la brèche ;parce que le Bélier auroitefté troplong-temps à rompie unepierre avec fa tefte greffe & ronde ; ce que la Tarriere quieftoit un Bélier pointu , faifoit aifement ; & lorfqu'il y avoitune pierre oftée parle moyen de la Tarriere qui la couppoiten pieces , le Bélier emportoit aifement les autres , en lespouflant vers l'eudroit qui eftoit vuide , & il n'y avoitrien qui foûtintla pierre qui y eftoit pouffée.

17. Il y avoit des rouleaux. J'ay crû qu'ilfalloir corriger cet endroit, fui vant Athénée, qui dit qu'il yavoit des cylindres dans le canal fous la poutre à Tarriere,qui fervoient à la faire couler avec plus de facilité. C'eftpourquoyau lieu de in eo canali cavité ferrato tignum , fub

eo autem ipfo canali inclufi tuti. Je lis fub eo autern ipfo ( fup pple tigno ) in canali , inclufi ton & j e traduis tori , des rou- ^leaux , parce qu'il a efté parlé cy-devant d'un rouleau quieft appelle torus perfeUus torno. Cette remarque eft deLac t.

iS. Cette machine n'a voit pas grandeffet. Elle fut caufe néanmoins de la premiere victoireque les Romains remportèrent fur les Carthaginois en unebataille navalle felon Poly be. Et les grands effets que l'onraconte des machines d'Archimede pour la defenfe deSyra-cufe ,font attribuez par Plutarque principalement à ce Cor-beau. Polybe &Jul.Frontinus difentquele Conful C.Duel-lins qui commandoit 1 armée navale des Romains, fut l'in-venteur de cette machine ; quoyque Quinte-Ciirfe en at-tribué' l'invention aux Tyriens lorfque leur ville fut affieaée