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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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118 V I T R U V E

C H a P. X. les noms que l'ufage a eftablis , mais ce que j'en ay dit a efté pour faire Ravoir aux curieux Ala différente lignification de ces mots.

Apres avoir traité des différentes manières dont les Italiens & les Grecs font leurs Edi-fices , & de toutes les proportions des uns & des autres, il me refte à parler de la folidité deleur Structure cVpar quel moyen on les peut faire durer long-temps fans fe gafter, parceque nous n'avons encore parlé que de ce qui regarde la beauté de leur difpofiuon.

Chap. XL C H A P I T R E X I.

De la folidité & des Fondemens des edifices.

LEs Edifices qui fe font furie rez de chauffée , feront fans doutr affez fermes, fi Porffait leurs fondemens comme nous avons enfeigné cy-devant qu'ils doivent eftre aux Bmurs des Villes & aux Theatres. Mais s'ils ont des Voûtes fous terre s il faudra faire les fon-demens plus épais qu'ils ne devroient eftrepour les murs des Edifices qui ne fe baftiffentque hors de terre. Il faut aufîi que les murailles, les piédroits & les colonnes foient bien àplomb, en forte que celles de deffus foient juftement au milieu de celles de deffous, &que le f olide réponde toujours au folide : parce que s'il y a quelque partie du mur ou quel-que colonne qui porte à faux, il eft impofïible que l'ouvrage dure long-temps. ' Il eft en- *core bon de mettre des poteaux au dellus de chaque linteau au droit de l'un & de l'autrejambage, afin d'empefeher que les linteaux ou les poitrails qui font chargez du mur qu'ilsfoûtiennent, après avoir plié à l'endroit du vuide^ ne caufent la ruine du mur * en fe rom- *pant : mais ces poteaux eftant mis deffous & bien arreftez empefeheront que les poitrailsne s'enfoncent. ç

Il faut auffi faire en forte que le poids des murs foit foulage par des décharges faites depierres taillées en manière de coin, &difpofées envoûte : car les de jx bouts de l'arcade dela Décharge eftant pofez fur les houts du linteau ou du poitrail, le bois ne pliera" point,parce qu'il fera déchargé d'une partie de fon faix : & s'il luy arrivoit quelque défaut par talongueur du temps, on le pourroit rétablir fans qu'il fuft befoin d'etayer. Mais dans lesEdifices qui font baftis fur des piles jointes par des arcades, il faut prendre-garde que lespiles des extremitez foient plus larges, afin qu'elles puifTent refifter à l'effort des pierrestaillées en coin, qui fe prenant l'une l'autre pour aller au centre à caufe du poids des mursJncHmb*. qui font au deffus, pourroient pouffer les Impoftes : car ces piles eftant fort larges vers les

coins, l'Ouvrage en fera beaucoup plus ferme. j)

Ourre toutes ces chofes qui doivent eftre exactement obfervées, il faut encore prendregarde que la Maçonnerie foit bien à plomb , Se que rien ne panche ny d'un cofté ny d'au-tre ; & iur tout on doit avoir grand loin des Ouvrages qui fe font fous le rez de chauffée,

1. Il fcST ENCO-RE BON. Vitruve en-feigne icy la manièred'affermir les mursauxeudroits ils ontdes vttides , commeau droit des portes &des feneftres, dont leslinteaux font chargezdu mur qui eft au def-fus. il lefaicpardeuxfortes de décharges.La premiere eft pardeux poteaux I >D,quieftant pofez fur le lin-teau A , au droit dechaque piédroit B C,fe joignent en pointecomme deux chevronspour foûtenir la char-ge du mur t E. L'autre décharge eft par le moyen d'un arcde voûte FGH,quiempefche que la muraille L rue s'afîàifle,parce qu'elle eft déchargée d'uae partie de fon faix, fçavoirdelà partie MN.

Z. EN SI ROM-PANT. J'ay fuivy lacorrection de Philan-der, qui au lieu Aeful/^ Lyfi lit fuâ lyf. Car, ; bien que Lyjîs , ainfi" qu'il a efté remarquéau chapitre 2 du troi-fiéme livre, f çmifie laCymaiie , ou Talond'ute corniche, il n'y a Epoint d'apparence queVitruve en entendeparler,par.ce qu'en cetendroit-cy il ne s'agitpoir t d'aucun membred'Architecture en par-ticulier -, deforte quey fis fe doit prendre fe-on fa lignificationGrecque à la lettre, c'eft-à dire pour la rupture d'un murqui fe fait parla feparation des pierres dont il eft compofé.Néanmoins les Grammairiens croyent que Vitruve a voulufignifier par ce mot le vuide & l'ouverture d'une porte.

à caufe