DE L’ALLEMAGNE.
329
passions de tous les jours ; qu’ils lui tirent de leur propresein des sensations agréables ou pénibles ; en un mot,le peuple veut être ému. Arnim ne pouvait pas contenterce besoin. Ce n’était pas un poète de la vie, mais de lamort. Dans tout ce qu’il écrit, c’est comme un mouve-ment d’ombres; les figures s’agitent; elles remuent leurslèvres comme si elles parlaient, mais on voit seulementleurs paroles, on ne les entend pas. Ges figures sautent,courent, se renversent sur la tête, s’approchent de nousmystérieusement, et nous insinuent à l’oreille qu’ils sontmorts. Un tel spectacle serait trop douloureux et acca-blant , n’était la grâce qu’Arnim répand sur toutes cescompositions, et qui ressemble au sourire d’un enfant,mais d’un enfant mort. Arnim sait peindre l’amour,quelquefois aussi la sensualité, mais nous ne pouvonssentir ces choses avec lui; nous voyons de belles formes,des seins agités, des hanches arrondies, mais un froidlinceul enveloppe tous ces corps. Quelquefois Arnim estcaustique, et l’on ne peut se défendre de rire, mais c’estcomme si la mort nous chatouillait du bout de sa fau-cille. D’ordinaire, Arnim est sérieux, sérieux comme unAllemand mort la veille. Un Allemand vivant est déjàcependant une créature suffisamment grave. Mais, unFrançais ne peut se figurer combien nous sommes sé-rieux après notre mort, nous autres Allemands; nosfigures sont alors encore plus longues que de coutume,et les vers qui dînent à nos dépens deviennent tout mé-lancoliques rien qu’à nous voir. En France, on se fait