166 . VITRUVE
C h A p. IV. à leurs doubles jufqu'au Difdiapalon 3 qui eft toute l'étendue que la voix peut avoir" » l fans A *La double Ocla- fe trop efforcer , & les accords font faits M du mélange de ces Sons difterens, qui font *vt ' appeliez Pthongoi par les Grecs.
la beauté du chant. De forte qu'à prefent la Mufique quiplaift,confifte au récit que fait une belle voix jointe à la fym-phonie des inftrumens;& mefme fans cette voix on trouve lafymphonie fort ennuyeufe, à caufe qu'elle eft compofée deplufieurs parties ,fi ce n'eft quele fujet dans cette fymphoniefoit allez éclatant pour couvrir toutes les autres parties, &qu'il ne foit pas nouveau aux Auditeurs,ou qu'il ait un mouve-ment gay & marqué bien diftinctement. Or les Anciens étoient fi peu difpofez à prendre plaifir à la Mufique qui fechante à plufieurs parties,que mefme ils aimoient mieux en-tendre une voix, une lyre, ou une flufte toute feule, que de lesentendre enfemble, quoy qu'elles jctuilënt la mefme chofe.La raifon qu'Aiiftote en rapporte, eft que l'on aime la di-ftindtion,& que plufieurs Sons joints enfemble s'empefchentl'un l'autre d'eftre entendus diftinctement.
Mais il fe trouve qu'en ce temps-là où on eftoit fi char-mé d'une feule modulation , elle n'eftoit pas encore dans laperfection où nous l'avons mife : car comme les Anciens a-voiient eux-mefmes les deux premiers genres, fçavoir l'E-narmonique &: le Chromatique , eftoient trcs-difficiles àchanter à caufe de la petitellède quelques-uns des interval-les que l'oreille a de la peine à appercevoir, & que la voixne forme qu'avec difficulté ; Se de plus la grandeur excefi-five des autres intervalles oftoit toute la beauté au chant,parce que n'y ayant alors que quatre Phtonges ou Sons àchaque Tetracoide , au lieu des fix que nous y mettons , ilfe trouvoit beaucoup de tons naturels qui ne fe chantoientpoint. La comparaifon qui eft faite dans la figure fuivantedes trois genres des Anciens avec le Moderne, explique ce-la allez clairement. Car elle fait voir que dans le Syftememoderne on procède pardesDemitons, qui fouimlfent toutce qui eft necetlàire à la douceur & à la diverfité du chant.Et il y a apparence que le SyftemedesHarmoniciens,con-tre lefquels Ariftoxene difpute dans fon premier livre, eftoitapprochant du Syfteme de noftre Clavier : car cet Auteur ditqu'ils mettoient dans chaque Octave 28 Diefes, queMeibo-mius réduit avec raifon à 24 , prétendant qu'un Copifte amis le nombre Grec *» qui lignifie 28 , pour kS qui fignifie24. : car l'intervalle de fix Tons qui fe trouve dans l'Octave,citant partagé en 24,c'eft quatre parties pour chaque Ton,qui font les quatre Diefes dont il eft compofé.
32. Sans se trop efforcer. La quinzième ou dou-ble Octave, eft l'étendue ordinaire de la voix •, qui peut néan-moins quelquefois s'élever plufieurs Tons au deîïus : maisc'eft avec un effort qui fait que la voix a un fon qui n'eft pasnaturel , & que l'on appelle fuuiler. Il me femble que Vitru»ve a voulu exprimer par voçem conaruentem celle qui n'eftpoint forcée & qui eft oppofée au faulfet.
35. De la conjonction de ces sons. Cecy fem-ble eftre pris de l'Introduction Harmonique d'Euclide, & dutraité qu'il a fait de ladivifion du Monocorde , où cet Au-teur fait conlifter les confonances & les diifonances dans larepugnance que les Sons ont à fe méfier. Car les diflferens
Tons allant produits, comme il dit, par les différentes per-euffions que les corps refonans peuvent faire , lefquellesfont lentes dans les Sons graves , & viftes dans ceux quifont aigus , & par confequent les Tons eftant differens parle nombre des pereuffions qui les compofent, il s'enfuit ne~ceffairement que les Sons ont rapport les uns aux autres fui-vant les mefmes proportions que les nombres ont enfem-ble , & que les confonances fe font lorfque le nombre despereuffions d'un Son eft tellement proportionné au nombredes pereuffions d'un autre, qu il fe rencontre que leurs per-euffions fe font prelque toujours enfemble, ce qui fait uneunion ou conjonEHon qui eft agréable à l'oreille ; &c qu'au Bcontraire les diifonances fe font lorfque les nombres des per-euffions des deux Sons font tellement difproportionnez ,que cette union ne fe rencontre que fort rarement.
L'Enarmonique.
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Le Diatonique.
Le Moderne.
Ceux qui accordent les Orgues confirment cette théoriepar leur pratique , qui eft que pour accorder deux tuyaux,ils prennent-garde à un-battement qui frappe l'oreille lorf-que les tuyaux approchent de la confonance , & ces batte-mens qui font frequents du commencement, deviennentplus lents à mefure que les tuyaux font plus prefts d'eftreaccordez : en forte qu'ils cedent lorfqu'ils font d'accord.Car ces battemens qui ne fe font entendre que parce queles pereuffions du fon des deux tuyaux fe joignent tantoftavec proportion , tantoft fans proportion ; il arrive qu'ils Dccflènt lorfque les pereuffions fe joignent toujours avec pro-portion, fçavoir lorfque les tuyaux font parfaitement d'ac-cord , ou lorfqu elles ne fe rencontrent prefque jamais, fça-voir lorfque les tuyaux font beaucoup difeordans : & par lamefme raifon il arrive auffi que lorfqu'ils font prefts d'eftred'accord , leurs pereuffions fe joignant rarement avec dif.proportion, & prefque toujours avec proportion , les bat-temens ne s'entendent auffi que rarement. Il faut voir letraité du bruit au fécond Tome de mes Eifais de Phyfique.