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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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ORIGINE ET CARACTÈRE DU CRI EN GÉNÉRAL,était difficile, on le comprendra, de ne pas accorder quelque attention à une manifestation de la vie populairequi nest pas après tout étrangère à notre cadre.

Parvenus à cette année orageuse de 1848, nous la prenons pour point de départ de notre quatrième etdernière période, qui comprend lépoque actuelle et a entièrement pour base nos propres études.

De, passant aux diverses applications littéraires et artistiques du cri populaire et sutout du cri industriel,nous nous attachons à démontrer les rapports directs de celui-ci avec lart musical et le rôle que les compo-siteurs lui ont donné dans leurs ouvrages.

Enfin, nous présentons un court aperçu des cris étrangers comme base dune élude comparative de cescris et des cris de la capitale parisienne.

On le voit, dans les transformations des voix populaires, cest la vie même de la société quon peut suivre,tantôt agitée, tantôt calmée ; ici enchaînée par la tradition, rompant avec elle ou dominée par cette fièvredu travail que ramènent les temps de paix. Il est superflu dinsister sur lintérêt que peut offrir à ce point devue le cri parisien.

Au point de vue musical, létude du cri de nos marchands a une importance que de grands musiciens ontdéjà parfaitement reconnue. Rameau, en les étudiant, y trouve une confirmation du principe qui forme labase de sa théorie. Il est à propos de citer ici quelques observations de ce maître célèbre sur les lois naturellesqui règlent lélan de la voix humaine.

« Tant que le même ton, dit-il, nest en retard que de son premier rapport, savoir celui qui sy trouveimprimé par la nature, lâme demeure toujours dans létat tranquille sa sympathie avec le corps sonoredoit la tenir naturellement. La différence du mouvement, du doux et du fort, et laction du chanteur, serontseuls capables de len tirer. Comment donc remuer làme sans ce secours? Cest en franchissant les bornesdu corps sonore, sans en enfreindre néanmoins les lois. Appelons ut le premier son quon entonnera, sansautre pressentiment que celui qui sera naturellement inspiré. Dès lors, il agira sur nous comme générateurde tous les sons quon lui fera succéder. Ce sera notre tonique. On sera dans le ton majeur dut, sans que laréflexion sen mêle. Delà, toujours sans réflexion, lon chantera un accord parfait en montant, ut, mi, sol, ut,ou en descendant ut, sol, mi, ut. Telle est la manière dont la plupart des chanteurs essaient en préludant.Voudra-t-on suivre lordre diatonique ou sarrêter sur mi, surtout sur sol, plutôt que sur fa, dautant que utne peut donner aucun sentiment de fa ? Si ut est le générateur de sa quinte sol, fa lest par conséquent de saquinte ut. Le générateur, pour lors censé le plus grand corps sonore, ne peut jamais faire naître le sentimentdun plus grand que le sien, excepté les octaves, à la faveur de lidentité des octaves. Aussi, peut-on saper-cevoir quen laissant tomber la voix après cet ut, toujours sans réflexion, sans y penser elle tombera sur saquarte au-dessous sol , jamais sur sa quinte au-dessous fa. La voix même sera plutôt enchaînée vers cette quarteau-dessous que sur un degré diatonique qui ny serait jamais préféré que par habitude acquise. Encorefaudrait-il que la réflexion sen mêlât. La chose doit sexécuter comme dans le même moment, surtout pourprononcer sur cette quarte la syllabe muette qui termine un mot, comme ne dans le mot jaune. Écoutez lesgens qui chantent ce quils crient dans les rues, rien ne vous prouvera mieux les effets de la nature enpareil cas. Aussi le sol est-il juste dans les trompettes au-dessous de ut comme au-dessus, pendant que faest faux partout (1). »

Ainsi le musicien doit rechercher deux choses dans le cri populaire, les formes variées de ce cri, puis lesapplications quil autorise. Ici lhistoire de lart offre dassez curieux exemples que nous aurons à rappeler.Le musicien peut enfin tenter lui-même de marier le cri populaire et industriel à des effets dramatiques ousymphoniques de demi-caractère ou tout à fait dans le style burlesque. Nous navons reculé devant aucunedes conditions de cette partie de notre tâche. Les formes variées du cri industriel, lhistoire de ses applica-tions musicales, enfin la création dune œuvre reposant sur lintervention des cris de Paris dans un cadrelyrique et symphonique le poète emploie avec bonheur des épisodes de différents caractères et marie sans

(i) Rameau, 0ode de musique pratique . Paris, 1750, p« 167»