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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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EES CRIS DE PARIS A LÉPOQUE ACTUELLE.

« Les petits métiers sont quelquefois soumis à linfluence des saisons, eL alors il en faut exercer plusieurspour remplir son année. Ainsi les marchandes doranges deviennent successivement marchandes de cerises,dabricots, de prunes, de poires et de pêches ; ainsi les grilleuses de harengs se noircissenL les mains à ouvrirdes cerneaux, quand vient la Madeleine, époque à laquelle, dit le proverbe, toutes les noix sont pleines (1) ;ainsi ce brave Auvergnat qui vend des marrons grillés vous offrira des gaufres lété prochain. Cest une mer-veille que ces industries complexes se succédant les unes aux autres et portant avec elles la récompense dutravail. Chacun sent si bien la nécessité de soccuper, que la paresse même et le vice se déguisent sous lesapparences dun petit métier, et la mendicité se met à labri sous le manteau dun commerce exigu, comme,par exemple, loffre dune petite pelote ou dun quarteron dépingles. »

Du reste, ces petits métiers dont le modeste gain semble être à peine suffisant pour procurer à des malheu-reux le strict nécessaire, réussissent pourtant quelquefois à faire tourner la roue de la fortune en faveur deceux qui les exercent avec intelligence. Nous ne parlerons pas ici dune gloire chère aux écoliers et aux gaminsde Paris, de lillustre M. Coupe-Toujours, fondateur de létablissement célèbre débite, sur le boulevardBonne-Nouvelle,la fameusq galette dite du Gymnase. Cet habile pâtissier, quoique exerçant aussi un petitmétier, était commodément installé dans une boutique, et par conséquent stationnaire ; il nappartient doncpas à la famille de types nomades que nous décrivons. Nous avons dailleurs à citer, comme un exemple deprospérité commerciale tout à fait en rapport avec notre sujet, lheureuse destinée du boulanger ambulantdont il a été question au précédent chapitre. Après avoir longtemps porté lui-même, comme nous lavons dit,ses petits pains de rue en rue, après les avoir placés ensuite sur une charrette à bras quil poussait avec effort,ce boulanger ambulant finit par avoir équipage et par prendre le milieu du pavé. Il acheta une voiture, il yattela un petit cheval cosaque, et bientôt un second cheval à la queue de celui-ci, et sur ce commode véhiculeavec lequel il parcourait tout Paris en une matinée, proférant dune voix de stentor son laconique Chaud!chaud! chaud! il plaça une enseigne représentant un pouce large et aplati, comme sil eût été déformé parlaction fréquente de compter de largent; puis il fit ajouter en gros caractères, à celte facétieuse enseigne,les mots suivants : Au pouce du millionnaire! Madeleine, la marchande de gâteaux de Nanterre dont Gourietnous raconte lhistoire, jouissait aussi dune certaine aisance vers la fin de scs jours. Enfin une simple mar-chande de sucre dorge eide croquets que lon voyait errer aux Champs-Elysées parmi les groupes denlântset de promeneurs, toujours très proprement et très convenablement vêtue, laissa en mourant, comme fruit deses épargnes, après avoir exercé son petit métier pendant près de quarante ans, un contrat de rentede 500 francs et âOOO francs en or. Ainsi le proverbe a raison : « Il ny a point de sots métiers, il nv a quede sottes gens. »

Pour les marchands nomades il nest pas de meilleure enseigne que le cri : aucun autre moyen de publicité nepourrait leur offrir les mêmes avantages. Comment parviendraient-ils sans cela à obtenir lattention de la ména-gère qui habite les étages les plus élevés des hautes maisons de Paris? Il est certain quoccupée à divers travauxdomestiques, elle ignorerait le passage du marchand qui vend les objets dont elle a le plus besoin, si les sonsaigus de la mélopée traditionnelle dont, elle connaît la signification depuis son enfance, et dont elle sait distingueraussi les principales variantes, narrivait tout à coup jusquà elle en dominant tous les bruits du dehors et delintérieur. Dès que lappel mélodique a retenti, elle court à la fenêtre pour faire signe au marchand de sar-rêter, ou bien elle descend précipitamment ses quatre ou ses six étages pour aborder celui-ci dans la rue. Ilest donc de lintérêt du crieur dadopter une fois pour toutes une formule convenable qui réponde parfaite-ment aux besoins de son commerce, et qui relève le mérite de sa marchandise aux yeux de lamateur. Cettelormule, il la lui faut autant que possible brève et concise, afin davoir le moyen dindiquer la nature de cequil vend et Les avantages quil peut offrir dans le court espace de temps quune personne qui passe près delui met à faire quelques pas. Il la lui faut encore suffisamment éloquente pour quelle décide, entraîne et

(1) Cest pourquoi lon appelle marchandes des quatre-saisons les femmes qui exercent successivement ces petites industries dans le cour*de lannée.