V
On a coutume de réunir les noms de Brentano etd’Arnim, à cause de leur livre de YEnjant au cor mer-veilleux qu’ils ont publié ensemble, et je ne veux pasles séparer. Le dernier mérite notre attention à un plushaut degré. Louis-Achim d’Àrnim est un grand poëte,et une des têtes les plus originales de l’école roman-tique. Les amateurs du fantastique prendront plus degoût à ses œuvres qu’à toutes celles des autres écri-vains allemands. Il surpasse en cela Hoffmann autantqueNovalis; il savait vivre encore plus intimement dansla nature que celui-ci, et pouvait conjurer des spectresencore plus terribles que ceux d’Hoffmann. Souvent,quand je regardais Hoffmann, il me semblait qu’il s’étaitéchappé, en chair et en os, d’un des ouvrages d’Arnim.Cet écrivain est resté complètement inconnu pour le pu-blic , et il n’a de réputation que parmi les littérateurs ;mais ces derniers, tout en reconnaissant son mérite in-fini, ne lui ont jamais rendu publiquement la justice qu’ilmérite, et quelques-uns même ont parlé de lui avec dé-dain. Il n’est pas besoin de dire que ce sont précisémentceux qui ont imité sa manière. On pourrait leur appli-