LIVRE I.
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A par le moyen de la Méditation & de l'Invention; la Meditation eft l'effort que i'efprit Cfiap. î fïfait, invité par le plaifir qu'il a de reuflir dans la recherche de quelque chofe ; l'Invention
. eft l'effet de cet effort d'efprit qui donne une explication nouvelle aux chofes les plusobfcures. Par le moyen de ces trois manières on fait une reprefentation parfaite & achevée
, * delà Difpofition d'un Baftiment. 8 L'Eurythmie eft la beauté de l'affemblage de toutes lesparties de l'œuvre i qui en rend l'afpecT: agréable , lorfque la hauteur répond à la largeur, &* la largeur à la longueur^ le tout ayant fa juftemefure. ? La Proportion aufïi eft le rapportque tout l'œuvre a avec fes parties, & celuy qu'elles ont feparément à l'idée du tout } fui-vant la mefure d'une certaine partie. Car de mefme que dans le corps humain, il y a un rap-.Dort entre le coude } le pied, la paume de la main, le doigt & les autres parties : Àinfi dans,es ouvrages qui ont atteint leur perfection, un membre en particulier fait juger de la gran-
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* B deur de tout l'œuvre. Par exemple le diamètre d'une colonne } ou le module d'un Io Trigly- Grxvlen bRefait juger de la grandeur d'un Temple. Dans une Ballifte le trou que les Grecs apellentPeritreton , fait connoiftre combien elle eft grande, de mefme que " l'efbace qui eft d'une ra-me à l'autre t qui le nomme *■* Dipechaicé, fait voir quelle eft la grandeur d'une Galère, il
, en eft ainii de tous les autres ouvrages*
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8. L'Eurythmie. Ce mot ainfi qu'il a efté déjà remarquéeft pris de la Mufique & de la Danfe, & il lignifie la Propor-tion des mefures du Chant Se des pas de la Danfe. Il n'y apoint de mot François, que je fçache, pour l'exprimer queProportion : car celuy de Rime eft trop particulièrement affe-cté à la termination des mots , pour le pouvoir appliquer àautre chofe. Tous les Interprètes ont cru que l'Eurythmie& la Proportion que Vitruve apelle Symmetria ■ font icy deuxchofes différentes , parce qu'il femme qu'il en donne deuxdefinitions : mais ces definitions à les bien prendre , ne di-fent que la mefme chofe ; l'une Se l'autre ne parlant, par undifcours également embrouillé , que de la Convenance , dela Correfpondance & de la Proportion que les parties ontau tout.
9. La Proportion. Bien que le mot Symmetricfoit devenu François, je n'ay pu m'en fervir icy , parce queSymmetric en françois ne lignifie point ce que S)tnrnetrialignifie en Crée & en Latin, ny ce que Vitruve entend icypar Symmetric qui eft le rapport que la grandeur d'un tout aavec fes parties, lorfque ce rapport eft pareil dans un autretout, à l'égard auffide fes parties, où la grandeur eft diffé-rente : Par^exemple, on dit que deux Statues dont l'une ahuitpieds de haut, Se l'autre huit pouces, font de mefme propor-tion , lorfque celle de huit pieds a la tefte haute d'un pied, Secelle de huit poulces l'a d'un poulce : mais on entend au-tre choie par le mot de Symmetric en François ; car il figni-fie le rapport que les parties droites ont avec les gauches,Se celuy que les hautes ont avec les baltes, & celles de de-vant avec celles de derrière, en grandeur, en figure, en hau-teur, en couleur, en nombre i en fituation ; Se généralementen tout ce qui les peut rendre femblables les unes aux autres:Se il eft aftèz étrange que Vitruve n'ait point parlé de cetteforte de Symmetric qui fait une grande partie de la beautédes Edifices , ou pluftoft qui ne fçauroit y manquer fans lesrendre tout à-fait difformes - , fice n'eft que ce foit cette mef-me raifon qui a fait qu'il n'en a point parlé, comme li cetteefpece de Symmetric eftoit une chofe fi facile à obferver,qu'il n'a pas jugé qu'elle meritaft d'eftre mife au rang desautres pour lefquelles il faut plus de finene. Je crois nean-moins qu'on doit établir deux efpeces de Symmetric, dont
L l'une eft le rapport de raifon des parties proportionnées,qui eft la Symmetric des anciens, Se l'autre eft le rapportd'égalité qui eft noftre Symmetric, dont il y a encore deuxefpeces. Car fi ce rapport eft pareil, Se que les parties gau-ches &les droites, par exemple, foient de mefme grandeur& de fituation pareille , il s'appelle Amplement Symmetric;mais s'il eft contraire Se oppoié , il eft apellé Contrafte, Sealors il appartient à la Peinture & à la Sculpture, & non àl'Architecture. Il y a néanmoins un endroit où Vitruve par-le de la Symmetric fui vant la fignification que nous luy don-nons en François-, c'eftà la fin du troifiémelivre où il ditque la Symmetric des Architraves doit répondre à celle desPiedeftaux, en forte que fi ces piedeftaux font coupez enmanière d'efeabeaux , les Architraves le foient auffi : car
cette Symmetric ne lignifie point une proportion de raifon imais feulement une parité de forme & de figure.
