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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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157
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LIVRE V. i 5 7

A le peuple ne foit point trop preffé en fortant des fpedacles. Il eft encore neceffaire de Chàp. III.prendre garde que le lieu ne foit pas fourd , & que le fon de la voix s'y puijfle répandreTans qu'elle foit étouffée > Ôc pour cela on choi/ïra un lieu qui n'ait rien qui empefche leretentnîement.

* Car la voix n'eft autre chofe que l'haleine * qui eftant pouiTée fait imprelTion fur for-gane de l'oiiie 3 par le moyen de l'air qu'elle a frappé, dont l'agitation forme une infini- de cercles. Mais comme lorfqu'on jette une pierre dans un Etang on voit qu'il s'y faitquantité de cercles qui vont t oûjours en croiffant depuis le centre , & qui s'étendent fortloin, s'ils n'en font empefehez par la petiteffe du lieu, ou par d'autres obstacles ; & ques'ils rencontrent quelque chofe, les premiers cercles qui font arreftez, arreftent & trou-

* blent l'ordre de ceux qui les fuivent : » ainfi la voix s'étend en rond, & fait plusieurs cer-g clés: il y a pourtant cette difference que dans un Etang les cercles ne fe font que fur la

t. Qui estant v o u s s e'e. Vitruve dit icy deux chofespour expliquer la nature de la voix ; la premiere eft que lefon vient de l'agitation de l'air -, la féconde, que cette agita-tion fait des cercles dans l'air, de mefme que Ton voit quel'eau d'un étang forme des cercles lorfqu'on y jette unepierre. La premiere partie de cette defeription eft vraye,fca-voir que le fon vient de l'agitation de l'air , il lny manquefeulement d'expliquer un peu plus diftinétement de quellemanière cette agitation peut émouvoir l'organe de l'ouie.Car il eft certain que toute agitation de l'air n'eft pas capa-ble de faire du bruit, & qu'il n'y a que celle qui eft cauféepar une impulfion tres-loudaine qui en puifïè faire : Parceque quand l'air n'eft pouffé que médiocrement vifte , fagrande fluidité eft caufe qu'il cede au coup, & qu'il efquivet> en fe retirant fi promptement à cofté & derrière le corps quile poufle, que cette agitation ne paffe gueres au-delà de l'ef-pace dans lequel le corps qui poulie eft remué. De forte que

rur produire un fon, il eft neceilàire que le mouvement depuilïànce qui poulie, foit affez vifte pour eftre achevéavant que l'air ait eu le temps de fe retirera cofté : car parla vitellè de cette impulfion loudaine, la premiere partie del'air qui eft allez promptement agitée pour n'avoir pu efqui-ver, en agite un autre avec une pareille promptitude, &ainfi toutes les parties de l'air fe pouffent l'une l'autre juf-qu'à l'oreille.

Cela eftant, il ne refte qu'a trouver quelle eft la puilïàncequi produit un mouvement fi foudain :car on ne peut pasdire que ce foit celle qui fait rencontrer les corps qui fontdu bruit en fe'frappant, puifqu'affez Couvent des corps enp. fe touchant ne laillènt pas de faire du bruit, quoyque pour*-' fe toucher ils ne fe remuent que fort lentement. Il eftdonc neceilàire que de ce frappement, quel qu'il foit, ils'enfuive toujours un autre mouvement dans quelques-unes des parties des corps qui fe frappent, qui ait cette vi-teffeextrémedontils'agit : car il faut fuppofer qu'il y aune éo-alcviteflè dans tous lesmouvemeus qui caufent dubruit ; parce que quelque petit quepuillè eftre le bruit, ilfuppofe toujours un mouvement extrêmement vifte, ainfiqu'il aeftédit, &c le mouvement qui fait un grand bruit eftfeulement le mouvement d'un plus grand nombre de par-ties, qui fe remuent avec une extreme vitellè , de mefmeque le mouvement qui fait un petit bruit eft le mouvementd'un petit nombre de parties , mais qui aaufli uneviteffeextrême.

