LIVRE IL
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\ Quand la Chaux fera éteinte , il la faudra méfier avec le Sable en telle proportion qu'il Chap.V-y ait trois parties de Sable de Cave, ou deux parties de Sable de riviere ou de mer, contreune de Chaux : car c'eft la plus jufte proportion de leur mélange, qui fera encore beau-coup meilleur t fi on adjoûte au Sable de mer & de riviere une troifléme partie de Tuileauxpilez & faffez.
* 1 Or pour fçavoir par quelle raifonce mélange de Chaux > de Sable & d'Eau fait un
i. Or pour sçavoir la raison. Tout ce queVitruve dit icy de la Chaux, eft tres-vray ; mais il n'en tirepoint de conclufion qui faite entendre la raifon des effetsétranges que fa cuillôn produit-, & comment une pierre aprèsavoir perdu fa dureté dans le feu, la reprend par le moyen del'eau , eftant méfiée avec du Sable. Car cette rareté fpon-gieufe qu'il dit eftre dans les pierres que le feu a ouvertes &J$ épuiféesde leur humidité naturelle , les difpofant à fe pou-voir difloudre dans l'eau, les rend à la vérité capables des'appliquer & de fe joindre fort exactement au Sable, maisce n'eft que parce qu'elle leur a ofté la dureté : De forte quela difficulté eft de fçavoir d'où & comment la Chaux reprendcette dureté. Car on ne peut pas dire que c'eft l'exficcationviolente que le feu y a introduit qui fait cette ferme coagu-lation ; parce que la Chaux feule & fans le Sable ne devientpoint fort folide, & qu'au contraire eftant niellée avec le Sa-ble, elle fait une malle qui fe durcit mefme avant que d'eftrefeche -, puifque cela luy arrive au fond de l'eau , où le mortiernelaifle pas de durcir; & qu'auffiquoyque parfaitement fe-ché , il n'a pas encore toute la dureté dont il eft capable;mais que cette dureté va toujours s'augmentant avec letemps, qui luy donne fans doute autre chofe que la feche-reilè, puifque les autres caufes , comme le feu, le Soleil & le
t~» vent qui defechent auffi-bien que le temps , ne rendentpoint le mortier plus folide à proportion qu'ils agiiîent pluspuiflamment, ainfi que le temps fait quand il agit plus lon-guement : au contraire l'extrême fechercfle le gafte &l'affoi-blit ainfi que Vitruve remarque au 8. chap, où il dit que lesmurailles qui font bâties de petites pierres, font meilleures,parce que les grandes pierres confument trop promptementl'humidité de Ta Chaux.
Il faut donc necelïâirement que la dureté que la Chaux ac-quiert dans le mortier luy vienne des Pierres &: du Sable quiluy communiquent quelque chofe qui eft capable de pro-duire cette ferme coagulation. Phil.de Lorme eft d'une opi-nion contraire, car il croit ( fuivant, comme il femble , lapenfée de Vitruve) que les Pierres & le Sable attirent & boi-vent la force de la Chaux à raifon de leur aridité naturelle :Mais quand cela feroit, on ne voit point comment cette at-tra&ion de la force de la Chaux peut donner au mortier la
U dureté dont il s'agit. On pourroit feulement induire de làque les Pierres & les Cailloux en deviennent plus durs, maisce n'eft pas ce que l'on cherche , la difficulté eft de trouvercomment ils communiquent une partie de leur dureté à laChaux. Si l'on veut recevoir les principes des Chimiftes,il n'eft pas difficile d'é;laircir ces difficukez ; car on peut direavec beaucoup de vrai-fen blance que la concretion & la fo-lidité de tous les corps provenant de leur Sel, il faut necef-fairement que lorfque la Pierre perd fa folidité par la vio-lence du feu , il fe farte une evacuation de la plus grandepartie des Sels volatils & fulphurez, qui eftoient le vray liendes parties terreftres de la Pierre, & que comme la perte quetous les corps,mefme les inanimez, en foufTient continuelle-mrnt par la tranfpiration infenlîble, eft la caufe de la diflblu-tion que le temps fait à la fin des chofes les plus fondes d'intro-ït ducTrion auffi & le partage de ces Sels d'un corns dans un autre,tait la coagulation des chofes qui s'endurcjflent par un autremoyen que par l'exficcation : Et ainfi que la pierre à Chaux,qui pour avoir perdu dans le feu beaucoup de ces Sels, tftoitdevenue rare par la feparation de fc s parties , par fa diflolu-tion dans l'eau eft devenue capable de faire approcher ces par-ties éloignées & de les rejoindre par la force du principe decoagulation qui eft dans le Sel fixe qui leur eft ref!é,qui quoy-cu infuffifant pour une parfaite concretion , ne lailîe pas dela faire par un mouvement allez feuiain & allez violent pourexciter la chaleur qui s'allume dans la Chaux lors qu'on l'é-teint , & qui y demeure long-temps après, quoy qu'on ne lafente pas : car c'eft cette chaleur cachée qui la rend, commeon dit communément, capable de brûler les autres corps
qu'elle touche , quoyquelle n'ait plus de chaleur a&uelle jmais feulement une très-grande difpofnion à s'échauffer, quieft ce que j'entens par une chaleur cachée.
