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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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Chap. III.

34 VITRUVE

ACHAPITRE III.

Des Briques ; de quelle terre , en quel temps & de quelle forme

elles doivent eslre faites.

IL faut premièrement fçavoir de quelle terre les Briques doivent eftre faites : car la terrequi eft pleine de gravier, de cailloux, ou de fable, ne vaut rien, parce qu'elle rend lesBriques trop pefantes & fait qu'elles fe détrempent &: fe fendent ] elles font mouillées *delapluye.

D'ailleurs cette terre qui eft rude n'eft pas affez liante pour faire corps avec les pailles Bqu'on y méfie ; il les faut donc faire avec de la terre blanchâtre femblable à de la craye, ouavec la terre rouge , ou avec 1 du fablon malle: parce que ces matières à caufe de leur *» douceur font plus compactes, ne pefent point dans l'ouvrage & 4 le corroyent aifément.*

Le temps propre pour mouler les Briques eft le Printemps &c l'Automne t parce que du-rant l'une & l'autre de ces faifons elles fe peuvent fecher également par tout, au lieu qu'enEfté le Soleil confumant d'abord l'humidité du dehors, fait croire qu'elles font entière-ment feches, & n'achevé néanmoins de les fecher tout-à-fait qu'en les retreiuffant, ce quifend & rompt leur fuperficie aride, & gafte tout.

ans entiers ; car Iorfqu elles font

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C'eftpourquoy le meilleur feroit de les garder deuxplovées nouvellement faites & avant qu'elles foient

ployees nouvellement faites & avant qu'elles loient entièrement leches , l'enduit quel'on met deflus eftant feché promptement & tenant ferme, il arrive qu'elles s'affaifTent, & C

A caufe de cela à Utique le Magiftrat ne permet point qu'on employe de Brique qu'il nel'ait vifîtée, & qu'il n'ait connu qu'il y a cinq ans qu'elle eft moulée.

Il fe fait de trois fortes de Briques. La premiere eft celle dont nous nous fervons qui eftr>e deux palmes, apellée en Grec Didoron : * elle eft longue d'un pied & large de demy-pied. Les deux au-Be cinq paimes. tres q ul f ont l e Pentadoron & le Tetradoron font employées par les Grecs. Le palme eft ap-nl s qmm paL pelle Doron par les Grecs, parce que Doron qui lignifie un prefent fe porte ordinairement

i. Si elles sont mouilli'es de la flute.Les Briques dont Vitruve parle icy ne font point cuites ,mais feulement fechées par un long temps, comme de qua-tre & cinq années : C'eft pourquoy on y mefloit de la pail-le , ou du foin , de mefme qu'on fait en plufieurs endroitsen France les cloifonnages & les planchers font faitsd'une compofition de terre graflè pétrie avec du foin , apel-lée torchis , parce que cette compofition eft entortillée autour de plufieurs ballons en forme de torches.

Quoy qu'on ne trouve plus dans les vieux baftimens deces Briques non cuites , on ne peut pas douter que les an-ciens ne s'en ferviflent 5 ce qui eft dit que l'on y mefloit dela paille & qu'elles étoient fujettes à fe détremper à la pluye,eft tout à fait convainquant ; mais la raifon que Scamozzyapporte de ce qu'on ne trouve plus de Briques crlies à Ro-me , fça /oit que le feu dont Néron embrafa la Ville, les acuites , eft moins probable, que celle du peu de fermetéque cette ftru&ure doit avoir pour relifter à l'humidité quila détrempe , lorfque les enduits & les incrnftations qui laconvroient ont commencé à tomber -, car cela a fait ruinertoutes ces fortes de bâtimens , pendant que ceux quiétoient de briques cuites font demeurez.

2. Du s a b l o n m A s l e. Les Interprètes font bien enpeine de fçavoir ce que c'eft que ce fablon malle dont parleVitruve,& que Pline dit audi pouvoir eftre employé à fairedes briques. Philander tient que c'eft une terre fabloneufeSe folide. Daniel Barbaro croit que c'eft un fable de rivierequi eft gras Se que l'on trouve par pelottes comme l'encensmafle. Baldus dit qu'il eft apellé mafle à caufe qu'il n'a pasune aridité fterile comme l'autre fabic.

3. A cause de leur douceur. On apelleune terredouce qui n'eft point pierreufe ny afpre , telle qu'eft l'Ar-gille, cm levitas , ne fignifie point icy légèreté comme J.

Martin a interprété, mais ce mot eft mis au lieu de Uvitas "£)ou Uvor ; Ce que Pline a expliqué quand il parle de lapierre Pamonienne qu'il apelle lapidem pinguijfimum <&tetïoriis tenacifsimum propter Uvorem.

4. Qu t sfc corrqye aise'ment. Ce qu'on ditpé-tiir en la pafte s'appelle corroyer dans la terre graflè , & ilme femble c[u'aggerare ne peut fignifier autre chofe icy :car aggerare eft proprement faire une mafle avec de la terreen la foulant & en la battant, & les cuirs fe préparent & fecorroyent de la mefme façon en les foullant Si maniant aprèsles avoir mouillez ; enforte que Vitruve entend que la terredouce & graflè fe manie, fe lie & fe réduit aifément en pafte& en malle à caufe de l'égalité & de la ténuité de fes parties.

5. Elle est longue d'un pied et large did h m y pied. Pline ne donne point cette mefure au Dido-ron , mais il le fait large d'un pied & long d'un pied & de-my , ce qui ne convient point au nom de Didoron qui fi- Egnifie deux palmes , fi ce n'eft que Pline entende parler dugrand palme qui en valoit trois petits, ayant douze doigts,qui avec les quatre du petit faifoient le pied entier de 16.doigts : enforte que deux grands palmes qui faifoient 14.doigts, valoient le pied &demy , & ainfi fuivant cette ma-nière, Pline auroit entendu que le Didoron , ou double pal-me fignifie la longueur de la Brique , au lieu que Vitruvel'entend de la largeur ; parce que le demy pied qui eftoit dehuit doigts avoit deux petits palmes qui n'eftoient chacunque de quatre doigts. Mais cette proportion que Pline don-ne aux Briques, eft bien moins commodepour la ftructureque n'eft celle de Vitruve, qui eft fui vie & obfervéedans tousles Baftimens tant anciens que modernes qui fe voyentdansl'Europe , ainfi que Scamozzi a remarqué. C'eft pourquoyBarbaro eftiire qu'il faut corriger le texte de Pline fur celuyde Vitruve ; ce qui n'eft pas le fentiment de Philander.

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