Pour connoiftre quelle peut eftre la caufe de ce monve-E ment fi foudain , il faut confiderer qu'il fe rencontre deuxfortes de mouvemens dans tous les corps qui fe touchentallez fortement pour faire du bruit : le premier eft le mou-vement qui arrive aux corps par le froidement mutuelqu'ils fouffrent en fe choquant , qui n'eft rien autre cho-fe que le "pliement des parties qui font pouffées en de-dans ou à cofté : l'autre mouvement qui fuit le premier& qui en provient, eft celuy par lequel les parties retour-nent à leur premier eftat ; par la vertu d'un reffort qui eftnaturellement dans tous les corps. Or le premier de cesmouvemens eft proportionné à l'impulfion de la puilïànceexterne qui fait choquer les corps : mais le fécond eft tou-jours pareil, c'eft-à-dire extrêmement vifte ; de mefme quele reffort d'un fufil a toujours une mefme vitellè dans fade-tente , foit que le mouvement de la puiffance qui l'a bandé

ait efté vifte, ou qu'il ait efté lent. Ainfi quelque lent quefoit le mouvement des corps qui fe touchent, fi cet attou-chement fait du bruit, ce n'eft que par l'agitation foudaincque l'air fouffïe, eftant frappé par le mouvement précipitéque les parties capables de reffort, ont en retournant à leureftat naturel. De forte que l'on peut dire que ce n'eft pointtant le coup des corps qui fe touchent, que leur contrecoupqui fait l'agitation de l'air quand il frappe l'organe del'ouie.

La leconde chofe que Vitruve dit touchant la nature de lavoix n'eft pas fans difficulté -, il veut que l'air agité par lavoix faffe des cercles de mefme que l'on voit qu'une pierreen fait dans l'eau. A la vérité cette comparaifon prife d'u-ne chofe qui nous eft fenfible , femble en expliquer aflezbien une autre qui ne l'eft pas : mais il n'y a point d'appa-rence qu'il fe puilïe faire de ces cercles dans l'air de mefmeque dans l'eau : car ces cercles fe font dans l'eau à caufe dela pefanteur qu'elle a, parce que la partie de l'eau qui a eftépouilëe & élevée par la pierre en entrant dans l'eau, re-tombe & frappe une autre partie qui s'élève auffi par cecoup, & qui retombant en frappe encore une autre ; ce quifait les cercles dont Vitruve parle. Mais rien de tout celane peut arriver dans l'air, dans lequel nous fommes commeplongez avec tous les autres corps qui font plus folides quel'air : parce que l'air ferre & comprime tout de telle forrequ'il ne fçauroit donner lieu à ces ondoyemens : mais cet-te application fi ferrée que l'air a à tous les corps qu'il en-vironne, fait que fon agitation eft continue & fans inter-ruption , fi ce n'eft que le mouvement des corps qui caufentcette agitation foit interrompu auffi par leur tremblemencou fremilïèment, qui eft tout-à-fait different des ondoye-mens de l'eau ; car un feul coup fur l'eau peut produire cin-quante ondoyemens ou cercles , qui font autant de coupsqui vont frapper le bord de l'étang qui eft oppofé à celuy l'eau a efté frappée par la chute de la pierre ; ce qui n'ar-rive point à l'air agité par le fon : car fon agitation répondtoujours au mouvement du corps refonnant ; en forte quel'air frappe l'oreille de mefme qu'il a efté frappé -, c'eft-à dired'un feul coup fi le corps ne l'a frappé que d'un feul coup:& s'il arrive qu'un feul coup comme celuy du marteau d'unhorloge produife un fon qui dure long-temps,c'eft parce quele timbre tremble & frémit long-temps après le coup ; cequi forme une agitation compofée de plufieurs autres agita-tions qui a , ce me femble , beaucoup plus de rapport avecles ondoyemens de l'eau d'un étang, que l'agitation fimplequi eft excitée dans l'air par la voix n'en a , quoy que Vi-truve puiffe dire.

3. Ainsi les cercles q_uf faitla voir,Il n eft pas vray que l'agitation que produit le fon, foit trou-blée 8c empefehée d'aller faire ion impreffion fur l'organede l'ouïe, lorfqu'il fe rencontre quelquecorps interpofé, demefme que ce qui vient trancher le cours des ondes qui for-ment des cercles dans l'eau, les confond & les empefche defe continuer plus loin : car tout ce qui empefche le coursdirect des ondes, les empefche & les efface abfolument :mais l'agitation qui produit le fon , ne fe communique &cne fe continue guère autrement par les chemins droits quepar ceux qui font obliques -, & il n'eft pas plus difficile à Taitde tranfmettre à l'oreille fans confufion mille agitationsdifférentes à la fois qu'une feule: car non feulement cel-

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