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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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6 VITRUVE

C h a p. I. firent fouftenir « les Architraves ^ & autres ornemens fur des Statues Perfiques t & ainfi A **enrichirent leurs ouvrages de pareilles inventions. Il y a encore plufieurs autres hiftoiresde cette nature dont il eft neceffaire que l'Architecte ait connoiflance.

L'eitude de la Philofophie fert aufli à rendre parfait l'Architecte, qui doit avoir l'amegrande & hardie fans arrogance } equitable & fidèle, & ce qui eft le plus important, tout-à-fait exempte d'avarice : car il eft impoiîible que fans fidélité & fans honneur on puiffejamais rien faire de bien. Il ne doit donc point eftre intereffé, & doit moins fonger à s'en-richir , qu'à acquérir de l'honneur & de la reputation par l'Architecture , ne faifant jamaisrien d'indigne d'une profeifion fi honorable : car c'eft ce que preferit la Philofophie. D'ail-leurs cette partie de la Philofophie qui traite des choies naturelles, & qui en Grec eft apel-lée Phyfiologie, le rendra capable de refoudre quantité de queftions > ce qui luy eft necef-faire en plufîeurs rencontres 3 comme dans la conduite des eaux, pour laquelle il doit fça- Bvoir que tant en celles qui font conduites par des détours en montant & en defeendant,qu'en celles qui font menées de niveau_.fi elles font relîerrées dans des tuyaux, *' il s'enferme *naturellement des vents, tantoft d'une manière , tantoft d'une autre ; ce qui fait que ceuxqui ignorent les principes & les caufes des chofes naturelles , ont bien de la peine à remé-dier aux defordres qui arrivent. De plus l'Architecte ne pourra jamais comprendre fans la: connoiffance de la Philofophie , ce qui eft écrit dans les livres de Ctefibius, d'Archimede& d'autres auteurs femblables.

Pour ce qui eft de la Mufique, il y doit eftre confommé afin qu il fçache la u Proportion *Canonique & Mathématique pour bander comme il faut les machines de guerre comme

Foramina h<>- Balliftes, Catapultes & Scorpions, dont la ftructure eft telle, qu'ayant pafîé dans I7 deuxnononm. trQus ^ ar [ e j^ ue [ s on ten ^ également les bras de U Catapulte^&z dont l'un eft à droit &: l'autre à gau- Cche aux chapiteaux de ces machines, des cables faits de cordes à boyau que l'on bande

13. Les Archttrwes, J'ay mis le mot d'Architrave atxlien du Grec Epiftyle ,qui lignifie pofé fur la colonne, parcequ'Architrave quoy qu'il ne foit pas François, eft plusconnuqu'Epiftyle. Architrave eft un mot barbare moitié Grec 8cmoitié Latin , quoyque Bernardinus Baldus veuille qu'ilfoit tout Latin 8c compofé des mots , Arcm 8c Trabs,comme eftant une piece de bois qui eft mife fur les colon-nes au lieu d'Arcades : Mais la vérité eft que l'on a tou-jours écrit Architrave & non Arcutrave, 8c qu Archi clansla compofition des mots Grecs fignifie ce qui eft le premier& le principal , ce qui convient fort bien à la piece de boisqui le met furies colonnes qui eft la premiere 8c la princi-pale , cv qui foutient les autres , fçavoir les poutres 8c lesfolives ,8c qui d'ailleurs fait un effet bien différent de celuydes Arcades , qui ne lient point les colonnes les unes auxautres ; ce qui eft le principal ufage de 1" Architrave, qui eftproprement ce que nous apellons en François Poitrail ouSablière.

14. Et autres ornemens. Le mot à'omamenta dans Vi-truve lignifie particulièrement les trois parties qui font po-fees fur la Colonne , fçavoir l'Architrave , la Frife 8c laCorniche, qui eft une lignification bien différente de la figni-fication ordinaire , qui comprend toutes les chofes qui nefont point des parties euentielles, mais qui font adjoutéesfeulement pour rendre 1 ouvrage plus riche & plus beau,telles que font les fculptures de feuillages de fleurs & decompartimens que l'on taille dans les moulures , dans lesfrifes ,dans les platfonds, & dans les autres endroits qu'onveut orner.

