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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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ORIGINE ET CARACTÈRE DU CRI EN GÉNÉRAL. T

présentes à lesprit que nous pouvons les reproduire ici fidèlement (n° 7). Après avoir signalé dautres émis-sions vocales déterminées par les douleurs gravatives (n° 8) (1), lesquelles ressemblent beaucoup aux cris-produits par les douleurs pulsatives, le docteur Colombat, selon lhabitude des savants qui reprennentvolontiers toute chose ab ovo, nhésite pas à pousser ses investigations jusque dans le domaine de la chasteLticine., comme conséquence de larrêt qui frappa la femme au sortir de lEden, sélèvent par intervalle»des cris terribles, les plus intenses de tous et ceux dont le caractère particulier est le plus remarquable (n° 9).Ils sont bientôt suivis dintonations également étranges, mais plus faibles. Cest la plainte qui annonce la nais-sance dun être humain ; c'est un vagissement (n° 10) (2). Nous ne rapportons ces deux derniers cris que pour-ne point laisser incomplète la liste des cris de douleur physique tracée par le docteur Colombat; on pensebien que nous nengageons nullement les artistes à les reproduire. Il est peu probable dailleurs que ceuxqui cultivent aujourdhui avec le plus de hardiesse et de succès la musique imitative, aient jamais la fantaisiede suivre lexemple dun de leurs ancêtres, du poète musicien Timothée de Milet, condamné avec la dernièrerigueur par les éphores de Lacédémone pour avoir imité dune manière indécente, dans la musique dunpoème sur laccouchement de Sémélé, les cris clune femme en proie aux douleurs de V enfantement.

Les inflexions vocales affectives provoquées par diverses causes terminent la curieuse élude que nousreproduisons. Elles se bornent au cri de joie (n° 12), au cri de vivat (n° 13), au cri dappel (n° l/i), au crideffroi (n° 15), au cri du sanglot (n° 10) et au cri du dégoût (n° 17). Cette nomenclature laisse beaucoup àdésirer; elle pourrait être plus complète et le classement des cris plus rationnel. Telle quelle est pourtant,elle contient des renseignements utiles pour les artistes, et lintérêt que ce genre de recherches peut leur offrirnéchappe pas à lécrivain que nous citons. Cest ce qui lui fait dire : « Ayant toujours présentes à la mémoireléchelle des passions et des affections vives et soudaines de lâme, les musiciens parviendront plus facilementà faire de la musique imitative et expressive, et les comédiens à varier et à reproduire dune manière natu-relle toutes les inflexions vocales qui se rapportent à la situation actuelle des personnages dont ils jouent lerôle. Cest cette connaissance, en quelque sorte instinctive chez les grands acteurs, qui faisait que Talma avaitdes intonations vocales aussi justes (3). » Les grands chanteurs possèdent aussi celte connaissance instinctivequi se révèle non-seulement dans le soin quils ont de reproduire exactement la note quils chantent, maisencore dans le choix de linflexion dont ils accompagnent cette reproduction de la note conformément au sensdes paroles et au caractère de la situation. Cette modulation particulière de la voix, dailleurs susceptible demille nuances et complètement indépendante de lexécution musicale, considérée au point de vue technique, constitue Y expression proprement dite.

Pour saisir laccent vrai, pathétique, les chanteurs, de même que les compositeurs, doivent sappliquer àconnaître les caractères distinctifs que la nature attache à la manifestation des impressions, des sentimentsqui naissent chez lhomme dans toutes les conditions de la vie. La grande école sest formée la cantatriceillustre qui, dans le rôle de Desdemona dont nous parlions tout à lheure, a su tant de fois, par son jeu passionné,émouvoir le public jusquà la terreur, comme elle savait le charmer jusquà lextase par la perfection de sonchant, lécole des Garcia, sur laquelle le nom de Malibran répand une gloire ineffaçable, est une de celles quicomprennent le mieux limportance de cet objet. Son code par excellence, la belle et savante méthode deManuel Garcia (4), que lon doit regarder comme un véritable traité philosophique de la théorie et de la pra-tique du chant, renferme une exposition systématique des différents procédés matériels au moyen desquels

(1) Les douleurs gravatives sonl celles qui accompagnent les coli-ques, les phlegmasies aiguës du péritoine, certaines céphalalgies, etc.Les sons vocaux du cri quelles déterminent sont une combinaison deVe muet et de la syllabe un.

(2) Le docteur à qui nous devons ces observations singulières nou-blie pas même le cri de .la coqueluche, quil faut compter au nombrede ceux qui,'dans la toux spasmodique, prennent le nom de quintes,jraisemblablement parce que loreille y remarque deux sons offrantentre eux lintervalle dune quinte (voyez pl. I, n° 11 ). Ces deuxsons forment les syllabes que et ot.

(3) Traité des vices de ta parole, l re part., p. 117.

(4) Pour mettre ce grand ouvrage à la portée de tous, M. ManuelGarcia a tiré des riches documents quil renferme sur toutes les bran-ches de lart du chant les matériaux dun autre ouvrage tout aussicomplet que le précédent, mais moins développé dans certaines parties.Il la publié sous ce titre : Nouveau traité sommaire de lart du chant.Paris, 1856 , en dépôt chez M. Richard, rue Neuve-des-Petits-Champs, 14.