10. Triglythe. Vitruve explique au 1. chapitre du 4. li-vre ce que c'eft que Triglyphe Se quel eftoit fon ufage dansl'ordre Dorique. C'eft un mot Grec qui lignifie gravé en troisendroits, ce qui n'exprime pas bien la figure, puifque le Tri-glyphe n'eft gravé proprement qu'en deux endroits, fçavoiren A.&en B. fi on prend les deux canaux qu'il a pour deuxgraveures, comme en effet ils reprefentent alfez bien la traceque fait un burin 5 ou bien il eft gravé en quatre endroits,
, fçavoir en C A B D, fi les deux dc-I my canaux C D qui font en fescoins, parlent pour des graveurescomme il femble qu'ils ledoivenrtCar je ne fçaurois approuver ceque Bernardinus Baldus dit pourfonder cette triple graveure, queI > les demi graveures ne doivent paf-fer que pour une; puifque ce qu'ilapelle une demi graveure eft effe-ctivement une graveure, quoiquspetite ; de mefme que deux ruif-îeaux quoique petits ne font pointdeux demy ruifleaux, & qu'on neJ pdurroit pas dire qu'un pré fuft ar-
I M T l T 7 SP \ '7 V rp ^ e trois ru 'ffeaux, parce qu'ilL-jLjL_1LA LA LA en aurait deux grands &z deux pe-tits. C'eft pourquoy l'InterprèteD d'Euripide qui n'eftoit point Ar-,chitecte, aeu quelque raifonlorf.qu'en qualité de Grammairien, ila traduit Doricas Triglyphas, Do-rions Trabes dedolatas in Triangu-lum , parce que le nom de Triglyphe ne convient point pro-prement à l'ornement de la Frife. Dorique , fi ce n'eft qu'onî'apelle Triglyphe à caufe que les trois parties dont il eftcompofé, marquées E F G, qui font nommées fes jambesou cuifles, font formées par la graveure.
J'ay fuivy dans ma Traduction la correction de Philander •»qui lit Triglypho aut etiarn Embate , au lieu de Embatere quife trouve dans tous les autres Exemplaires. Il fe fonde fur ceque Vitruve au chap ; 3. du 4. liv. dit que le module s'apelleen Grec Embates.
11. L'espace qui est d'une Rame a. l'autre.Stalrrms eft la Cheville où on attache chaque Rame ; de forteque Interfcalmium eft l'efpace qui eft depuis une cheville juf-qu'à l'autre. Ce qui eft la mefme choie que l'efpace d'uneRame à l'autre.
ix. Ditech ai ce'. Ce mot Grec eft fait de Dis qui li-gnifie deux fois , & de Pechys qui lignifie une coudée. A direla vérité , cet exemple ne convient point à la chofe qu'ildoit expliquer : parce que s'agiflàntdela connoilïànce qu'on
? eut avoir de la grandeur d'un tout par la connoilfance que'on a de la grandeur d'une de fes parties, il ne faut pas que