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Chap. I.
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d'une jei?ne fille à qui l'âge rend la taille plus dégagée & plus capable des ornemens qui Apeuvent augmenter la beauté naturelle. L'invention de Ion chapiteau eft fondée lur
cette rencontre.
Une jeune fille de Corinthe prefix à marier eftant morte, fa nourrice pofa fur fon tom-fceau dans un panier quelques petits vafes que cette fille avoit aimez pendant fa viej & afinque le temps ne les gaftaft pas fi toil: eftant à découvert , elle mit une tuile fur le panier,qui ayant efté pofé par hazard fur la racine *» d'une plante d'Acanthe, il arriva lorfqu'au *Printemps les feuilles & les tiges commencèrent à fortir, que le pannier qui eftoit fur iemilieu de la racine, fit élever le long de fes coftez les tiges de la plante, qui rencontrant lescoins de la tuile furent contraintes de fe recourber en leur extrémité, & faire le contour-nement des volutes.
Le Sculpteur Callimachus que les Athéniens appellerent I4 Catathecnos à caufe de la de- B *licateife & de la fubtilité avec laquelle il tailloit le marbre, paffant auprès de ce tombeau,vit le panier , & de quelle forte ces feuilles/îaiffantes l'avoient environné : cette formenouvelle luy plût infiniment, & il en imita la manière dans les colonnes qu'il fit depuis àCorinthe, eftabliflant & réglant fur ce modèle l J les proportions & la manière de l'ordre *Corinthien.
Les proportions du chapiteau Corinthien doivent eftre ainfiprifes. Il faut que le cha-piteau avec le Tailloir ait autant de hauteur, que le bas de la colonne a d'épailTeur : que lala largeur du Tailloir foit telle que lb la Diagonale"qui eft depuis un de fes Angles jufqu'àl'autre, ait deux fois la hauteur du Chapiteau ; car de là on prendra la jufte mèfure *? desquatre coftez du tailloir : la courbure de ces coftez en dedans, fera de la neuvième partiedu cofté à prendre de l'extrémité d'un des angles à l'autre. Le bas du chapiteau fera de C
13. D'u ne plante d'A c a n t h e. Cette plante qui eftappellee branch ttrfna en Latin à caufe qu'on dit que fesfeuilles reffén blent aux piez d'un ours ; eft appellee uican.thos en Grec, parce qu'une de fes efpeces eft épineufe & ref-femblc à un chardon : Car il y a deux efpeces d Acanthe, fça-voir la fauvage qui eft l'épineufe, & la cultivée qui eft fansépines , & qui eft peut-eftre pour cela appellee mollit parVirgile. C'eft de cette dernière que les Sculpteurs Grecs ontpris les ornemens de leurs ouvrages, de mefme que les Go-thiques ont imité l'aune qui eft épineufe, non feulementdans leurs chapiteaux, mais aufli dans leurs autres orne-
mens.
Mais il eft à remarquer que les Architectes Romains n'ontpas imité les ouvrages de Callimachus dans leur chapiteauCorinthien : car ils y ont mis le plus fouvent des feuilles quifont fort différentes de celles d'Acanthe qu'ils ont refervéespour l'Ordre Compofite,ainfi qu'il fe voit en l'Arc de Titus.Ces feuilles font bien plus profondement refenduës,& on lesappelle feuilles d'olivier ou de laurier,quand elles font fortgrandes : Ce que l'on peut dire eftre fait tout au contrairede ce qui devroit eftre,parce que les volutes Corinthiennes,qui, comme il a efté dit, font formées des tiges d'une her-be , ne feauroient eftre faites par des branches "d'un arbre telqu'eft le laurier ou l'olivier: Et le chapiteau Compofue dontles volutes ne naiffent point des feuillages , mais qui fortentdu vafe, pouvoit avec plus de raifon fouffrir & admettre cesfeuilles de laurier. Cette pratique des Architectes anciens,qui n'eft point felon Vitruve,a fait écrire à Villalpande quel'hiftoire de Callimachus eft fabuleufe , & que les Grecsn'ont point inventé le chapiteau Corinthien , mais qu'ilsen ont pris le modèle fur le Temple de Salomon , où leschapiteaux eftoient ornez , à ce qu'il dit , de feuillesde palmes , aufquelles les feuilles qu'on appelle d'oli-vier reflemblent mieux qu'à celles d'Acanthe , qu'il pre-tend n'avoir jamais efté mifes dans les chapiteaux Corin-thiens par les Anciens : néanmoins le contraire fe remar-que dans plufieurs chapiteaux qui fe voyent encoredans la Grèce, & mefme aux colonnes des Tutelles à Bor-deaux , où les chapiteaux Corinthiens ont des feuilles d'A-canthe.
