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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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Chap. IV*

Flutes*

124 V I T R U V E

ACHAPITRE IV,

De la attribution du dedans des Temples,

LA proportion d'un Temple doit eftre telle ' que fa largeur foit la moitié de fa Ion- *gueur, & que le dedans du Temple x comprenant la muraille eft la porte, foit plus *long d'une quatrième partie qu'il n'eft large. Les trois parties qui appartiennent au por-che » doivent aller jufqu'aux antes qui terminent les murailles ; & ces antes doivent eftre *de la groffeur des colonnes. Si le Temple a plus de vingt piez de large , il faut entre lesdeux antes mettre deux colonnes 4 afin qu'elles ferment l'efpace qui eft entre les deux *ailes j c'eft-à-dire le porche : & dans les trois entrecolonnemens qui font entre ces deux gantes , & les deux colonnes, il faut faire * des cloifons de marbre, ou de menuiferie avec *

1. Que salargeur soit la moitié* de sa10NGUEUR. Il eft manifefte que Vitruve entend icy par leTemple feulement les murailles qui compofent le Cella oudedans du Temple, & le Pronaos ou porche : parce que loi'Cque les colonnes y font comprifes , la longueur du Templene peut avoir au jufte le double de fa largeur , à caufe qu'ilmanque à la longueur l'efpace du diamètre d'une colonne,par la raifon qu'il n'y a dans la longueur que le double desentrecolonnemens, & non le double des colonnes. Par exem-ple un Hexaftyle qui a (îx colonnes Si cinq entrecolonne-mens en fa largeur , a dix entrecolonnemens en fa longueur;inais il n'a qu'onze colonnes.

On peut remarquer que les Temples des Anciens eftoientde deux genres, les uns eftoient Ronds & les autres Quarrez.Les ronds eftoient de deux efpeces , fçavoir les Peripteresronds, & les Monopteres, dont il eft parlé au 7. chapitre dece Livre. Les quarrez eftoient de deux efpeces ; les uns n'a-voient point de colonnes , ou s'ils en avoient, elles eftoientenfermées entre les murailles du Porche , & c'eft de cesTemples dont il s'agit dans ce chapitre : les autres avoientdes colonnes en dehors, & ils eftoient de deux efpeces ; caril y en avoit qui dévoient eftre deux fois auffi longs quelarges , qui eftoient encore de fept efpeces, fçavoir celuy àAntes , le Proftyle, l'Amphiproftyle, le Periptere ,1e Pfeu-dodiptere , le Diptère & l'Hypaethre , dont il eft parlé au1. chap. du 3. Livre : les autres eftoient prefque quarrez , quieftoient ceux que Vitruve appelle les Temples à la manièreTofcane, dont il traite au 7. chapitre de ce Livre.

1. CoMTRENANTLA MURAILLE. Pour trouver icy 1

quelque lens , il faut interpreter quant efi htitudo , comme fices mots eftoient enfermez entre deux parenthefes, afin queles mots de lonzjorfit foient joints avec ceux de cum pariete,& il faut entendre comme s'il y avoit Cella curn pariete Ion.gior fit quant ejl latitudo , au lieu qu'il y a Cella longior fitquàm eji latitudo cum pariete : Parce que l'addition de lamuraille N N eft la porte , dans la Planche XXVIII.n'augmente pas la largeur , mais feulement la longueur dudedans du Temple.

3. Doivent aller jusquauxAntes. Il faut en-tendre que les Antes font comprifes dans l'efpace de cestrois parties, autrement le Temple auroit de long plufquedeux fois fa largeur , fçavoir l'épaifleur de l'Ante marquéeO dans la mefme Tlanche.

4. A F I N QJl'E ILES FERMENT l'e SPACE QUI EST

entre les deux ailes. Cet endroit eft fort obfcur:car il femble que Columns quit disjungunt Pteromatos & Prô-nai fpatium , fignifient des colonnes qui feparent l'efpacequi eft entre les deux ailes d'avec l'efpace du Porche ; ce quin'a point de fens, parce que ces deuxefpaces ne font que lamefme chofe : car l'elpace E E qui eft l'efpace du Porche, &l'efpace qui eft entre les deux ailes N O, N O , eft unemefme chofe. C'eft pourquoy ce que Vitruve veut direeftant manifefte & aflez intelligible de foy , j'ay crû que jepouvois expliciuer Columna qu& disjungunt : les colonnes quiferment: parce qu'il eft vray que ce qui fepare un efpace d'a-vec un autre, peut eftre dit le fermer, & qu'un mur fermela cour d'une maifon quand il la fepare d'avec la rue. Laraifon pour laquelle j'ay choifi le mot de fermer , pluftoftque celuy de feparer , eft que fermer eft un mot abfolu,

& que feparer demande qu'on dife dequoy on fepare : or ileft evident que les colonnes D D feparent l'efpace qui eftentre les ailes , c'eft-à-dire le Porche d'avec le dehors duTemple , mais ces mots de dehors du Temple ne font pointdans le texte.

