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1 (1863)
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ŒUVRES DE HENRI IIEINE.

Longtemps il ne fut question dautre chose, chez nous,que du livre des Nibelungen ; et les philologues clas-siques ne furent pas peu scandalisés dentendre compa-rer cette épopée à lIliade, et même de voir sélever unediscussion pour savoir laquelle de ces deux œuvres estla plus excellente. Le public ressemblait assez, danscette circonstance, à ces enfants à qui on demande sé-rieusement : « Aimes-tu mieux un cheval ou des confi-« tures ? » Toutefois, ce chant des Nibelungen est dunehaute puissance ; il est difficile quun Français puissesen faire une idée. Le langage dans lequel il est com-posé lui serait encore plus inintelligible. Cest une languede pierre, et les vers sont des blocs rimés. Çà et,entre les interstices, sélèvent de belles fleurs, rougescomme des gouttes de sang, ou séchappe le lierre rem-pant, semblable à de longues lames vertes. De cespassions de géants qui sagitent dans cette épopée, vouspouvez encore moins vous faire une idée, bonnes genscivilisés et polis que vous êtes ! Figurez-vous une clairenuit dété, les étoiles pâles comme largent, grandescomme le soleil, étincelant sur un ciel bleu, tous lesdômes gothiques de lEurope semblent sêtre donnérendez-vous dans une vaste plaine ; et, parmi cette foulede colosses, viendraient paisiblement le moutier deStrasbourg, le dôme de Cologne, le clocher de Florence,la cathédrale de Rouen, la flèche dAmiens et léglisede Milan, qui sattrouperaient autour de la be.lle Notre-Dame de Paris, et lui feraient galamment la cour. Il est