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ŒUVRES DE HENRI IIEINE.
Longtemps il ne fut question d’autre chose, chez nous,que du livre des Nibelungen ; et les philologues clas-siques ne furent pas peu scandalisés d’entendre compa-rer cette épopée à l’Iliade, et même de voir s’élever unediscussion pour savoir laquelle de ces deux œuvres estla plus excellente. Le public ressemblait assez, danscette circonstance, à ces enfants à qui on demande sé-rieusement : « Aimes-tu mieux un cheval ou des confi-« tures ? » Toutefois, ce chant des Nibelungen est d’unehaute puissance ; il est difficile qu’un Français puisses’en faire une idée. Le langage dans lequel il est com-posé lui serait encore plus inintelligible. C’est une languede pierre, et les vers sont des blocs rimés. Çà et là,entre les interstices, s’élèvent de belles fleurs, rougescomme des gouttes de sang, ou s’échappe le lierre rem-pant, semblable à de longues lames vertes. De cespassions de géants qui s’agitent dans cette épopée, vouspouvez encore moins vous faire une idée, bonnes genscivilisés et polis que vous êtes ! Figurez-vous une clairenuit d’été, les étoiles pâles comme l’argent, grandescomme le soleil, étincelant sur un ciel bleu, tous lesdômes gothiques de l’Europe semblent s’être donnérendez-vous dans une vaste plaine ; et, parmi cette foulede colosses, viendraient paisiblement le moutier deStrasbourg, le dôme de Cologne, le clocher de Florence,la cathédrale de Rouen, la flèche d’Amiens et l’églisede Milan, qui s’attrouperaient autour de la be.lle Notre-Dame de Paris, et lui feraient galamment la cour. Il est