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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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287
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LIVRE IX, 2 8 7

A Pour faire reiilîir ces machines il perça une lame d'or ou une pierre precieufe, & il choi- Chap. IX.fît ces matières, parce qu'elles ne font pas capables d'eftre ulées par le palîage continuel del'eau, nyfujettes à engendrer des ordures qui puifTent boucher l'ouverture. Cela eftant

* ainii, l'eau qui coule également par ce petit trou, fait élever un morceau de liège , ,4 ou un phellos.

* vanTeau renverfé, que les ouvriers appellent Tympanum , fur lequel eft 'Mme règle &des Tambour.roues dentelées également, en forte que par le moyen de ces dents dont l'une pouffe l'au-tre , ces roues tournent fort lentement. life fait encore d'auti a règles & d'autres rouesdentelées de la mefme manière, qui par un feul mouvement en tournant produifent plu-

lîeurs effets, & font remuer diverfement de petites figures à l'entour de quelques Pyra-

* mides, jettent des pierres en forme d'oeufs, font fonner des Trompettes & de telles au-tres chofes qui ne font point de l'effence de l'horloge.

n On en fait aufïi en marquant fur des colonnes ou fur des Pilaftres, les heures qu'unepetite figure montre avec une baguette pendant tout le jour, à mefure qu'elle s'élève debas en haut : Or afin que la grandeur des heures, qui eft inégale & qui change touslesmois, & mefme tous les jours, foit exactement marquée, l'on ajoute, ouonoftedescoins qui arreftent l'eau &c empefehent qu'elle ne coule ville. Pour cela on fait deux cô-nes dont Tun eft creux & l'autre folide, tous deux arondis fi jufte, qu'entrant l'un dans

* l'autre ils fe joignent parfaitement -, de forte que *? par une mefme règle en les ferrant, ouen les lâchant, on peut donner plus ou moins de force au cours de l'eau. Et c'eftparde

* femblables artifices que l'on fait des horloges avec de l'eau l * pour le temps de l'Hyver.

Que fi l'on trouve que raccourciffement ou l'augmentation des jours nefe peut pasfaire commodément par le moyen de ces coins, parce qu'il y peut arriver plufieurs incon-

^moven Diiuii. Il y a fujet de s'eftonner que Vitru.ve qui affe&e tant d'apporter des noms Grecs pour figni-fier des chofes qui en ont de Latins, employe ici une cir-conlocution Latine, au lieu de fe fervir du'mot Grec deClepfydre, dont l'ufage eftoit fort commun parmi les Ro-mains. Ces horloges dont il y avoitplufieurs efpeces,ainfiqu'il fe voit en ce chapitre, avoient toutes cela de commun,que l'eau tomboit infenfiblement par un petit trou d'unvaiflèaudans un autre , dans lequel en s'élevant peu à peu,elle élevoit un morceau de liège qui faifoit connoiftre lesheures en différentes manières. Elles eftoient audi toutesfujetes à deux inconveniens. Le premier qui eft remarquépar Plutarque ,eft que l'eau s'écouloit avec plus ou avecmoins de difficulté felon que l'air eftoit plus ou moins épais,ou plus froid ou plus chaud : car cela empefehoit que lesheures ne fuffent juftes. L'autre eft que l'eau s'écouloit plus

J) promptement au commencement lorfque le vaiiïèau d'*1 eau tomboit eftoit plein , que vers la fin, à caufe que la

f>efanteur de l'eau eftoit plus grande au commencement qu'àa fin : Et c'eft pour remédier à cet inconvient qu'Oronce ainventé fa Clepfydre , qui eft un petit navire qui nage furl'eau, & qui le vuide par un Siphon qui eft au milieu du na-vire : car le navire fe baiflè à mefure que l'eau eft vuidée parle Siphon quila fait fortir toujours d'une mefme force , par-ce qu'il prend toujours l'eau proche de fa fuperficie. Nousavons fubftitué aux Cleplydres des anciens nos horlogesde fable.

