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LES CRIS DE PARIS A L’EPOQUE ACTUELLE,voque, et laisse croire au puriste qu’elle a la prétention de chausser l'hiver, tandis qu’elle se contented’offrir aux personnes frileuses des chaussures destinées à les préserver du froid pendant la mauvaise saison.
D’autres emploient volontairement ou par inadvertance des inversions dont le marquis de Mascarille eût étéjaloux, témoin celte formule embrouillée d’un marchand d’habits : Habits, habits! vieux marchand, mar-chand d’habits vieux! habits , vieux marchand !
Si l’emploi des formes contractes atteste la ressemblance du langage des crieurs de la capitale avec l’idiomerustique dont M. Agnel a exposé les principes, les différences de prononciation suffisent au linguiste pourdiscerner la contrée d’où le revendeur ou l’ouvrier ambulant est originaire. Les paysans qui font le commercedes légumes, les maraîchers qui viennent en ville vendre eux-mèmes les produits de chaque saison , se fontimmédiatement reconnaître à leur prononciation rude et golfe : Pô verts,po’verts! Là sâlâdâ! Bounpoumnide terr , bounn poumm ’ de terr ! och’tez! Les Normands, lorsqu’il s’en rencontre parmi les vendeurs demelons, se trahissent par leur cri de : Grouns melouns ! Les marchands d’habits laissent deviner la présencedans leurs rangs d’Israélites allemands ou alsaciens, s’ils se mettent à crier : Hèbits guèlons! euvez-vous deshèbits à fend' ! L’enfant, le gamin de Paris sera surtout reconnaissable à sa facilité merveilleuse d’élocution,à l’extrême volubilité de son cri, à l’accent mignard et affecté qu’il donne à certains mots, à sa manièreexcentrique de faire rouler les r ; au ton malin et goguenard de ses formules ; à ses tendances sceptiques quil’empêchent d’apporter dans l’énumération des qualités de sa marchandise le ton de conviction qui perce engénéral dans les crieries traditionnelles des vendeurs de légumes. Aussi l’enfant do Paris, que l’on voit se livrersurtout au commerce des menus objets de toilette, de fantaisie et de curiosité, fait-il moins souvent usagedu chant que de la parole. A la vérité, il excelle dans la harangue et n’a pas son pareil pour faire l'article etallumer le chaland.
Allumer le chaland! tel est le résultat que tous les crieurs ont en vue et qu’ils s’efforcent d’obtenir en don-nant à leur cri l’expression la plus éloquente, soit au moyen de certaines indexions de voix, soit par l’emploide certaines épithètes destinées à relever les qualités essentielles de leurs marchandises. Les adjectifs jouentici un rôle important et fournissent à la phraséologie des revendeurs nomades le bon, le beau, le gros, le joli,le doux, le tendre, dont s’enrichit l’énonciation pure et simple de l’article à vendre. 11 est telle de ces épithètesdont l’application n’a presque jamais varié. Les artichauts, les melons, les pommes de terre, les asperges etplusieurs sortes de poissons, de coquillages et de fruits, sont, de temps immémorial, proclamés gros, bons etbeaux; les haricots ont principalement la vertu d’être tendres; on vante depuis Jannequin la douceur desraves, des cerises et des mûres. Aux maquereaux on accorde le droit d’être beaux, jolis, superbes; le harengest reconnu digne d’estime lorsqu’il est frais; la sole et le merlan peuvent à la rigueur se passer d’épithètes;les pois verts ne sauraient avoir d’autre ambition que de rester peftVs, - enfin les marrons, comme les gâteaux ,doivent brûler la poche.
Outre les expressions qualificatives, les crieurs font usage de l’exclamation autant pour renchérir sur lesformules laudatives que comme un moyen de bien poser leur voix en commençant le cri. Ah! qu'il est beau,le maquereau! s’écrient les marchandes de marée, avec l’accent de l’admiration la plus profonde. Rien deplus drolatique que la variété d’exclamations introduites par les maraîchers ambulants dans le cri de la pommede terre. C’est ainsi qu’on les entend répéter, tantôt d’un son de voix ferme et assuré, tantôt avec des inflexionstraînantes et lamentables :
Ah ! les pommes de terre, les pommes de terre ! ■
Oh ! les pommes de terre , les pommes de terre !
Eh ! les pommes de terre, les pommes de terre!
Heu I les pommes de terre, les pommes de terre !
Litanie rustique qui, sur d’autres dessins mélodiques et rhythmiques, recommence pour les choux-fleurs :Eh! les choux-fleurs! Ah! les choux-fleurs ! Oh! les choux-fleurs ! et se poursuit indéfiniment avec leschoux, les poireaux, les carottes, de manière à former une interminable et burlesque chanson du pot-au-feu .En général, les marchands d’articles de consommation et quelques crieurs parmi les artisans nomades