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Ch.XIII.
VIT RUVECHAPITRE XIII.
Fundult dmbtt-
latiles.
Ferreiatcones,
ycrticuli.
Summit flarti-tta.
Des machines hydrauliques qui font jouer des Orgues.
IE ne veux pas obmettre d'expliquer icy avec le moins de paroles & le mieux qu il meferapofïible, par quel artifice on fait des Orgues « qui jouent par le moyen de l'eau. On *met un coffre de cuivre fur une baie faite avec du bois, ôc on élevé fur cette bafe deuxrègles à droit 5 & deux à gauche, qui font jointes enfemble en forme d'échelle : en-tre ces règles on enferme des Barillets de cuivre avec, de petits fonds qui fe baujfent & *quife bdijjent cftant parfaitement bien arondis au tour & attachez à 3 des barres de fer coudées *par des-charnières qui les joignent à des leviers * enveloppez de peaux qui ont encore leur *laine. Il y a des trous de la largeur d'environ trois doits à la plaque qui couvre le haut des "Ha- Brillets, auprès defquels font s des Daufins d'airain attachez aufïi avec des charnières ; 6c ces *
1. Qui jouent par. tï moyen de l'eau..J'ay crû devoir interpreter ainfilemotde hydraulica , quien Grec eft compofé de deux autres qui lignifient eau & ca-nal ouflufte ; car il faut entendre que ce qu'on appelle Ma-chine Hydraulique, dans une lignification générale & moinspropre, comprend toutes les machines qui ont mouve-ment par le moyen de l'eau, comme font les moulins , &dans une lignification plus propre ne fe prend que pour cel-les qui conduifent& élèvent l'eau par des tuyaux , ou danslefquelles l'eau fait joiier des fluftes : en forte que les Or-gues dont nous parlons, font la Machine qui comprend eniby toute l'ellènce de 1 hydraulique : parce qu'il y a & desCanaux & desfiuftes dans lefquelles l'eau fait les effets dontla machine eft capable. Athénée dit que Ctelibius a elle l'in-venteur de cette machine, ou du moins qu'il l'a perfection-née , parce que la premiere invention en eft deuè' à Platon,qui inventa Y Horloge nocturne , c'eft-à-dire une Clepfydrequi faifoit joiier des fluftes, pour faire entendre les heuresau temps où on ne les peut voir.
2. De petits f o n d s. Ce que Vitruve appelle icyfunduliambulatdes font, à ce que j'ay pu juger, les pillonsqui font appeliez emboli mafeuli au chapitre precedent -.ilsfont appeliez ambulatiles , c eft-a-dire mobiles, pour les di-stinguer des fonds immobiles qui ferment les barillets par en-haut & par embas. Il appelle auffi en ce mefme chapitre■penulaw , ce qui eft appelle icy pnigeus qui eft un enton-noir renverfé.
3. Des barres de fer coude'es par descharnières. C'eft ainfi que j'ay crû qu'il falloir enten-dre ferreos ancones in verticulis cum veilibus conjunffos : carancon lignifie en Grec une chofe pliéeen manière de coude :mais cette figure auroitefté mal propre à faire enfoncer & àretirer les petits fonds, qui fervent de piftons aux barillets,fi ces coudes defer n'avoient efté pliables par des charnièresàl'endroitoùils font coudez : de forte qu'il faut entendreque ce fer plié avec des charnières eft foudé par un bout per-pendiculairement fur le petit fond, & que l'autre bout eftemmanché d'un levier, qui balançant fur un pivot qui le tra-verfe , faithauder & bailler le petit fond quand on lehaudè& quand on le baidè , comme il fera expliqué dans la fuite.Il faut encore entendre, comme il fe voit dans la figure, quece n'eft pas fans raifon qu'il y a in verticulis, c'eft-a dire par
f)lufieurs charnières : car fi la barre de fer qui eft jointe aveces petits fonds, n'avoit efté brifée en fon milieu par lemoyen d'une autre charnière, il feroit impoffible de lever,ny de bailler les petits fonds, à caufe du cercle que le boutdu levier doit décrire, ce qu'il n'auroit pu faire fi la barre defer du petit fond n'avoit efté pliable par le milieu.
