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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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LES CRIS DE PARIS ET LES CRIS ÉTRANGERS,présentent les ombres chinoises, avec accompagnement de linstrument appelé req (1). Il a aussi ses men-diants, ses pauvres et ses aveuglesqui chantent des cantiques dans les rues, suivis de leurs femmes et de leursenfants, qui leur donnent la réplique après chaque verset. Enfin, il a ses veilleurs appelés mousahher, dont lavoix se fait entendre pendant les fêtes du Ramadan. Ces mousahher remplissent des fonctions analogues àcelles qui étaient autrefois le partage des clocheteurs des trépassés. Seulement, au lieu de sannoncer par latriste formule que ceux-ci jetaient aux échos des cimetières, les chanteurs égyptiens emploient ce gracieuxverset respire la langueur des nuits de lOrient, et quils adressent surtout aux femmes : « Fermez vos pau-pières, yeux de Narcisse ! » Très souvent aussi ils chantent à la porte du harem lhistoire scandaleuse du jour,quils intitulent avec une malice digne de nos anciens trouvères : Ce qui se passe entre le chat et la souris.Au lieu de la sonnette quagitait le bournobile, instrument interdit aux musulmans, ils portent une petite tim-bale appelée bàz ou tablet el mousahher, sur laquelle ils frappent quatre coups de temps en temps, selon lerhythme quindique lexemple rapporté n° 8, série K, des Cris notés (2).

Une nation dEurope qui a connu les mœurs, les goûts et les merveilles de lOrient, lEspagne, va nousarracher à ces lointains parages, pour nous faire entendre des voix placides et sereines qui semblent refléter lecalme de son ciel pur. Un grand artiste de ce pays, M. D.-F.-F. de Valldemosa, directeur des concerts de lacour et maître de chant de S. M. la reine Isabelle, que ses ouvrages ont placé au premier rang des composi-teurs espagnols de lécole moderne, a bien voulu, sur notre instante prière, détourner un moment son attentionde ses importants et sérieux travaux pour saisir au passage et fixer sur le papier quelques appels du com-merce de Madrid. Il a eu lobligeance de nous envoyer, à titre de spécimen, divers refrains mercantiles transcritsici Série K, sous les n 05 9-1 h. Si nous prêtons un moment loreille à ces voix, nous entendrons dabord cellede larabanera, ou marchande de radis, criant : Y rabano-s! Puis les appels des vendeurs de fruits, delégumes, de sable, comme : Escarola ! « Escarolc ! » Que ricos melones ! e De bons melons ! » Gastahero nuecero!« Des châtaignes et des noix ! » Arena! arenaro! « Sable, marchand de sable ! » Enfin, Manias de Palencia, etmantero ! « Couvertures de Palencie! voilà le marchand de couvertures! » erierie qui a bien son cachet decouleur locale et qui nous rappelle que nous sommes dans une ville espagnole, dans la belle et noble cité deMadrid. Un certain caractère de gravité est le trait distinctif de ces canlilènes, dont le rhythme est peu accusé,mais dont les accents sont doux et harmonieux. Nous retrouvons la même expression de placidité dans les crisde Barcelone, et surtout dans celui du veilleur : Las doce andado sereno ou no bladal « La douzième heure asonné, il fait beau temps (ou mauvais temps)! » (Cris notés, série K, n°17.) Les deux autres refrains, celuidu marchand de chiffons et de ferraille : Draps y ferra wel! et celui de la rempailleuse de chaises : Quite çadiras per dova donasl « Femmes , avez-vous des chaises à raccommoder! » se composent aussi dune suitedintervalles très mélodieux (3).

LItalie, et particulièrement Rome, possède des canlilènes qui ont à peu près le même caractère que les crisespagnols. On dirait que lusage du chant religieux, si répandu et si populaire dans les deux pays, y a influesensiblement sur la forme musicale des refrains mercantiles. Par leur allure grave, lente, et pour ainsi diresolennelle, par leur contexture el leur tonalité même, ceux-ci se rapprochent beaucoup du plain-chant. Il y ades cas ce fait na rien que de très naturel, par exemple, quand il sagit des vieux refrains que répètent lesconfréries qui, à Rome, vont de porte en porte implorer la charité publique. Mainzer a noté une de ces mé-lodies qui se chantent sur les paroles suivantes : La Madonna sanctissima del soccorso. Deo gratias ! (Crisnotés, série K, n° 26.) Le marchand qui vend des lanternes pour saint Pierre et saint Paul, Lanternoni per sanPiedro e san Paolo, e li lanternoni ! (Cris notés, série K, n° 25) introduit aussi dans son cri les lormesdu style religieux.

Les appels mercantiles que Mainzer a recueillis pendant son séjour à Rome se distinguent également par la

(1) Les Égyptiens eux-mêmes les définissent en ces termes : « Sociétéde gens qui jouent avec des ombres et qui chantent au son du req et deIV raqyeh ou eraqyeh.

(2) Villoteau, De l'état actuel de la musique en Égypte, art. V, p. 700.

(3) Ces trois cris, en patois de Barcelone, nous ont été communiquéspar un artiste espagnol, M. Yincento Valenti, habile professeur depiano cl compositeur distingué, élève de M. Elwart.

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