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Les dix livres d'architecture de Vitruve
Place and Date of Creation
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234
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Chat. I.

H

134 V I T R U V E

CHAPITRE I. A

La manière de hien faire la Ruderation.

ÎE commcnceray par s la Ruderation qui eft principalement necefïairc pour faire de *bons enduits: parce qu'il faut principalement avoir un grand foin qu'ils foient appliquezfur quelque chofe de folide.

Lorfqu on veut faire la Ruderation pour un plancher qui foit à rez de chauffée, il fautapplanir la terre il le lieu eft folide, & enfuite étendre la compofîtion dont eft faite la Ru-deration , fur - une premiere couche. Mais fi le lieu eft entièrement ou mefme en partie de *terre aportée, il le faudra affermir avec un grand foin & le battre avec le bélier dont onenfonce les pilotis. B

Pour les Planchers des étages il faut bien prendre-garde qu'il ne fe rencontre point demurs au deffous tels que font ceux qui ne vont point jusqu'au haut de l'Edifice, & s'il s'entrouve quelqu'un 3 il faut qu'il foit un peu plus bas que le plancher,qui ne luy doit pas tou-cher , de peur que s'il vient à s'affaiffer, le mur demeurant ferme ne rompe le plancher quibaillera des deux coftez : Il faut auffi prendre-garde de ne pas mettre ' des planches d'Ef- *cule avec celles de Chefnc, parce quele Chefne,-toft qu'il a receu l'humidité, fe dejet-tc & fait fendre le pavé. Toutefois fi l'on n'avoit point d'Efcule & que l'on fuft obligéde fe fervir de Chefne, il faudroit rendre les planches fort minces, afin qu'eftant affoibliesonles pût arrefter plus aisément avec des doux.

On attachera donc les planches furies folives avec des clous de chaque cofté afin d'em-pefcher qu'en fe tourmentant elles ne s'élèvent par les bords. Car pour ce qui eft de Cer- Crus , de l Farnus & de Phagus y ce font des bois qui ne peuvent pas durer long-temps. Les *Planches eftant clouées il les faudra couvrir de feugere fi l'on en a, ou de paille, pour em-pefcher que la chaux ne gafte le bois:-deffus on mettra la premiere couche faite avec descailloux qui ne feront pas moins gros que le poing, & pardeffuson cftendrala Rudera-tion, dans laquelle on mettra une partie de chaux pour trois de cailloux, fi ces caillouxfont neufs : car s'ils font pris de vieilles démolitions on mettra deux parties de chaux pourcinq parties de cailloux. La matière de la Ruderation eftant couchée, on la fera battrelong-temps avec des leviers par des hommes difpofez dix à dix, ç en forte qu'après avoir *efté fuffifamment battu il n'ait pas moins de neuf pouces d'épaiffeur ;-deffus on fera lenoyau qui n'aura point moins de fix doits d'épaifleur ; il fera fait avec du Ciment auquelon méfiera une partie de chaux pour deux de Ciment. Sur ce noyau on mettra le pavé bien rjdrefïé avec la règle, foit qu'il ioit 6 de pieces rapportées, ou que ce foit feulement des car- *

1. L a Rud e r a t t o n. Nous n'avons point de nom enfrançoispour fignifier celuy de Rudra'io. Nous avons feu-lement un verbe , qui eft Hoarder :c'eft pourquoy fay re-tenu le mot latin. Ruderation eft une confection & applica-tion d'un mortier plus greffier & moins fin que celuy quidoit faire la fuperficie de l'enduit : on s'en fert pour affermirle dernier enduit, & pour empefeher que 1 enduit du mortierfin ne foit rendu inégal & plein deboilès par l'inégalité despierres du mur qui doit eftre enduit, Se auffi pour donneraux planchers une épaiflèur fuffifante pour foutenir le pavé:c'eft pourquoy Vitruveditque Rwier-tio prmeipia tenet ex-politionwn : c'eft-à-dire que fans elle les enduits ne peuventeftre polis, & les planchers ne peuvent eftre bien unis. Ru-deratio çddncouàruderib»s , qui font les ruines des Bâti-roens > ou î rwit^u & impolins lapidibus , ou à rude fin ve-

Me quo Çubigebatur,

2. Une première couch E.Je traduis ainfilemotàefiatumen , qui fignifie tout ce qui eft mis deffous pour fou-tenir & affermir quelque chofe ,id quo resfi.ire potefi^ind queHermolaus fur Pline l'interprète. Quelques-uns croyent quele flatumen fe faifoitde la manière que nous appelions hour.der , Se que les cailloux y eftuient mis tous fees fans mortier& fans chaux. Cela fembleroit raifonnable fi le texte n'yeftoit poinjLContrairefur la fin du chapitre , il eft dit quele flatumen doit eftre fait de cailloux ,de chaux , & de ci-ment : ruderi mvî tertio. pars tejfa tufa admifeeatur , calcif-

que d'is, partes. Statuminatione fail a, &c. fi ce n'eft qu'onvueiile dire quele gros mortier mis fur les cailloux ôclespierres feches, Çoxiwn flatumen à l'égard du mortier fin quife met le dernier ; de mefme que les cailloux feuls & les pièt-res feches le font à l'égard du gros mortier qu'elles foutien-nent dans noftre manière de hourder.

3 Des planches d'E s c u l i. Vitruve a vouludire qu'il ne faut pas meiler des planches de Chefne aveccelles d' E feule , en difant qu'il ne faut pas méfier celles A'Ef.cule avec celles de Chefne. Il a efté parlé de VF feule , du .Cerrus , & du phagus , dont il eft fait mention dans ce cha-pitre, au fécond livre chapitre 9.

a. Farnus. Philander dit quecenomeft demeuré en jItalie aune efpece de chefne ;le Dictionnaire de la Crufca *n'en parle point -, mais il fe trouve dans celuy d'Oudin quel'arbre que les Italiens appellent F ami* a les fueilles f en>blables à celles du Chefne, & qu'il a le bois extrêmementdur, ce qui ne s'accorde pas avec le texte de Vitruve, quidit que le bois de Farnus ne peut durer long-temps.

5. En sorte chi'a près avoir este' suffi-samment battu. Je traduis comme s'il y avoir & idpinfum & abfolutum , non minus fit crafsitudine dodrantis,au lieu qu'il ya,^/^ non minus pinfum abfolutum crafsitu-dine fit dodrantis , ce qui n'a point de fens , à caufe de latranfpofition des mots.i. De tieces rapport e'e s. Philander entend par