14. Catatechnos. Pline dit qu'il fut appelle Cakiao-technos , c'eft-à-dire qui ne fe flatte point dans l'amour qu'ila pour fon ouvrage, mais qui ne le trouve jamais allez bienfait à fa fantaifie j c'eft l'explication que Pline donne à ce
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mot : on pourroit néanmoins croire qu'il fignifieroit auffice que nous appelions un vétilleux , c'eft-à-dire un ouvrierqui gafte fon ouvrage à force de le vouloir polir & achevertrop curieufement : c'eft Pline luy-mefme qui me donne cettepenfée j quand il parle des ftatf es que ce Sculpteur fit dedeux Danleufes, aufquelles il dit que la trop grande re-cherche avoit ofté toute la grace qu'il avoit voulu leurdonner.
15. Les proportions et la man 1 ere. Je tra-duis ainfi Symmetries & rationes : il cft pourtant vray que larencontre des feuilles de la plante d'Acanthe fur le panierqui fervit de modelle à Callimachus ne luy fournit pas lesproportions du chapiteau Corinthien, mais feulement l'in-vention de la figure & de fon caractère : & cela fait voircombien le mot de Symmetria a de différentes lignificationsdans Vitruve.
16. La diagonale qtii ist depuis un de sesA n g l e s. Cela eft obfcur, parce que le tailloir du chapiteauCorinthien a huit angles, a caufe qu'il eft coupé par les qua-tre coins, & que cette coupure fait quatre petites faces lcf-quelles ont chacune deux coins. Et il n'eft pas aifé de fça'voirfi Vitruve entend par les angles, le milieu des petites faces& qu'il veuille que cette Diagonale, qui a deux fois la hau-teur du chapiteau , c'eft-à-dire deux fois le Diamètre du basde la colonne , aille du milieu d'une des petites faces à l'au-tre , ainfi que Palladio , Vignole & Scamozzi 1 ont prati-qué ; ou s'il entend que les coins du quatre dont les deuxDiamètres du bas de la colonne font la Diagonale eftantcoupez, faflent les quatre petites faces, ainfi qu'il fe voitdans la Planche XXIII. Il y a pourtant apparence que la der- pniere Explication eft la meilleure ; parce que de l'autre ma-niere le tailloir feroit trop large à proportion de la hauteurdu chapiteau- ce qui ne fe rencontre pas aux chapiteaux faitsdepuis Vitruve , qui eftant plus hauts que les anciens , fetrouvent mieux proportionnez avec un tailloir plus lar^e.Comme Vitruvene parle point de recouper les coins du taiLloir , on pourroit douter s'il n'auroit pas eu intention queles tailloirs fuflent aigus parleurs coins, ainfi qu'ils font auTemple de Vefta à Rome,& en quelques autres anciens Edi-fices.
17. Desquatre coste z. Jay crû que/Www quoquoverfus, qui figmfie les faces de tous les coftez, , pouvoit eftretraduit les faces des quatre cofiez. ; parce qu'il y a quatrecoftez.
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