Chap. 111.
Choifi.
Chap. IV.
i 74 VITRUVE
Toutes ces chofes n'ayant pu eftre découvertes que par des perfonnes qui avoient de Atres-b elles lumières, & noftre efprit citant naturellement touché quand il confidere leseffets de chaque chofe, je ne puis m'empefeher d'admirer entre tous les livres,ceux que De-mocrite a écrits de la Nature, & principalement celuy qu'il a intitulé Cheirotoneton , danslequel il a marqué & cacheté avec fon anneau & de la cire rouge toutes les chofes qu'il a-voit expérimentées. Caries ouvrages de ces grands hommes demeurent & feront utiles àjamais non feulement pour la Morale, mais aufllpourplufieurs autres chofes d'importan-ce: Au lieu quece qui peut rendreles Athletes illuftres périt en peu temps avecla forcedeleur corps, &c on peut dire que ny ce qu'ils peuvent faire par eux-mefmes pendant qu'ilsfont dans leur plus grande force, ou par ceux qu'ils laiffent après eux, ny les préceptesqu'ils ont donné de leur art, ne font point capables d'apporter jamais aucun profit auxnommes, qui foit comparable à celuy que l'on reçoit des inventions des Sçavans. g
Cependant quoyquM n'y ait point de couftume ny de loix qui décernent de grandshonneurs aux excellens Ecrivains, ils ne laiffent pas de s'élever eux-mefmes, & fe fervantde ce qu'ils fe fouviennent d'avoir appris des autres, comme de degrez, ils montent, s'ilfaut ainfî dire, jufques dans le ciel , d'où ils voyent les chofes les plus relevées, & les fontfçavoir à la pofterité par les écrits & par les figures qu'ils en lailTcnt. Car qui eft-ce de ceuxqui ont quelque teinture des belles lettres qui n'ait l'image d'Ennîus gravée dans l'ame,comme fi c'eftoit celle d'un Dieu ? Ceux qui gouftent la douceur des vers d'Accius, n'ont-iJs pas l'imagination remplie de fon portrait que fes écrits y ont dépeinte ? Et ne pouvons-nous pas croire que ceux qui viendront après nous prendront un grand plaifir à s'entrete-nir avec Lucrèce des fecrets de la Nature comme s'il eftoitprefent, & avec CicerondelaRhétorique, ou avec Varron des Proprietez de la langue Latine ? Combien y en a-t-il en- Ctre les amateurs des belles lettres qui conféreront avec les Sages de Grèce, comme s'ils leurcommuniquoient leurs plus fecrettes penfées, & qui trouveront plus de plaifir & de folidi-té dans leur confeil & dans les avis qu'ils prendront de ces anciens Philofophes, quoy-,qu'abfens, que s'ils conferoient avec tous ceux de leur temps.
C'eft pourquoy , ô C*efar, me fentant appuyé de l'autorité de ces grands hommes, &eftant conduit par leur confeil ,j'ay écrit mes fept premiers livres qui iont des Edifices, &le huitième qui traite des Eaux ; dans celuy-cy j'explique ce qui appartient à la Gnomoni-que, & comment tout cela a efté trouvé par l'ombre que le Gnomon fait au Soleil, & ciwfuite comment il faut élargir & refferrer les lignes que ces ombres doivent décrire.
CHAPITRE IV.
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Des chofes qui -appartiennent à la Gnomonique lefquelles ont eflé trouvées par lesrajons du Soleil ,(j? de la defeription du monde t$ des Pianettes.
IL y a des chofes dans la Gnomonique qui femblent avoir efté inventées par un efpritdivin, tant elles paroiffent admirables à ceux qui les confîderent avec attention, com-me de voir que l'ombre » d'un Gnomon pendant l'Equinoxe eft de différente grandeur a*Athènes, en Alexandrie, à Rome , à Plaifance, & en d'autres lieux de la terre, & que parcette raifon les Cadrans font differens quand on change de lieu. Car c'eft fuivant la gran-deur des ombres Equinoctiales que l'on décrit z les Analemmes, &c ce font eux qui règlent *les heures felon les lieux & l'ombre des Gnomons. E
Analemme n'eft autre chofe qu'une pratique acquife par experience , pour bien tracerle cours du Soleil, 3 felon l'accourcifTement qui arrive aux ombres, depuis le Solftice *
i. G n o m o n. Ce mot fignifie connoiffeur ou qui faltcon-noiflre. Il y a deux fortes de Gnïmon, l'un eft le Géométri-que , quieftl'Equerre , l'autre eft l'Aftronomique, qui n'eftrien autre chofe qu'un ftyle planté perpendiculairement furun plan.
2. Les analemmes. Ces manières de Cadrans nemonftroient que la hauteur quele Soleil avoit tous les joursà midy , par la grandeur des ombres du Gnomon ; & ils n'e-
ftoient pas proprement des horloges , pareequ'ils ne mar-quoient point les heures , mais feulement les mois & les Si-gnes. Depuis on les joignit aux horloges qui marquoientenfemble & les mois par la longueur des ombres, & les heu-res par leurdeclinaifon.
3 Selon t'A ce ourcissement qji i arriveaux OM3RES, Saumaifequi a corrigé ce paflage en met-tant à B ruma au lieu de i Brums, ne l'a corrigé qu'à demy,
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