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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE IL

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A tous les autres grands Temples. Ces arbres naifTent en Candie » principalement, comme Chap. IX.

* aufïi en Afrique & en quelques endroits de la Syrie.

* : "Le Lanx qui eft un arbre qui ne fe voit guère que fur les bords du Po & prés des riva-ges de la mer Adriatique,a aufli une amertume qui empefche que la vermoulure & les ventsne luy nuifent : Mais de plus il a cela de particulier qu'il ne s'enflâme point, & il faut pourle brûler qu'on le mette dans un feu d'autre bois, de mefme que les pierres qu'on cuit dansun fourneau pour faire de la Chaux, & encore ne peut-il jetter aucune flamme, ny faire decharbon ; mais il faut un long-temps pour le coniumer ; car il entre peu de feu & d'air dans

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qua la longueur du temps : il elt d'ailleurs 11 pelant qu'il ne flotte point furB l'eau ; pour leïairc venir, il le faut porter dans des batteaux, ou fur des radeaux faits avecdu Sapin. Cette propriété particulière a efté découverte par une rencontre qu'il eft à pro-pos défaire fçavoir.

Jules Cefar ayant campé proche des Alpes, & fait commander dans tous les lieux cir-convoifinsde fournir les chofes neceflaires pour la fubfiftance de fon armée, il fe trouvadans un fort Château appelle Larignum, des gens allez hardis pour refufer de luy obéir, furl'opinion qu'ils avoient que les avantages du lieu rendoient leur place imprenable. Cefarayant fait approcher les troupes trouva devant la oorte du Château une tour faite de cebois mis en travers l'un fur l'autre en forme d'un buicher d'une telle hauteur, que ceux quieftoient dedans pouvoient aifément avec des leviers & des pierres en empefcher l'appro-che. Comme on vit que ceux qui défendoient la tour, n'avoient point d'autres armes que

C des leviers, qui ne pouvoient pas eftre lancez bien loin à caufe de leur pefanteur, on or-donna à ceux qui eftoient commandez pour faire les approches , de jetter au pied de latour quantité de fagots, & d'y mettre le feu ; ce qui fut incontinent exécuté, & la flammequi l'environna & qui s'éleva fort haut, fit croire que toute la tour eftoit confumée> Maisle feu s'eftant éteint de luy-mefme, Cefar fut bien étonné de voir la tour entière : Cela lefit refoudre à faire une tranchée tout au tour hors la portée des armes des afliegez, quicraignans d'eftre pris de force, fe rendirent : &c eftant enquis quel eftoit ce bois qui ne pou-voit eftre brûlé, ils firent voir ces fortes d'arbres qui font fort communs dans le païs, & quiavoient fait appeller ce Château Larignum, parce qut le nom de ce bois eft Larix , qu'onfait venir fur le Po à Ravenne, à Pezano, a Fano, à Ancone & aux autres villes d'alentour.Il leroit fort à fouhaiter qu'on en pût aiiément apporter à Rome, cette matière feroit

D d'une orande utilité pour tous les baftimens, ou du moins pour les planchers qui font fousles tuiles aux entablemens des maifons fituées furies extremitez des liles qu'elles font ; carcela empefeheroit que le feu dans les embraiemens ne palTaft d'une Iile à l'autre, ce boisn'eftant point capable d'eftre endommagé des fiâmes ny des charbons qui tombent, ny defaire mefme du charbon.

Ces arbres ont les feuilles femblables à celles du Pin : Le bois a le fil long, & eft aufïlbon pour la menuiferie que le Sapin. Il a une refine liquide femblable au miel Attique,qui eft propre à guérir les phtifies.

Je penfe avoir traité allez amplement des efpeces & des proprietez naturelles des arbres& de leurs principes. Il refte à expliquer pour quelle raifon le Sapin qu'on appelle à Rome

en ce qui regarde la defeription du Cèdre : car Diofcoride luy_ donne du fruit femblable a celuy du Cyprès, & Vitruve dit*- qu'il a des feuilles comme le Cyprès, cependant ny l'un ny1 autre ne fe trouve veritable. Il n'y a que X'Oxycedrus Lyciaqui ait des feuilles en quelque façon femblables à celles duCyprès : mais il y a grande apparence que le Cèdre dontVitruve parle icy , eft le grand Cèdre appelle Cedrelato ouCèdre Phcenicien qui eft celuy qui fert à baftir , dont lesFeuilles n'ont aucun rapport avec celles du Cyprès, eftantbeaucoup plus femblables à celles de Genièvre.

il. P r i n c i P A l e m e n t. je lis nafeuntur arbores ha ma-xime in Creta & Syria reqionibus fuivant mon mannfeript,au lieu <le nafeuntur maxima &c. Philander a corrigé unefaute de cette mefme nature à la fin de ce chapitre, lesexemplaires ont certa tabuU au lieu de certl tabula &c.22. Le Larix. Le doute qu'on peut avoir raifonnable-

ment fi le Larix de Vitruve , de Pline & de Palladius eft lenoftre qui s'appelle en François Aîelez,e, m'a empefche dechanger fon nom en Latin qui eft devenu allez François.Car la principale qualité du Larix de ces trois Auteurs quieft de ne pouvoir brûler, manque à noftre Meleze qui brûlefort bien Se fait de bon charbon, ainfi que Scaligcr allure,& dont on fe fert pour fondre les mines de fer aux monta-gnes de Trente & d'Ananie : 5c mefme on ne brûle pointd'autre bois dans tout le pais d'alentour à ce que dit Ma-thiole. Ceux qui croyent que le Larix des Anciens eft noftreMelefe, s'arreftent davantage à la defeription que Vitruvefait de l'arbre & de fes proprietez pour la guerifon des ma-ladies , qu'à celle d'eftre incombuftible , qui doit paner pourfabuleufe non feulement dans le Larix , mais en toute au-tre forte de bois qui eft refincux & odorant, de mefme queVitruve dit qu'eft fon Larix.

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