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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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Chap. XL

V I T R U V E

CHAPITRE XL

Z)W^ Limace avec laquelle on peut élever beaucoup et eau y

mais non vas bien haut.

IL y a ' une manière de Limace qui puife beaucoup d'eau , mais qui ne l'élevé pas fi haut *que la roue : Elle fe fait ainfi. On prend une piece de bois x qui a autant de doits d'é- *paiifeur qu'elle a de pieds de long. Apres l'avoir bien arondie on divife le cercle qui eft àchaque bout, en quatre parties égales ou en huit, & par ces divifions on trace autant delicmes, en forte que la piece de bols eftant levée debout , les extremitez de toutes les li-gnes fe répondent à plomb. De ces extremitez on tire tout le long de la piece de bois,d'autres lignes diftantes l'une de l'autre de la huitième partie de la circonférence de la pie- gce de bois. Apres cela on marque tout le long de l'une de ces lignes des efpaces égaux àceux de leur diftance l'une de l'autre, & ayant tiré par les extremitez de ces efpaces des li-gnes qui traverfent toutes celles qui font felon la longueur t on marque des points aux en-droits où les lignes s'entrecroifent. Cela eftant ainii fait avec exactitude, on prend unepetite tringle de bois de faule ou » d'ozier, laquelle eftant frottée de poix liquide eft appli- *quée fur le premier point, &enfuite allant obliquement, eft conduite lur tousles autrespoints que les lignes traverfantes marquent dans celles qui font felon la longueur ; & ainfien tournant, après avoir traverfé les huit diftances,& pane par les huit points qui font fe-lon la longueur, on vajufquàlamefme ligne par laquelle on avoit commencé. 4 De la *mefme manière on attache d'autres tringles obliquement, fur toutes les autres interfe-ctions qui font faites enfuitejufqu'au bout par les lignes droites & traverfantes, & fui- Cvant la divifion qui a efté faite en huit parties, on forme des canaux entortillez & * tou t-à- *fait femblables à ceux que l'on voit dans les coquilles des limaçons. Sur les premieres trin-o-les qui fervent comme de fondement, on en applique d'autres frottées aufli de poix li-quide, jufqu à ce qu'eftant allifes les unes lur les autres, elles faffent que la groffeur de lalimace loit tout au plus la huitième partie de fa longueur. Au tour des circonvolutions destringles, on attache des ais que l'on frotte encore de poix liquide , & que l'on bande aufliavec du fer, afin que la pefanteur de l'eau ne rompe rien. Les deux bouts de la piece debois font ferrez avec des viroles qui y font clouées, où l'on fiche des boulons. Enfuiteàdroit & à. gauche de chacun des bouts de la machine on plante des pieux qui font liez en-fcmblcpar d'autres pieux mis en travers, où il y a des viroles de fer enchalfées, dans lef-

i. Une manière de Limacf. Ce que Vitruvenomme icy Ccchlea s'appelle vulgairement la vis d'A r chi-med?. Il paroift qu'elle n'eftoit pas encore attribuée à Ar-chimede du temps de Vitruve , bien que Diodcrc Sicilien,qui a écrit prefqu'en mefme temps que Vitruve, l'en fallèl'inventeur : mais l'ufage eclebre que cet Auteur donne àcette machine dans fonhiftoire, qui eft d'avoir fervy àren-d:e l'Egypte habitable, en épmfant les eaux dont elle eftoitautrefois inondée , peut fa ; re douter qu'elle ne fuft beau-coup plus ancienne qu'Archimede.

I. Qu I A AU TANT DE DOITS d'e P A I S S E U R.

ou plutoft une hotte à vin , en battant Se ferrant les oziers r\les uns contre les autres. Après cela on poiffe ces planchersd'ozier deffus Se delfbus, Se on cottche des ais tout le loncpar deffus comme des douves de tonneau, que l'on bandade cercles de fer. Il y a encore une autre manière de tairecette vis ,qui eftde ne la point couvrir dais, mais de fairefeulement un canal en demi-rond avec ces ais qui demeureimmobileèk: Icitué felon la pente que l'on veut donner à lavis : car cette vis tournant dans le canal auquel fa rondeureftajuftée, pouffe l'eau en haut de mefme que la visd'Archi-mede, quoyqu'il s'en échappe quelque peu pir les jointu-

G'eft-à-dire qui a de long feize fois fon épaiffeur , pareeque res entre la vis Se le canal : mais elle eft plus aifée à remuer,le pié des anciens avoit feize doits.

i. D'os 1er.. Vttex , aifliî qu'il a déjà efté remarqué,n'eftpas proprement louer-, maison appelle o fier en Fran-çois une plante femblable au faule , dont les rameaux fle-xibles font propres à lier ; Se vitéx n'a point de nom pro-pre en François.

t. Delà mesme manière. On fe fert encore àrrefcntdela visd'Archimedeauxbâtimens qui fe font dansl'eau- mais la mahere dont on fait les feparations du de-dans eft bien plus facile que n'eft ce collement de tringlesdouer avec de la poix : on fe fert bien d'ozier Se de poix,ma ; s c'eft autrement. On perce la piece de bois arond ; e,

de ttous fort prés après, Se fuivant 'es lignes fpirales qui une grande quantité d'eau -, mais elle ne fçauroit l'élever (îvoit efté marquées par la méthode que Vitruve preferit, h ut que celle qui n'en a qu'un-, parce que et t te dernière peutSe dins ces trous on fiche des baftons qui ont la longueur avoir fon canal replié li prés-à-prés, que fon obliquité per-çue l'en veut donner au dedans de la coquille. Dans ces ba- met d élever la vis beaucoup plus haut, que loirfque la mut-ftons on entrclaffe de l'ezier, comme pour faire un pannier, titude des canaux rend leur potîtion plusdroitc.

quelles

& plus facile à conftruire.

«. Tout- a-fait semblables a ceux cmi el'on voit dans les coqjiuiis des lima-ÇONS. Le texte a factum jufiam cochle* natural!** - quttmitationcm -, mais ces canaux ne font femblables à ceux Edes coquilles des limaçons qu'en ce qu'ils font en vis ; & ilsen fortdiffèrens, en ce qu'il y en aplufieurs , fçavoir juf-qn'à huit dans la vis que Vitruve décrit , au lieu que le c vnal des limaçons eft unique. Quelques-uns eftiment que lavis d'Archimedene doit avoir en effet qu'un canal. Cardanveut qu'elle en ait trois ; chacunede ces manières a fes avan-tages :1a vis de Vitruve quia huit canaux eft pour élever