ŒUVRES DE HENRI HEINE.
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santé folie remplissent l’âme d’un ravissement funeste etd’une gaillarde angoisse. Depuis quinze ans, M. Bren-fano vit éloigné du monde et dans la réclusion, muréen quelque sorte dans son catholicisme; il ne lui restaitplus rien de précieux à déchirer! Il a même, dit-on,déchiré les cœurs qui l’aimaient, et chacun de ses amisse plaint de quelque folle injure; mais c’est particuliè-rement sur lui-même et sur son talent poétique qu’il aexercé son humeur destructive.
J’appelle surtout l’attention sur une comédie de cepoë!'; intitulée Ponce de Léon. Il n’est rien au mondede plus en lambeaux que cet ouvrage, autant sous lerapport des pensées que sous le rapport du langage.Mais tous ces lambeaux vivent et s’agitent joyeusement:on croit assister à un bal masqué de paroles etd’images. Tout cela bourdonne dans un charmant dés-ordre, et la démence qui domine produit seule unecertaine unité. De fous calembours courent dans toutela pièce comme de souples arlequins, et frappent detous côtés de leurs battes légères. Quelquefois s’avanceune idée sérieuse, mais elle trébuche comme le Dottorebolonais. De grandes phrases blafardes s’allongentcomme un blanc pierrot avec ses manches pendanteset ses immenses boutons; on voit sautiller de petitesépigrammes courbées, à courtes jambes, informes etbouffonnes comme Polichinelle; des sentiments tendresvoltigent çà et là comme d’agaçantes Colombines; ettout danse , pirouette et s’élance et caquette avec une