LIVRE V.
CHAPITRE
1S9
X.
Chap X.
De quelle manière les Bains doivent eftre difyofeT^ & quelles font leurs parties.
IL faut premièrement choifir un lieu fort chaud & qui ne foit point expofé au Septen-trion. Les Etuves chaudes & les tiedes doivent avoir leurs feneftres au couchant d'Hy-ver, ou file lieu n'y eft pas difpofé, il les faut tourner au Midy : parce que le temps de febaigner,fuivant la couftume,eft depuis le midy jufqu'au loir. Il faut auiïi faire en iorte que
* 'leBain chaud qui eft pour les hommes, & celuy des femmes, foient proches l'undel'au-
* tre; parce qu'on pourra échauffer* les lieux où font les vafes de l'un & de l'autre Bain avecBun mefme 3 fourneau. On mettra lur ce fourneau trois grands vafes d'airain, dont l'un
* fera pour l'eau chaude, l'autre pour la tiède, & le troilîéme pour la froide: 4 les vafes fe-ront tellement placez & difpofez que de celuy qui contient l'eau tiède, il ira dans celuyqui contient la chaude autant qu'if en aura elle tiré de chaude, & qu'il en entrera par la
1. Le Bain chaud. Caldarium & Laconicum ,lignifient quelquefois la mefme chofe , fçavoir ce qu'on ap-pelle Etuves eu françois. C'eftoit un lieu où l'on échauffbitFeulement l'air pour faire fuer. Ciceron & Celfe l'appellentjijfeum , pour le diftinguer du Bain chaud qu'ils nom-moient Calidam lavationcm , & qui eftoit ce que Vitruve ap-pelle icy Caldarium.
i. Les lieux où sont les vases. T'afs.ria eftoitune des chambres des Bains oùl'on ferroit les differens vaif-ieaux qui fervoient à puifer Veau, & à la jetter fur ceuxquife baignoient. Ces vaitTeaux eftoient Cacabi, des Chau-drons ; TrullA , des Poêlions •, Vrceoli , des Eguieres. Il yavoir encore dans cette chambre ces grands vafes d'airaindont il eft parlé en fuite, & qui contenoient l'eau chaude,la tiède , & la froide qui eftoit conduite dans les Bains parde differens tuyaux.
3. Fourneau. Hypo-cauftum fignifie ordinaire-ment un Poëfle fait pouréchauffer l'air d'une cham-bre laquelle eftoit appelleeLaconicum dans les Bains :mais icy c'eft un fourneauqui échauffe l'eau pour lesBains.
4. Ces vases se-ront tellemen tplacez. La difpofuion& la forme de ces troisvafes qui eft décrite affezobfcurement par Vitruven'eft expliquée par les In-terprètes qu'avec des figu-
res qu'ils en ont fait tailler. Celle que Barbaro a mife dansFon edition latine fait allez bien entendre comme l'eaueftoit beaucoup échauffée dans l'un , & feulement renduetiededans l'autre, Scconfervée froide dans le troihéme , parla fcituation qu'ils avoient plus pioche ou plus éloignée dufeu: mais la manière par laquelle Vitruve entend que levafe de l'eau tiède en recevoir autant de froide qu'il en don-noit de tiède au vafe d'eau chaude, n'eft point expliquéepar cette figure : Celles de Cifaranus & de Rivius fonr fai-tes pour expliquer cette communication des eaux de diffé-rente Température. Elles reprefentenr les trois vafes pofezles uns furies autres, fçavoir le vafe A , qui contient lafroide ; le vafe B, où eft la tiède ; & le vafe C, qui eft ce-luy de la chaude ; en forte que ces vafes envoyent chacunleur eau dans les Bains par les conduits FF F ,n'ayant decommunication que par un petit conduit, fçavoir le vafeA, avec le vafe B, par le conduit D -, ÔC le vafe B, avec levafe C, par le conduit E. Mais l'inconvénient eft qu'il eftimpofïïble que la chaleur qui monte fort promptement nefe communique bien-toft, & ne pafle du vailFeau inférieurqui eft immédiatement échauffé par le feu, dans le vafe dumilieu, &dans celuy d'enhaut, & qu'elle n'y devienne mê-me plus chaude qu'en celuy d'embas. De forte que Vitruvene s'eftant point expliqué là delFus ; j'ay crû que je pouvoisajouter aux interpretations de Barbaro & de Rivius, unetroifiéme qui me Femble en quelque façon probable , quieft de placer les trois vafes G , H , & I ; à cofté l'un de l'au-trejfçavoir G , pour la chaude, H, pour la tiède, I , pourla froide ; fuppofant que l'on a foin de faire que le vafequi contient le froid foit toujours plein : car fi ces vaifleauxfont difpofez de la manière qui fe voit dans la figure qui efttelle qu'ils reçoivent du feu les imprefïions différentes &necellaires pour donner à l'eau de l'un la chaleur , à cel-
le de l'autre la tiédeur , & pour n'altérer point la froi-deur de celle du troifiéme -,1a transfufion de l'eau d'un vaiF-Feau dans un autre Fe fera aifément, ainfi que Vitruve lademande , par le moyen de deux Siphons courbez K & L,dont l'un , fçavoir L, portera l'eau froide du vafe I , dansle vafe H, qui contient la tiède, & l'autre, fçavoir K, por-tera la tiède dans le vafe de la chaude qui eft G , les troisvafes eftant à niveau : car il eft facile d'enteadre que des-
lors que l'on tirera de l'eau chaude du vafe G, cette eaubaiffant dens Ton vafe en fera tomber par le Siphon K,une pareille quantité de la tiède, que le Siphon attirera duvafe H, & que par la mefme raifon l'eau tiède baillant dansle vafe H, donnera occafion à^la froide du vafe I , de def-cendre par l'autre Siphon L. Toute la difficulté eft que l'ufa-ge de ces trois vafes eftant de fournir de l'eau non feulementl'un à l'autre , mais principalement aux Bains parle moyen
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