PREFACE.
ils ne cedent point aux autres peuples, ÔC de faire connoiftre par leurs beauxOuvrages que le génie des François les peut faire reiiftir dans tout ce qu'ils en-treprennent , quand ils font excitez par la gloire qu'il y a de travailler pourcelle d'un fi grand Monarque.
Et certainement S. M. ne pouvoit témoigner davantage combien elle ad'eftime pour toutes les belles chofes qu'en j extant les yeux fur cet Art quicomprend en foy la connoifTance , aula" bien que la direction de tous lesautres , &c en honorant l'Architecture jufqu'au point de ne la juger pas indi-gne d'avoir une place entre les differens foins,aufquels un grand Roy s'employepour rendre fon règne merveilleux, non feulement par les grandes choies qu'ilentreprend pour le bien 8£ pour la gloire de fon Eftat, mais aufli par les orne-mens qui peuvent relever l'éclat des heureux fuccez qui fuivent fes hautes en-treprifes.
Or pour rendre à l'Architecture fon ancienne fplendeur, il a fallu ofter lesobftacles qui peuvent s'oppofer à fon avancement, dont les principaux font,que ceux qui jufqu'a preient ont embraffé cette profeftion ne pouvoient eftreinftruits des préceptes de leur Art , faute de les pouvoir puifer dans leur ve-ritable fource , à caufe de l'obfcurité de Vitruve, qui eft le feul des anciensEcrivains que nous ayons fur cette matière 5 8c" auiïi parce qu'ils n'avoientpas les moyens &C la commodité de s'exercer fur les exemples êc" fur lesmodèles que l'on trouve dans les reftes des ouvrages les plus renommez,qui ont donné le fondement ÔC l'authorité aux préceptes mefmes ; la pluf-part de ces exemples $C de ces modèles ne fe voyant que dans les païs eftran-gers : èC qu'enfin les Ouvriers ne trouvoient rien qui leur peut donner lecourage d'entreprendre cette étude 11 difficile , vu le peu de goût &C d'e-ftime qu'ils voyoient dans l'efprit des Grands pour la magnificence des Bâ-timens.
Ces confiderations ont fait que le Roy a mis ordre ace que ceux qui fontcurieux de l'Architecture , ne manquaient point de fecours neccfïaires à leursétudes en établiffanc des Academies non feulement à Paris, où la plus grandepartie des fçavans du Royaume fe viennent rendre , mais encore dans Romeoù les Edifices anciens confervent les characteres les plus fignificatifs & lesplus capables d'enfeigner les préceptes de cet Art. Outre cela en attendantque les fomptueux Edifices que S. M. fait conftruire en France, foienten étatde fervir eux-mefmes de modèle à la pofterité , Elle a envoyé dans l'Italiedans l'Egypte, dans la Grèce, dans la Syrie , dans la Perfe^c^: enfin par tousles lieux où il refte des marques de la capacité &C de la hardieffe des anciensArchitectes , plufieurs perfonnes fçavantes & bien inftruites des remarquesque l'on y peut faire ; &c Elle a propofé des recompenfes à tous ceux qui peu-vent produire quelque chofe d'excellent 6c de rare ; enfin pour animer le cou-rage de ceux à qui il ne manquoit que cette feule difpofition pour s'éleverau plus haut degré où les Arts puiltent atteindre , Elle a voulu donner desmarques éclatantes de Peitime qu'elle fait des beaux Arts en honorant les per-fonnes qu'un génie extraordinaire , joint à une heureufe appliquation, a ren*du illuftres.
Entre les dirTerens foins que l'on a employez en faveur de l'Architecture , latraduction de Vitruve n'a pas femblé peu importante : On a eftimé que lespréceptes de cet excellent Auteur, que les Critiques mettent au premier rano-des grands efprits de l'antiquité,étoient abfolument neceiîaires pour conduire
ceux