14 Un vaisseau renverse'. J'ai interprétéScaphium un vaiiïèau ; & il y a apparence que celui dont onfefervoit aux Clepfydres eftoit fait pour enfermer de l'aireftant renverfé fur l'eau,afin que cet air le foutint, ce qui fai-foit le mefme effet que le Liège qui par fa légèreté nage ai-p fément fur l'eau : mais j'ai crû qu'il y a faute au texte &^ qu'au lieu de aqua fublevat Scaphium inverfumquod abar.tificib sPhelloifive Tympanum dkitur. Il faut lire, Aquafu'ilevat Phellonaut Scaphium inverfumquod ab artifîcibusTympanum dicitur, n'y ayant point d'apparence qu'un vaif-feau renverfé puiflè eftre appelle un hege , mais bien unTambour ; parce que le vaiiïèau renverfé & le tambour na-gent fur l'eau par une mefme raifon qui eft celle de leur fi-gure capable d'enfermer beaucoup d air qui les fouleve :mais ce qui fair nager le liege , eft feulement la légèreté defa matière

15. Une REGLE ET t>FS ROUES dentelé' ES.Cette machine n'eft point reprefentée dans nos figures des

Clepfydres, parce qu'elle n'a pas befoin de figure pour eftreentendue. Ceux qui ont veu la machine appellee cric, qui eftallez commune, n'auront pas de peine à comprendre qu'yayant une regledentelée poféefur le liège ou Phellos, il fautquel'eau qui fait monter le Phellos faile aufîî monter la rè-gle, & que cette règle pouffant les dents d'une roiie danslefquelles les fiennes font engagées, faile tourner la roiie,n'y ayant point d'autre difference entre cette Clepfydre &cle CriCjfinon qu'au cric le Pignon qui eft uneeipece de rouefait aller la règle, Se dans la Clepfydre la règle fait aller laroue ; ce qui ne change point la nature de la machine-

16. Des pierres en loiiMf c'oi Li F s. Prefquetousles exemplaires ont tonam lieu d'Ova, que Cifaranusa corrigé & Barbaro après lui. On peut douter fi ces pierresque ces horloges jettent ne font point pour marquer lesheures en tombant dans un baffin d'airain , & fi elles netiennent point lieu de la fonnerie de nos horloges. Ce queVitruveditau chapitre 14. du 10 livre , des Machines que lesanciens faifoient pour mefurer le chemin que l'on faifoit encarroife, donne lieu à cette penfée.

17. Par une mesme règle. Cette regie eft appel-lee coin un peu devant. Elle eft reprefentée dans la PlancheL V II, Figure I, lettreC, eftant plus eftroite à un boutqu'àl'autre,afinqu'eftantpoufIée ou tirée elle fallè hauflèrou bailler le Cone folide qui eft au bout d'une autre règle, àtravers laquelle elle palïè. Elle a auffi des degrez marquezà un de fes bouts qui font voir combien il faut pouffer ou ti-rer la règle chaque jour.

'8. Pour le temps d e l'Hv ver. Les Clepfydreseftoient les horloges d'hyver, à caufe que les Cadrans auSoleil ne font pas d'ufage en cette faifon. Outre les horlo-ges d'hyver qui font lesClepfydres,& celles d Eftéqui fontles Cadrans au Soleil, les Anciens en avoient une troifiémeefpece que l'on appelloitdes horloges de nuit. Hen eft par- furie quatorzième chapitre du dixième livre. Mais il fautremarquer que les horloges des Anciens eftoient bien plusdifficiles que les noftres les heures font toujours égales :car les heures changeoient tous les jours parmy eux, parcequ'ils partageoient toujours le jour , c'eil-àdire le tempsqu'il y a depuis le lever du Soleil jufqu'à fon coucher , & lanuit de mefme, en douze heures égales. Il faut encore re-marquer qu'ils fefervoientde deux moyens pour faire mar-quer à leurs Clepfydres ces heures différentes. Le premiereftoit de changer de Cadran tous les jours & faire par cemoyen que bien que le mouvement de l'index fuft toujours

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