4. Enveloppez de peaux qui ont enco-re leur, laine. Il eft difficile de débrouiller cet en-droit. Car il faut deviner à quoy fervent ces peaux avec lalaine dont il faut envelopper les ancones, c'eft à-dire les bar-res de fer qui font le manche des pillons, comme il y agrande apparence. Barbaro qui ne s'eft point mis en peinede la conftrudion du texte, croit que ces peaux faifoient lemefme effet aux piftons que les étoupes font à nos ferin-gues : le Père Kiricer qui a eu plus d'égard à la conftru&ion,mais qui n'a pas tant pris garde au fens , eftant de la mefmeopinion que Barbaro fur l'ufage de la laine, a cru que ferret
amonts eftoient les piftons , à caufe qu'il eft dit eps ferret an'cones fellibus lanatis funt involuti. Quelques-uns croyentavec plus de vray-femblance que ces peaux avec la lainefont pour diminuer le bruit que toute machine fait necefïài-rement, & qu'il eft bien important d'empefeher dans celle-cy, qui eftant deftinée a produire un bruit agréable par lemoyen des flutes qu'elle fait fonner,n'en peut exciter d'autrequi nefoit tres-importun. Il eft pourtant vray qu'il n'eftpas fi difficile d'empefeher le bruit quand les machines, com-me icy, font de metail, que quand elles font de bois j parceque c'eft allez dans les machines de metail que les piecesfoient juftes & jointes fermement, ce qui n'eft pas difficile:mais il eft impoffible qu'une machine de bois quelque pre- -,caution qu'on y puifiè apporter, n'ait comme un certain ge- ^millèmentcaufé parle froidement des parties, principale-ment quand elle agit avec la force qui eft neceflaire à éleverles poids des foufnets ou ce qui tient lieu de foufïlet. J'ayéprouvé cette difficulté dans une machine que j'ay fait faire,par le moyen de laquelle en jouant on élevé facilement avecles piez les foufïlets d'une orgue dont il eft parlé dans la der-nière notte fur ce chapitre -, car rien ne m'a donné plusde peine que ce gemiflement , que j'ay reconnu eftrecompofé du froidement general que toutes les partiesnon feulement de la machine , mais auffi du cabinet &de fon piéfouffrent necedairement quand la machine agit:& il m'a fallu prendre d'autres precautions contre ces iiv-conveniens que celles des peaux avec la laine ,dontVitruveparle.
5. Des Daufins d'à i r a i n. L'ufage de ces Dau- J)fins, &c les Daufins mefmes , font des chofes auffi peu con-nues l'une que l'autre -, ce qui rend cet endroit un des plusdifficiles de tout ce Chapitre : Car on ne peut pas efperericy que, comme il arrive allez fouvent, la connoilïanceque l'on a delà chofe dont on entend parler, fade deviner lalignification des termes inconnus. La machine Hydrauliquen'a jamais eftédécrite fi exactement que par Vitruve : maisle peu de foin qu il a eu d'expliquer le mot de Delphinus , abien donné à penfer aux Interprètes qui ne trouvent dansl'antiquité,qu'une chofe qu'il fignifie figurement, encore nevoit-on pas bien le fondement de cette métaphore. On trou-ve queles anciens ont parlé d'un navire porte-dauphin, Seon croit que ceDaufineftoit une made de plomb ainii appel-lee , à caufe que le Daufin eft le plus rmflif de tous les poif-fons: cette malle eftoit attachée à l'antenne, &onla laidbit ptomber dans les navires des ennemis pour les enfoncer. Delà par une autre métaphore on appelloit Daufins tout ce quifervoit de contrepoids. Mais le fens du refte du difeours deVkruve, demande que le Daufin foit autre chofe qu'un con-trepoids. Barbaro croit avec plus de raifon qu'il doit figni-fier quelque chofe de courbé, parce qu'anciennement on pei-gnoir toujours un Daufin en cette figure. Mais il n'a pas bienexpliqué l'ufage de cet airain recourbé, quand ille faitfervirà foutenir & à pendre les leviers qui haudent & qui baillentles petits fonds ou piftons. Cela fe prouve clairement parcequ'il eft dit que ces Daufins tiennent les cymbales pendues àdeschaifnes, & Barbaro pend les leviers à ces chaifnes. Ileft encore dit que quand on haulïè les leviers les petits fondss'abailïent ; ce qui ne fe peut faire dans la difpofition queBarbaro donne à ces Daufins ,dont la tefte eftant levée