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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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319
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LIVRÉ

X.

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À haut par la trompe : & par ce moyen une eau qui eft baïTe peut eftre élevée clans un reïer-voir, d'où elle peut faire des jets.

Mais cette machine n'eft pas la feule que Cteiibius a inventée : Il y en a beaucoup d'au-tres de différentes fortes, qui font voir que les liqueurs eftant prelTées font beaucoup d'ef-fets par le moyen de l'air _, tels que 'font les chants des oifeaux que l'on imite par ces fortesdemouvemens, & 6 les petites figures que l'on fait courir dans des vafes deverre,?par lemoyen de l'eau que ces vafes ont receue ; &c plusieurs autres machines qui font faites pourle plaillr de la veuë & de l'oliie. De toutes ces machines j'ay choiiî celles qui peuvent eftrcde quelque utilité, & j'en ay parlé dans le livre precedent, lorfque j'ay traité des horlo-ges ; de mefme qu'en celuy-cy j'ay décrit celles qui fe font par l'impulfîon de l'eau. Ceux

Ch.XIÏ.

f*

Apres avoir explique ce que Vitruve rapporta des ma-B chines dont les anciens fe fervoient pour élever l'eau, j'aycrû qu'il ne feroit pas hors de propos d'en ajouter une quifait elle feuhrtous les effets qui ne fe trouvent que fepare-ment dans celles dont Vitruve parle: car fi ces machinesélèvent beaucoup d'eau comme le Tympan Se la Limace, el-les nel'élevent gueres haut, ou fi elles l'élèvent auffi hautque l'on veut, comme on le peut faire par le moyen deschaifnes où chapelets, elles ont befoind'unepuillanceex-térieure pour les faire agir, qui foit proportionnée à la quan-tité de l'eau , Se à la hauteur à laquelle on la veut faire mon-ter, enfortequ'ily faut employer ou le courant d'une eaufort rapide & fort abondante, ou les forces de plufieurs ani-maux. Mais celle-cy peut élever fort haut Se inceftammentune grande quantité d'eau, fans qu'il foit neceilaire d'em-ployer aucune force extérieure.

Ce problème qui paroift fi furprenant eftant ainfi propo-£ fé en general , n'a rien qui puiflè faire douter de fa vérité,après que l'on a veule détail de laconftrudtion de la machi-ne, qui mefme eft tres-fimple & aifée à exécuter , ainfi quel'on îa expérimenté dans le Jardin de la Bibliothèque duRoy à Paris ,011 M. Franchini Gentilhomme François, ori-ginaire de Florence, qui en eft l'inventeur, l'a fait conftrui-re il y a environ deux ans : car depuis ce temps elle fait jal-lir une fontaine dont l'eau n'eft que la décharge d'une autrefontaine qui te perdoit dans un puits.

Cette machine confifte en deux chapelets ou chaînespofées fur un mefme tambour, qui fait que les deux chape-lets fe remuent enfemble , & la forme Se la difpofuion desgodets qui font difrèrens dans ces deux chapelets, fait quel'un remue la machine , & l'autre porte l'eau en haut. Le!f chapelet qui fait le mouvement eft compofé de godets decuivre plus larges par le haut que par le fonds. Celuy quiD élevé l'eau , eft composé de godets auffi de cuivre, qui fontau contraire des autres, larges par le fonds Se plus eftroitsvers le goulet qui eft détourné à collé 8e vers l'endroit ouils doivent verfer l'eau , lorfqu'eftant parvenus en haut ilsferenverfent en tournant fur le Tambour. Le chapelet quifait le mouvement eft plus long Se defeend plus bas quel'autre , qui ne va que jufqnes dans une cuvette qui eft unpeu au deflous du rez de chauffée , afin que l'eau courante ypuiffe entrer , & de là eftre en partie élevée par le petit cha-pelet , Se en partie fe répandre par un tuyau dans l'autrechapelet ,pour faire mouvoir toute la machine.

L'ordre que cette eau tient pour ces effets eft tel : elle eftpremièrement conduite par un tuyau dans le baffindans le-quelona intention défaire jallir 1 eau qui aura efté élevéepar la machine j& de ce baffin elle eft conduite dans la cu-ti vette,dans laquelle le plus petit chapelet trempe par em-bas. Cette cuvette eftant pleine fe dégorge par un tuyaudans celuy des godets du grand chapelet qui eft à fa hau-teur , & qui eftant remply s'en va par deffus, Se laiffe tornbet l'eau qu'il a de refte dans le godet qu'il a deffous foy ; ce-luy là eftant emply de cette eau qui eft de refte , il la laifïêtout de mefi-ne couler dans celuy qui eft fous luy , & ainfijufqu'au bas ,& autant qu'ileft neceffaite pour faire que cet-te eau dont les godets s'empliffent les uns après les autres,ait affez de pefanteur pour faire remuer la machine en ti-rant le chapelet embas. Or ce chapelet à mefure qu'il def-eend prefente toujours des godets vuides au tuyau qui verfel'eau delà cuvette , Se ces godets s empliffant ainfi fucceffi-vement, entretiennent le mouvement de la machine , parle moyen duquel le fécond chapelet qui puife dans la cuvet-

