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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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V I T R U V E

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Chap. IX.

Columbaria,

mite.

Ces exemples font voir que c'eft par là mefme raifon deladiftance du centre &dumouvement circulaire, que toutes choies font remuées, & que les charrettes, les carolîes,les pignons, les roues, les vis, les arballeftes , les balliftes, les preiîes, & toutes les autresmachines font les effets pour lefquels elles font faites, par la force de la ligne droite, ducentre & de la ligne circulaire.

llanceeft le frottement que l'eflïeu & le moyeu de la rouefont l'un contre l'autre. A l'égard de la premiere refiftance,il eft vray qu'elle eft plus aifément furmontée , plus la roueeftgrande; parce que pour s'élever fur les eminences du plan,elle agit par un levier qui décrit une plus grande portion decercle, le bout du manche du levier eftant réputé eftreà l'endroit où 1 effieu touche au moyeu de la roue , & l'hypomo-chlion étant repute eftre à l'endroit où l'eminence du plantouche la circonférence de la roue. Mais pour ce qui eft de laféconde refiftance,il n'eft point vray qu'une petite roue la fur-monte plus difficilement qu'une grande, fi ce n'eft que foneffieu fuft auffi gros que celuy d'une grande: Car fi la propor-tion de la giofleurdelefficu àla grandeur de la roue, eft pa-reille dans la grande & dans la petite roue, la petite rouleraavecautantde facilité que la grande. La raifon de cela eftqu'il faut concevoir , que le centre de l'eflïeu eftant celuydelà roue, il doit eftre pris pour l'hypomochlion 5 que la li -

gnequi va de ce centre àla circonférence de la roue qui eftion demi diamètre, eft la partie du levier qui eft la plusgrande, & que celle qui va de ce même centre à l'endroit Doù 1 effieu touche au moyeu lorfque le frottement fe fait,laquelle eft auffi le demi-diametre de l'eflïeu, eft la plus peti-te partie du levier ;& que l'endroit où le frottement fe fait,eft celuy où le bec du levier agit pour remuer le fardeau. Orcelaeuant il s'enfuit que le demi-diametre d'une petite rouedoit avoir autant de force pour furmonter la refiftance dudemi-diametre d'un petit effieu, que le demi-diametre d'u-ne grande roue en a pour furmonter la refiftance du demi-diametre d'un grand effieu ; de mefme qu'un petit levier aautant de force pour remuer un fardeau qui eit prés de fonhypomochlion , qu'un grand levieren a pour le lever quandil eft loin de fon hypomochlion, fuppofé que la proportionfoie pareille.

CHAPITRE IX. C

De diver fes machines pour élever l'eau, çtf en premier lieu

du Tympan.

IL faut parler maintenant des machines qui ont efté inventées pour tirer l'eau : Je com-mence par le 1 Tympan. Cette machine n'élevé pas l'eau fort haut, mais elle en élevéune grande quantité en peu de temps. On fait un efîieu arondy au tour ou au compas, & *ferré par les deux bouts, qui traverfe un Tympan fait avec des ais joints enfemble : &letout eftpofé fur deux pieux qui ont des lames de fer aux bouts, pour foûtenir les extremi-tez de l'eiïieu. Dans la cavité du Tympan on met huit planches en travers, depuis la cir-conférence jufqu'àl'eiïieu, lefquelles divifent le Tympan en efpaces égaux : on ferme ledevant avec d'autres ais, aufquels on fait des ouvertures de demy-pié pour lailTer entrerl'eau dedans. De plus le long de l'eflïeu on creufe z des canaux au droit de chaque eipace, *qui vont le long d'un des coltez de l'eiïieu. Tout cela ayant efté poilTé de mefme que lefont les navires, on fait tourner la machine par des hommes i qui la font aller avec les piez,& alors elle puiie l'eau par les ouvertures qui font à l'extrémité du Tympan, & la rend par *les conduits des canaux qui font le long de l'eiïieu. L'eau qui eft reçue dans un auge debois, coule en grande quantité par un tuyau qui luy eft joint, & eft conduite dans les jar-dms que l'on veut arrofer, ou dans les falines où l'on fait le (cl.

D

t. Le T y m p A n. il a efté dit que Tympanum fignifïe unTambour, Se que ce mot s'applique à plufieurs choies, com-me au dedans d un fronton, à des rouè's dentelées, à desroues en manière de Robinet pour une efpece de Clepfydre,Se a des roues dont on fe fert aux grues dans lefquelles onfait marcher des hommes : mais il n'y a pas une de toutesces chofes qui reflemble fi bien à un tambour que la machi-ne qui eft icy expliquée : carelleeft ronde tout a l'entour &elle a deux ronds l 'un d un cofté & l'autre de l'autre , de mê-me que les tambours y ont des peaux.

1. Des c a n a u x. Je traduis ainfi columbaria. Vitruves'eftdéja fervyde ce mot pour fignifier les trous qui demeu-rent dans les murailles après que 1 on en a ofté les boulinsou folives qui fervent auxéchafauts des maçons : Car il fautconcevoir que ces trous forment comme un canal qui tra-verfe le mur d'un cofté à l'autre. I e mot Latin vient decolumba , à caufe que les pigeons font leurs nids dans de

femblables trous. Il y a apparence que Cdius Rhodigynusqui acruqu ilvenoit du Grec colyrnban, qui fignifie plon-ger dans l'eau, nefefouvenoit pas que Vitruve s'eft fervy Edece mot end autres endroits où il ne sagiilôit pas commeen ce chapitre, de plonger dans l'eau. Saumaife v a regard^de plus prés ; il dit, tignorurn cubilia Latinis columbaria di-cuntur te {te Vitrwvio.

3. ÇUl I LA FONT ALLER AVEC LES PIEZ.

J Martin tra.duh,hominibus calcantibusverfat U r,Par le mou-vement d'aucuns hommes qui cheminent dedavs. Mais cette in-terpretation ne fçauroit convenir àla chofe, fi l'on ne l'ex-plique autrement,parce que ce dedam s'entend du Tym-pin qui puife l'eau , dans lequel des hommes ne fcauroientcheminer ; & ainfi il faut fuppofer qu il y a une autre rouejointe au Tympan , dans laquelle des hommes marchentcomme dans celle d'une grue, ainfi qu'il eft reprefenté dansla premiere fi jure de la Planche L X I.

Si