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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE II.

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A blés & IanguifTans, quand on ne leur tire point cette humidité qui s'amaffe & fe pourrit au Chat». I X.dedans. Les arbres donc qu'on fera ainfi lecher fur le pied avant qu'ils foient morts, ouépuifez par la vieilleffe, deviendront par ce moyen très-propres pour fervir & durer long-temps citant employez.

Les arbres dont on fefertpour les Edifices comme le Chefne, l'Orme, le Peuplier, leCyprès & le Sapin n'y font pas aulïi propres les uns que les autres, & l'on ne peut pas fairedu Chefne ce que l'on fait du Sapin, ny du Cyprès ce que l'on fait de fOrme, chacun ayantdes propiïetez différentes, à caufe des principes dont ils font compofez, qui ne produi-fent pas les mefmes effets. Car le Sapin qui a beaucoup d'air & de feu, & peu d'eau & deterre, felon la qualité des chofes qui le compofent, a aufïi fort peu de pefanteur, &c fa na-ture eft d'eftre ferme & tendu, de ne plier pas fous le faix, & de tenir les planchers fortg droits mais fa trop grande chaleur fait qu'il eft fujet à engendrer des vers qui le gaftent, ÔCà s'allumer aifément a raifon de fa nature aërée qui le rend fufceptible du feu.

Le Sapin avant que d'eftre coupé eft en fa partie inférieure uny &: fans nœuds à caufe de

l'humidité que fes racines prennent de la terre voiiine : mais la partie d'enhaut qui jette

beaucoup de branches à raifon de la chaleur dont elle abonde eft fort noiieufe , &c lotù

* qu'elle eft coupée de la longueur de vingt pieds & équarrie, elle eft appellee 9 fufierna , à

caufe de la dureté de fes nœuds : pour ce qui eft de la partie inférieure de l'arbre, elle eft

* grofle que les Fibres différentes faiTent ,0 quatre feparations ; on la décharge de fon Au-bour, & ce qui refte eft fort bon pour la Menuiferie, & eft appelle Sapinea.

* u Au contraire le grand Qhefne dont les principes font tout-à-fait terreftres, ayant peu Qnercns.d'eau, d'air & de feu, dure éternellement dans la terre, parce que fa folidité fait qu'il ne

C reçoit point dans fes pores l'humidité , qu'il fuit tellement Se l - dont il eft peu remply,

* qu'il fe tourmente, fegerfe& fe fend étant mis en œuvre hors déterre. Mais '* le petit E fc ulus -Chefne qui eft tempéré en fes principes, eft de fort bon ufage dans les Edifices : toutefois il

ne refîfte pas à l'humidité, il la reçoit aifément par fes pores, & elle fait fortir ce qu'il a d'air& de feu, ce qui eft caufe qu'il fe corrompt en peu de temps.

* I4 Le ferries , le Liège &c le Heftre qui ont beaucoup d*air avec peu d'humide, de terreftré& de feu, font d'une fubftance fi peu folide qu'ils fe gaftent pour peu qu'ils reçoivent d'hu-

humidité aqueufe qui defeend par l'Aubour, fi on la compare pouvoir appeller Quercus le grand Chefne , veu que l'Au-ù l'autre qui monte par l'écorce , eft comme le fang veneux teur de l'Hiftoire des Plantes de Lyon, qui a efté faite fur les

de l'arbre -, de mefme que l'huyleufe eft comme le fang arterid. Mais ce qui rend ce rapport encore plus jufte, eft l'effetde cette evacuation qui fe trouve eftre falutaire à la plante,de mefme que la faignée l'eft aux animaux : Car il eft fou-î) vent très-utile d'ofter cette humidité quand elle eft tropabondante, parce qu'il eft impoffiblc qu'en cet eftat elle nefe corrompe, lorfque defeendant dans la racine pour y eftrecuite & perredliounée, elle ne trouve pas des forces quifoient proportionnées à fa quantité , & capables de travail