5. Des cloisons de marbre. J'ay interprété ïlu-tei , des cloifons, bien que le mot à'appuy foit plus proprepour rendre en François le mot Latin pluteus. Car ce motfignifioit parmy les Anciens le doffier d'un lit ou d'une chai-fe : mais c'eftoit auffi le lambris qu'ils mettoient aux rrurs,le long defquels la plufpart de leurs lits eftoient rangez fansqu'il y euft de ruelle : Et à ces lits il y avoit prior torusqui eftoit ce que nous appelions le devant, & interior to-rus qui eftoit la place qui eftoit prés du mur : or ce pluteus Creftèmbloit mieux à une clci on , qu'à un appuy -, parce qu'ildevoir eftre beaucoup plus haut qu'un appuy. La raifon quia fait que j'ay évité le mot d'appuy, eft que j'ay crû qu'il au-roit efté mal propre à faire entendre la penféc de Vitruve ,qui felon mon avis, n'a point eu intention de mettre plu-teus au lieu de podium , comme il auroit femblé , fi j'avoismis le mot d'appuy , qui eft propre pour fignifier celuy depodium. Et quoyqu'il y ait quelque difficulté à fçavoir pre-cifément ce qu'on doit croire que Vitruve a enrendu , j'aycrû qu'il y avoit plus d'apparence au party que j'ay pris,qu'à l'autre. Barbaro & Ciiaranus, qui font les feuls des In-terprètes qui fe font expliquez deifus , ne l'ont point faitbien nettement. Cifaranus n'en parle point dans fes Com-mentaires , mais il fait voir dans fa figure qu il a crû que £)Vitruve entendoit par et pluteus, un appuy tel qu'eft celuyqui doit eftre au podium , ainfi qu'il a efté dit cy-devant ; caril a reprefenté ce pluteus par un petit mur qui joint un pie-deftail a l'autre, ayant les mefmes membres de la bafe & dela corniche que les piedeftaux. Barbaro au contraire dansfon Commentaire de la premiere Edition, qui eft Italien,s'eft expliqué enforte qu'il fait entendre qu'il n'a point crûque le pluteus fuft le podium , parce qu'il dit que les Anciensfaifoient ce pluteus de la mefme hauteur que feroit un po-dium s'il y en avoit un. "Traquefii intercolumni fi ponevanoalcani feragli b di marmo 6 di lijno non piu alti di que/'oche farebbe ilpoggio s'egli vi andajfe. Et en effet Vitruve ditque ce/?/»«#; va d'une ante à une colonne, & il devoitavoirdit qu'il va du piedeftail qui fouftient l'alite, à celuy qui foû-tient la colonne , s'il avoit entendu qu'il y euft des piede-ftaux. La vérité eft que cette manière de joindre des colon- pnés cft une chofe fort étrange , & qui n'a point d'exempledans l'antiquité , ny d'approbation dans le bon gouft , &qu'on peut dire eftre de ces chofes que les premiers Archi-tectes ont pratiquées, mais qui n'ont point efté fuivies.

Il refte une difficulté fur la manière dont les Architraves& les autres ornemens qui compofent l'entablement doi-vent eftre pofez fur les colonnes & fur les antes, lorfque lesunes & les autres fe rencontrent fur une mefme ligne, com-me dans les Temples dont il s'agit ; parce que les Antesn'ayant point la diminution par enhaut qu'ont les colon-nes, il arrive neceiTairement que l'on tombe dans l'un de cestrois inconveniens : car ou l'Architrave eft pofé au droitdu des Antes , & il porte à faux fur les colonnes, ainfiqu'il eft reprefenté dans la moitié L M de l'élévation duTemple qui eft dans la Planche X X V111 ; ou il eft pofé au

des