15. Il sïkterme naturellement. Il y a apparence queVitruve parlant icy des vents qui fe rencontrent fouventméfiez avec l'eau dans les Tuyaux des fontaines, entendqu'ils y font engendrez , parce que le mot de punt dans undifeours il s'agit de Phyiîque, femble fignifier le change-ment de l'eau en un corps de nature aérienne , & c'eft cequi eft exprimé au chap. 7. du 8. liv. par le mot de na[-cuntur. Mais parce que la vérité eft que cette productionde corps aérien eft une chofe qui ne fçauroit arriver dansles tuyaux des fontaines , parce qu'il eft befoin pour celad'une caufe extraordinaire qui produiiè une foudaine rare-faction , qui ne fe rencontre point dans les fontaines ; j aycru que je pouvois traduire avec plus de vérité ,fpir:tus fiuntil s'enferme des vents, que fi j'avois mis il s'engendre des

vents : parce que c'eft la mefme chofe, & que l'air qui eftfeulement enfermé , auffi bien que celuy qui feroit engendrédans les tuyaux , fait du vent en effet, lorfque la violencedu mouvement 8c de la compreflion le fait couler ; le ventn'eftant autre chofe que le cours 8c le flux impétueux del'air. Vitruve s'explique allez bien fur cela au lieu qui vientd'eftre allégué, 8c fait entendre que ces vents ne font autrechofe que l'air qui s'enferme avec l'eau lorfqu'elle entre im-petueufement dans les tuyaux. Il faut voir la dixième notefur le chapitre feptiéme du huitième livre.

16. La proportion canonique et mathématique.Ces deux proportions font la mefme chofe qui font oppo-fées à la proportion Muiîcale ou Harmonique , comme Vi- V)truve entend au chapitre 3. du 5.I1V. il dit que les Archi-tectes ont réglé les proportions des Theatres pour faire que

la voix y fuft confervée 8c fortifiée, fur les proportions tantCanoniques & Mathématiques, que Muficales. Ouœfivernntdit-il t per canonicam Mathernaticorum , er MuÇicam ratic-nem. Ces deux proportions font telles que la Muficale &Harmonique eft feulement fondée fur l'ouïe , qui juge parexemple que la double octave en contient deux iimpîes, Sela Canonique ou Mathématique eft fondée fur la mefureGéométrique qui fait voir qu'une corde partagée par la moi-tié , fonne l'octave de la corde entière. Boé'tius Severinus ditque la Proportion Mathématique eft appellee Canonique,c'eft à dire régulière, parcequ'elle eft plus certaine & qu'elledemonftre plus clairement la proportion de l'étendue destons que ne fait l'oreille qui s'y peut quelquefois tromper.L'opinion d'Aulugelle qui oppofe la proportion Canonique £à la proportion Optique attribuant l'une à la Géométrie ,& l'autre à la Mufique , fembleroit fonder le doute qu'onpourroit avoir que Vitruve euft eu intention d'oppofer laproportion Mathématique à la Canonique.

17. Deux trous par lesquels on tend également.Les exemplaires font differens , les uns ont foramina homo,tonorum, les autres hemitoniorum.]t lis homotonorum contrel'avis de Turnebe qui fe fonde fur Heron , qui dit que quel-ques-uns des anciens appelloient la corde que l'on palïoitdans ces trous tonon , quelques-uns enatonon 8c d'autres he.mitonion : mais il peut y avoir faute dans le texte de Hcronauifi-bien que dans les exemplaires de Vitruve qui ont he-mitoniorum ; pareequ'il eft évident que Heron donne cestrois noms pour fynonymes : or cela ne peut eftre li on ne