330
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
une idée effroyable du sérieux terrible d’Hoffmann, maisc’est un jeu d’enfant en comparaison du sérieux d’Ar-nim. Quand Hoffmann conjure ses morts, lorsqu’ilssortent de leurs tombeaux et dansent autour de lui, iltremble lui-même d’effroi ; il danse au milieu d’eux et ilfait les plus affreuses grimaces. Mais Arnim conjure sesmorts comme un général passe une revue; il est assis^sur son grand cheval-spectre, et fait défiler avec sang-'froid les effroyables bataillons qui le regardent avecrespect et semblent le redouter. Pour lui, il se contentede les saluer d’un air affable.
Louis-Achim d’Arnim naquit en Brandebourg l’an-1785, et mourut l’hiver de 1830. Il écrivit des composi-tions dramatiques, des romans et des nouvelles. Sesdrames sont remplis de poésie intime, et particulière-ment une pièce intitulée le Coq de bruyère. La premièrescène ne serait pas indigne du plus grand poète. Commel’ennui le plus accablant est fidèlement représenté avecune incroyable vérité ! L’un des trois fils naturels du dé-funt landgrave est assis tout seul dans un coin de l’im-mense salle du château abandonné. Il se parle à lui-mêmeen bâillant, et se plaint que ses jambes poussent etdeviennent toujours plus longues sous la table, et que levent froid du matin siffle entre ses dents. Son frère, lebon Franz, arrive lentement, vêtu des habits de feu sonpère, qui lui sont beaucoup trop larges ; et il songe avectristesse, qu’autrefois, à pareille heure, il aidait son pèreà s’habiller; il se rappelle que le landgrave lui jetait