te où fes godets simplifient, porte l'eau en haut dans uneautre cuvette , & de là l'eau eft portée par un tuyau dans lebaffin où elle jallit, Se où eftant méfiée avec l'eau couran-te, ellecft rapportée dans la cuvette d'embas pour fournirau tUyau qui emplit les godets du grand chapelet qui fait lémouvement, Se à ceux du petit qui portent l'eau en haut.De forte que par le moyen de cette circulation ,une petitequantité d'eau courante élevé inceffammeht beaucoup d'eauSe fort haut , felon la proportion qu'il y a entre les chape-lets; car fi le chapelet qui remue la machine,eft bien grand 8cdefeend bien bas au deffous de la cuvette d'embas , il pourraélever par fa pefanteur une grande quantité d'eau,& il l'éle»vera auffi haut que le puis dahs lequel le grand chapeletdoit defeendre , fera creux : Se cette mefme quantité d'eauqui aura efté une fois élevée, revenant toujours au mefmèlieu où elle a efté prife, fera inceffamrrient élevée, & entre-tiendra en cet eftat un cours perpétuel.

6. Les petites figures. J'ay interprété ^4n2gibata des vafes. Quelques Interprètes tournent autremenêce mot, eftimant qu'il foit dérivé d'Ertgys , qui en Grec fi-,gnifie/'w, Comme fi ces figures elî oient fi petites qu'il lesfalluft regarder de prés. D'autres croyent qu'il vient d'£#-^•«ow.-qni fignifie fait de terre. Mais cela m'afemblémaffondé, & j'ay mieux aimé fuivre Ba'ldus qui lit Angibata^ Sele fait venir d' Angtion , qui fignifie un vafe; fà conjectureeft prife du livre des Pneumatiques de Heron , où cet Au-teur décrit une machine qui eft un vafe tranfparent, dans?lequel de petites figures fe remuent ; Se ce vafe, ce me fem-ble, eft pareil à ceux qui fe font par les émailleurs, où de pe-tites figures d'émail font enfermées avec de l'eau, & foûte-nues fur l'eau par de petites bouteilles de verre; ces vafeseftant feellez hermétiquement.

Mais cet effet furprenant du mouvement que l'on faitavoir à de petites figures d'émail qui nagent dans l'eau fevoit encore mieux dans l'Angibaie qui a efté inventé depui*peu, dans lequel une petite figure monte, defeend s tourne,Se s'arrefte comme l'on veut. Cela fe fait en ferrant & com-primant l'eau plus ou moins avec le pouce dont on appuyéfurie bout d'un long tuyau de verre remply d'eau. L'artificeeftquela petite figure d'email qui eft creufe a une pefanteurtellement proportionnée à fon volume qu'elle nage fucl'eau, en forte néanmoins que pour peu que l'on ajoute quel*que chofeà fa pefanteur, elle defeend au fond , ce qui fefait en prenant fortement fur l'eau : car l'eau eftant incapa-ble comme elle eft de compreffion, elle entre dans le vuidede la petite figure par un petit trou qu'elle a ^ & diminue cevuide en comprimant l'air, dont ce vuide eft remply. Or cevuide eftant ainfi diminué la petite figure devient plus pefan»te & defeend au fond de l'eau, d où elle remonte auffi-toftque le pouce celïànt de preller l'eau , celle qui eftoit entréeparle petit trou j en fort eftant pouffée dehors par l'air quiavoitefté refïèrré au dedans, & qui retourne à fon premiereftat lorfque l'eau n'eft plus preflée par le pouce.

7. Par le moyen de ùaiI q,u'i l s o n îr e c e ii e. Il y ades Interprètes qui entendent que les pe-tites figures boivent, mais le texte porte expreffementquéce font les Angibates, qui boivent , Se ils y font diftin-guez des petites figures ; auffi il eft dit que les Angibatesaprès avoir bû, c'eft-à-dire reçu l'eau,font remuer les fi-gures. On pourroit croire que la machine eft un Vaiffcaurond, dans lequel l'eau entrant obliquement parmi endroitSe forçant à l'oppofite par un autre,fait tourner 8e courir lesunes après les autres de petites figures qui nagent fur l'eau.

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