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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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Chap.VIII.

VI T R U V E

CHAPITRE VII I.

Des trois fortes de See ne.

1 X L y a trois fortes de Scenes , Ravoir, la Tragique, la Comique, & la Satyrique.I Leurs Decorations font différentes en ce que la L Scene Tragique a des colonnes \des frontons élevez, des Statues & de tels autres ornemensqui conviennent à un PalaisRoyal. La Decoration de la Scene Comique reprefente des maifons particulières, avecleurs Balcons & leurs croifées difpofées à la manière des Baftimens communs & ordinaires.La Satyrique eft ornée de boccages, de cavernes, de montagnes, &c de tout ce qu'on voitreprefente dans les païfages des 3 Tapifferies. *

Les Theatres des Grecs fe font d'une autre manière. Au lieu des quatre triangles qui Bfont la diftribution du Theatre des Latins, & que l'on décrit dans un cercle quia eftétracé fur terre ; ils mettent trois quarrez, dont les angles touchent la circonférence ducercle ; & le cofté du quarré qui eft le plus proche de la Scene & qui fait une fedtion dansle cercle, termine le devant du Profcenmm , & l'on trace encore une autre ligne parallèleà celle-cy & qui touche l'extrémité du cercle pour terminer le front de la Scene. Enfuitean tire une autre ligne qui eft aufli parallèle aux deux autres, & qui panant par le centre de

i. Il y a trois sortes de Scenes. Ilya ap-parence que ces trois forces de Scenes ne s'entendent que decelles qui eftoient en peinture fur les machines tournantesqui fervoientde Decorations, & non pas de l'Architecturede la Scene qui ne changeoit point, mais qui faifoit unepartie de la Stru&ure & de la Maçonnerie du Theatre. Ari-ftote dans fa Politique explique ces trois fortes de Scene parle mot de Scénographie, ceft-à-dire , Peinture de Scene ;qui eft un mot dont la lignification eft bien différente decelle qu'il a , quand il eft mis pour l'une des trois manièresde deffiner , dont il a efté parlé au z. chapitre du i. livre.Ariftote dit que Sophocle fut le premier inventeur de cesfortes de Decorations de Theatre. Or il faut entendre parScene Satyrique une Scene où l'on introduit des Satyres.J'aurois pu traduire feenam Satyricam la Scene Pafiorale ; 8cvray femblablement c'eft celle, dont Vitruve entend icyparler: maisj'ay jugé plus à propos de retenir le terme deSatyrique, parce que nous ne fom.nes pas afïûrez fi ce gen-re éft précifement celuy que nous appelions Paftoral. Caril ne nous eft rien refté des ouvrages que les Anciens ontcompofez en ce genre, que le Cyclope d'Euripide, dont lefujet & les perfonnages tiennent plus de la Tragédie desanciens que de nos Paftorales, on peut dire la mefme cho-fe d'une piece de Theatre Satyrique, compofée par Sopho-cle, dont Pollux parle qui eftoit intitulée Hercules ; & fe-lon ce qu'Athénée donne lieu de croire quand il parle delàdanfe & de la Scene Satyrique , on peut douter fi les anciensintroduifoient dans leurs Pieces Satyriques d'autres perfon-nages que des Satyres,&cedouteeft,ceme femble,beaucoupfortifié par Pollux qui dans le dénombrement qu'il a fait desmafques dont les perfonnages de toutes les pieces de Thea-tre fe fervoient , ne nomme pour les pieces Satyriques ,que ceux des Satyres & des Silènes , les uns plus ou moinsvieux, les autres plus ou moins fauvage's : & je croy que l'onne peut pas dire, que bien que Pollux n'ait mis dans ledénombrement des mafques, dont on fe fervoit pour lespieces Satyriques que ceux qui reprefentoient des Satyres& des Sylenes , il fe pouvoit faire qu'il y enft dans ces pie-ces d'autres perfonnages qui nettoient point mafquez : cardans les pieces où l'on fe fervoit de mafques qui eftoientappellees perforata fabula , tous les Comédiens eftoientmafquez tant ceux qui reprefentoient des vieillards, queceux qui reprefentoient de jeunes filles-, parce que ces maf-ques eftoient faits principalement pour fortifier la voixd'où vient qu'ils eftoient appeliez perform àperfonando , &il eftoit neceflaire que tous les perfonnages fe fiftent enten-dre également : Et il n'y a pas d'apparence que Pollux quia décrit les difFerens mafques avec tant d'exaétitude qu ilen rapporte jufqu'au nombre de vingt-deux efpeces feule-ment pour les filles, fçavoirfept pour la Tragédie & quin-ze pour la Comédie, euft oublié les mafques des Bergères,

