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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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LES CRIS DE PARIS ET LES CRIS ÉTRANGERS.

lenteur du rhythme, mais ils présentent des successions mélodiques agréables à loreille. Outre ceux que nousvenons de mentionner, nous citerons encore, daprès le même écrivain, la formule gracieuse dun marchand delimonade: Fresca , fresca, Tacqua acetosa ! « A la fraîche, à la fraîche leau acidulée ! » (Cris notés, série K,n° 18.) Le chant dun vieux juif qui poussait ce cri lamentable : Chi accommoda ombrelli rotti? « Qui a desparapluies cassés à raccommoder? » (Cris notés, série K, n° 22.) Lappel plus gai dun raccommodeur de poivcelaine, criant : Chio robbè di Genova! « A raccommoder la porcelaine de Gênes ! » (Cris notés, série K, n° 28.)Lavertissement laconique dun raccommodeur de chaises : Ecco lo sediaro! « Raccommodeur de chaises!»(Série I(, n° 24). Et finalement le cri aigu dun marchand dencre : Inchiostro final-n Encre fine ! » (Série K,n° 19.)

Le cri des ramoneurs, en Italie, a occupé de savants contre-pointistes. Langlé, dans son Traité de la bassesous le chant , prétend queZacconi, auteur de la Practica di musica, donne des exemples de contre-point danslesquels il prend pour thème ou canto ferma, tantôt le carillon de la cloche, tantôt le cri du coucou, tantôtenfin celui du ramoneur. Il faut croire que cette citation est inexacte, et que Langlé sest trompé sur le nomde lauteur italien quil cite, car nous avons vainement cherché dans lexemplaire de la Practica di musicaque nous possédons les thèmes de contrepoint auxquels le théoricien français fait allusion. Quoi quil ensoit, le cri du ramoneur rapporté par Langlé doit être fort ancien, à en juger par la persistance aveclaquelle le jeune artisan évite dy faire entendre la note sensible. Le second cri transcrit par Mainzer peutpasser pour une variante toute moderne du précédent; sil en diffère peu sous le double rapport des paroleset de la mélodie, il admet le fa dièse que lautre rejette (Cris notés, série K, n os 20 et 21). O spazza camin !ou Cliio spazza camin ! est une formule qui date de plusieurs siècles, et qui se fait entendre dans presquetoutes les villes lon parle italien. Elle est connue en Lombardie, dans le Piémont et dans la Suisse italienne,aussi bien quà Rome.

Passons à lEurope du Nord, lAllemagne dun côté, lAngleterre de lautre, doivent nous arrêter surtout.Il y a des cris tout allemands que nous pouvons noter sans sortir de France. Quon se dirige vers notre fron-tière du Rhin, vers cette vieille ville de Strasbourg, si curieuse à observer dans sa physionomie marquée dunedouble empreinte germanique et française. Vous nètes pas encore en Allemagne, mais déjà lAllemagnesannonce à vous par la voix des artisans et des marchands ambulants que vous rencontrez sur voire passage.Voici le marchand de sable pour les parquets (1) : cest un paysan qui est sans doute ailé sapprovisionnerdans les bruyères des Vosges, ou sur les bords du grand fleuve voisin de la ville. Il crie dune voix perçante:Sand,Sand,madamenSandl ou bien : Sand, Sand firrother madamenSand! « Du sable, du sable de dames !...Sable rouge de feu ! » (Cris notés, série K, n° 27.) Voici le marchand de mottes : Lohkaes, lohkaesl « Mottes,mottes! » (Série K, n os 27-29.) Voulez-vous des tubes pour allumer le feu, l'équivalent du soufflet dans le mo-bilier de la ménagère pauvre ; vous en aurez un excellent pour la modique somme de cinq centimes. Appelezdonc la bonne femme qui va criant dès le matin : Firblosà! fîrblosà! « Tubes pour souiller le feu! «Voulez-vousaussi un agréable combustible, des petits fagots de bois de résine dont la flamme égaie le foyer, et qui répan-dent en brûlant une forte odeur aromatique, ou bien des bourrées de genièvre encore plus odoriférantes, ouseulement des boîtes dallumettes, à trois pour un sou : Kienholtz, Wechholderriess, drei Lâdlâ for â sa !crient autour de vous marchandes et marchands. (Cris notés, série K, n os 30, 33 et 47.)

Une vieille femme qui colporte des calendriers vous recommande ses neüï Kalender; le marchand de cirage,

(1) On rencontre le marchand de sable pour les parquets dans presquetoutes les villes de nos provinces de lEst et du Nord, en Normandie,dans la Flandre française, en Lorraine. Un journal de Lille racontait,il y a trois ou quatre ans, quun de ces marchands avait eu la fantaisiesingulière de persécuter, par la bizarrerie de son cri, les habitanls dunedes rues de cette ville, nommée la rue du Vieux-Marché-aux-Moutons.Il traversait chaque jour celte rue de grand matin, et poussait une es-pèce de cri perçant et sauvage : Hi ! ha ! ha! Un jour, un habitant eutlimprudence de prier ce marchand de sexprimer dune manière moinsaiguë, parce quil troublait son sommeil ; il fit probablement cette

observation un peu aigrement, car le marchand résolut de se venger.Chaque malin, à cinq heures ou six heures et demie, il vint se poster,avec sa charrette de sable, sous les fenêtres de celui quil appelait sonennemi, et, pendant trois quarts dheure, il poussait des hi ! ha ! ha!retentissants qui navaient rien dhumain, et qui allaient porter à tousles chevets de la rue le réveil le plus désagréable. Ce fâcheux marchandy mettait tant danimosité, que ses victimes avaient formé le projetdaller porter plainte au commissaire de police. Si lanecdote est vraie,elle donne un exemple de la contrariété que les crieriès matinalesdoivent faire éprouver aux dormeurs.