Mémoires de Dalecamp, eft de cet avis, quand il àïz,Qujr-eus in fpecie , eft arbor urn omium maxime procera , qui eft àdire , que le Chefne Amplement & pris pour une efpece eft

On tres-orand arbre.

n. Dont il est si peu remply q_u'il se tour-mente. La raifon pour laquelle le Chefne eft fujet à fe tour-menter & à fe dejetter, n'eft pas parce qu'il eft remply depeu d'humidité : Car il y a des bois plus fees qui ne fe tour-mentent point, mais c'eft parce qu'il eft compofé de par-ler à un aufïi grand ouvrage qu'eft celuy'de la coftion de ties inégales , y en ayant de feches , dures & fibreufes quitoute cette humeur : de mefme que c'eft un grand foulage- demeurent fermes, pendant que les autres qui eftoient plusment au cœur & à toutes les parties qui travaillent à faire le humides , fe retirent lorfque leur humidité s'évapore aprèsfang & a le reétifier,d'en ofter une notable partie: car fans ce- que le bois eft mis en œuvre.

la ce fang qui letourne au cœur deftitué de fa meilleure &c plus 13. Mais le petit Cheske* L'efpece de Chefne ap-

utile portion , qui eft demeurée aux parties qu'il a nourries, pelle E [cuius eft décrit bien différemment par les Auteurs.le charge & l'accable au lieu de le fortifier,& il trouve beau- Virgile le reprefente comme un très-grand arbre dont lescoup plus de facilité à changer en pure fang la bonne nour- racines qui font auffi longues que les branches defeendentriture qu'on donne aux malades,qu'à rectifier celuy que les vei- jufqu'aux enfers,, Ruel & Belon croyent aufïi c^x Efculus eftnés luy rapportent,qui eft altéré 5c corrompu parla maladie. le Platyphyilos de Theophrafte qui eft un chefne qui nonP 9. Fustïrn A. Ce mot eft primitif felon la plus commu- feulement a les feuilles larges,comme le nom qui eft Grec*-" ne opinion, néanmoins Baldus & Saumaife croyent qu'il eft le porte, mais dont les branches font aufïi fort grandestdérivé àefuftis qui fignifie un bafton noiieux. Dalechamp au contraire le fait un petit arbre toi tu dont les

10. Qu atre separations. Les troncs des gros Sa- feuilles font étroites,fuivant Pline, qui dit aufïi qu'il n'eft paspins eftant coupez de travers ont deux cercles de différentes fort haut. Cette opinion eft la plus reçeué par les Botani-Fibres, lefquelles, lorfque l'arbre eft fendu par le milieu & fe- ftesIon le fil,font quatre feparations de différentes ondes : Ce qui à quifait appeller ces Troncs ainfi coupez qit,tdrijlnviatos parPline.

11. Le grand chesn e. Les Auteurs ne s'accordent pasbien fur les différences des arbres qui font comprifes ious lenom de Quercus , car il y a l'ilex, le Robur , {'fJcmcris, lePlatyphyilos, le Phtgos, ['Efculus &c» qu; font pris fouvenïles uns pour les autres. Mais comme Vitruve ne parle icyque de deux , & qu'il oppofe le Qutnus à Y Efculus qui eft

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qui croyent que 1' rfculiss eft le Pheaos de Theophrafte,i les Latins ont donné le nom à'Efculus , à caufe que

fon gland eft bon à manger , ce que le nom Grec Ph*g»tfignifie auffi & le phegos eft décrit par Theophrafte com-me un petit chefne qui ne s'élève pas fort haut, mais quis'étend feulement en rond.

14. L e C e r r u s. Cet arbre eft une efpece de Chefne

appelle aailops par les Grecs. Dalechamp dit qu'il 11 a point

de nom François parce qu'il ne croift point en France , 8c

le petit chefne , comme ff fera monftté cy-aprés , j'ây crû Pline alfeure qu'il n'eft pas mefme connu en la plus gran-