Or onpeutdire quecerte chaleur en agiftànt furies Cailloux& fur le Sable en fait fortir des Sels volatils & fulphurez,de mefme que le feu les avoir fait fortir des pierres à Chaux,& que ce font ces Sels qui fe méfiant dans la chaux & repre-nant la place de ceux que le feu en a voit fait fortir, luy ren-dent la folidité qu'elle avoit perdue. Et dautant que ce mou-vement excité dans les Sels fixes ne celle pas , lorfque lachaleur évidente qui arrive à la Chaux quand on l'éteint, eftpaflee , mais continue' jufqu'à ce que toutes les parties fefoient rejointes ; il arrive que le mortier long-temps aprèsqu'il paroift feché, ne lailîè pas d'acquérir de jour en jourune plus grande folidité, à mefure que les Sels volatils for-tent du Sable & des Pierres pour fe communiquer à laChaux : Ce qui eft confirmé par l'expérience, qui fait voirque plus le mortier a efté broyé & rabotté, plus il devientdur enfuite ; parce que le froirtèment fait fortir du Sable &entrer dans la Chaux une plus grande quantité de ces Selsvolatils ; & qu'enfin la Chaux ne brûle les autres chofes queparce qu'elle les diflbut, en faifant fortir ces fortes de Selsqui eftoient le lien qui tenoit leurs parties unies & aflèm-blées. Il femble que Phil, de Lorme a eu quelque idée de cettePhilofophie,loifqu'il confeille défaire la Chaux des mefmespierres dont le Bâtiment eft conftruit ; comme fi fon defleineftoit de faire que les Sels volatils qui ont efté oftez à laChaux , luy foient plus aifément rendus par des pierres quien contiennent de femblables.
Enfin ces principes & ces caufes & la manière d'expliquerleurs effets lemblent avoir quelque rapport avec les princi-pes & les penfées de Vitruve , qui dit que le feu fait perdreaux pierres à Chaux leur folidité , & quil les rend, plus raresen leur cfiantleur humidité naturelle efr aérienne, qui n'eft rienautre chofe que ce Sel volatil & fulphuré que les Chimiftesconfiderent comme le lien qui unit les parties des chofes quifont folides -, Qu'après cette perte que les Pierres font de leursparties fui phurées, il leur demeure une chaleur cachée , c'eft-à-dire une difpofition à s'échauffer par le mouvement des Selsfixes , qui fe détachant promptement par le moyen de l'eauqui les diflbut, produit une effèrvefcence qui eft l'effet d'unmouvement précipité , par lequel les parties font raréfiées, àcaufe de la di\ ilïon foudaine qu'elles fouffient'en s'entrecho.quant ; Que cette effèrvefcence arrive à la Chaux vive lorf~qu'elle eftpknpée dans l'eau avant que cette chaleur cachée foitdifsipée: ce&-h.-dize avant qu'elle ait perdu tout fon Sel,étantou éventée, ou trop brûlée ; Qu'enfin les ouvertures que laChaux a en toutes fes parties, font caufe que le Sable s'y attache,c'eft-à-dire que la Chaux & le Sable ne font que comme uncorps par le mélange de leurs parties, lorfqu'une portion dela fubftance du Sable & des Pierres pénètre dans les vuidesqui font dans la Chaux : mais ces vuides ne doivent paseftre entendus comme fi c'eftoient des cavitez dans lefquel-les des eminences du Sable & des Pierres puirtent entrercomme des chevilles & des tenons entrent dans des trous Sedans des mortaifes, ainfi que Vitruve le fait entendre : cesvuides fignifient feulement l'effet de l'évacuation des Selsvolatils & fulphurez dans la Chaux, qui la rend capable derecevoir ceux qui fortent du Sable & des Pierres : car il ar-rive que le Sable s'amoliflant en quelque forte par l'éva-cuation qu il fouffre , & la Chaux s'endurciilànt par la re-ception de ce qui s'écoule du Sable , ces deux chofes re-çoivent des difpofitions mutuelles a fe lier fermement lesunes aux autres. Cela fe voit lorfque par fucceffion de tempsles pierres quittent le mortier , en forte que le mortier em-porte la fuperficie de la pierre à laquelle il eft attaché : car ficette fupeificie n'avoit point efté amollie par la Chaux , lapierre fc romproit auffi-bien par un autre endroit que parceluy qui eft proche du mortier ce qui n'ariive jamais.
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