s'il y en avoit eu dans les pieces Satyriques.

Enfin quoyque la Scene Satyrique c'eft-à dire la Deco-ration du Theatre fuivant l'idée que Vitruve en donne foitfemblable à celles de nos Paftorales, cela ne fùffit pas pourfaire conclure que les pieces Dramatiques Satyriques desanciens fuiïëntla mefme chofe que nos Paftorales, puifque Ç\nous avons d'autres pieces des anciens qui ne font pointmifesau nombre des Satyriques , où la Scene eft pareilleà celle que Vitruve décrit ; tel qu'eft le Philo&eteen l'em-nos de Sophocle , où la Scene eft dans des bois dans descavernes, & fur le bord de la mer.

Dalechamp dans fes Notes fur Athénée eft d'opinionque les pieces de Theatre appellees Satyriques eftoient plei-nes de libertezbrutales &gioffieres,&enerFet,il ya beau-coup de chofes de cette nature dans le Cyclope d Euripi-de: de manière que je croy que la plufpart de ces pieces ref-fembloient mieux à des farces qu'à des Paftorales.

i. La Scene tragiqjjea des colonnes.Il eft aifé de conclure de la comparaifon qui eft icy faite dela Scene Tragique avec la Comique, qu'il doit y avoir au-tre chofe que la grandeur de l'exhaullèment qui falfe la diffé-rence d'un Palais Royal d'avec une Maifon particulière qui Da des feneftres fur la principale entrée, au lieu qu'un Palaisne doit avoir que des colonnes, des Statues & des Ballu-ftrades. Et c'eft en quoy nos Palais en France font diffèrensde ceux d'Italie , qui la plufpart n'ont point d'autre caractè-re à la principale face que celuy de la maifon d'un Bour-geois. LedeffeinqueleCavalier Bervin avoit donné pourleLouvre eftoit de cette efpece n'ayant rien de arand , que lalongueur, la largeur & la hauteur: au contraire à Paris nonfeulement les Palais Royaux, comme le Louvre & Luxem-bourg , font de l'autre manière qui n'a rien que de noble &de magnifique , mais mefme beaucoup de ceux des particu-liers comme l'Hoftel Mazarin, l'Hoftel de la Vrillere & plu-fieurs autres.

3. Les pais ages des Tapisseries. Les Au-teurs font peu d'accord fur la fignification de Topiariumopus. La plus grande partie eftime que c'eft la reprefenta- Etion qui fe fait avec du buis, du cypre , de l'if, & d'autrestelsarbriflèaux verds, taillez deplufieurs fortes défigurespour l'ornement desjardins. D'autres croyentavec plus deraifon que ce font des païfages reprefentez ou en peintureou dans des TapiflTeries. Car foit qu'on fafle venir ce motdu Grec Topion , qui fignifie une ficelle, ou de Topos qui fi-gnifie un lieu ou un pais, il exprime toujours fort-bien ou unpayfage qui cft la reprefentation des lieux, comme des eauxdes bois, des montages ; ou une Tapiffene qui eft faite parl'entrelacement de lafoye, de la laine & del'or dans de peti-tes ficelles qui font la chaifnede l'ouvrage de TapiflerieVuruve parle encore de cetee forte de peinture au chapitre*5. du 7. livre.

l'Orcheftre

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