de l’allemagne. 313
s’élèvent l’un sur l’autre des toits tendus comme desparapluies, garnis de cloches de métal retentissant, desorte que le vent lui-même produit un son comique etdevient ridicule en passant en ce lieu.
Dans une de ces maisons à clochettes, demeurait jadisune princesse dont les petits pieds étaient encore pluspetits que les pieds des autres Chinoises, dont les petitsyeux obliques étaient encore plus doux et plus rêveursque les petits yeux obliques des autres dames de l’em-pire céleste, et dont le petit cœur palpitant renfermaitl’humeur la plus folle et les caprices les plus désordon-nés. Sa joie la plus grande était de pouvoir déchirer lesplus somptueuses étoffes d’or et de soie. Quand elle lesentendait gémir et craquer sous ses doigts, elle se pâ-mait de ravissement. Enfin, quand elle eut sacrifié toutesa fortune à ce goût, lorsqu’elle eut déchiré tous sesbiens et ses domaines, elle fut déclarée, de l’avis detous les mandarins, incapable de se gouverner, reconnuepour une insensée incurable, et renfermée dans une tourronde.
Cette princesse chinoise, le caprice personnifié, esten même temps la personnification de la muse d’unpoète allemand dont on ne saurait se dispenser de parlerdans une histoire de la poésie romantique. C’est la musequi nous sourit d’un air si égaré du fond des poésies deM. Clément Brentano. Elle déchire les plus brillantesétoffes de satin, les brocards d’or les plus éclatants, etson aimable esprit de destruction, sa joyeuse et floris-
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