UE l’allemagne. 315
incroyable gaieté, que domine le son retentissant destrompettes de l’esprit de destruction.
L’œuvre la plus remarquable de ce poète est une tra-gédie : la Fondation de Prague. Il s’y trouve des scènesoù l’on se sent saisi de l’effroi mystérieux que causentles légendes séculaires. On entend frémir les sombresforêts de la Bohème, que parcourent encore les colé-riques divinités des Slaves ; on entend le gazouillementdes rossignols païens; mais la cime des arbres est déjàéclairée par la douce aurore du christianisme. M. Bren-tano a écrit aussi quelques bons récits, entre autresl’Histoire du brave Gaspard et de la belle Nanette.Lorsque la belle Nanette était encore un enfant, etcomme elle était allée, avec sa grand’mère, chez lebourreau, pour lui acheter, comme fait le bas peupleen Allemagne, quelques drogues efficaces, tout à coupquelque chose remua dans l’armoire devant laquelle setrouvait la belle Nanette, et l’enfant s’écria avec effroi :« Une souris ! une souris ! » Mais le bourreau s’effrayaencore davantage, devint triste comme un mort et dit àla grand’mère : « Ma chère femme, dans cette armoireest suspendu le sabre avec lequel j’exécute, et ce sabres’agite de lui-même chaque fois que quelqu’un qui doitêtre décapité s’en approche. Mon sabre a soif du sangde cet enfant. Permettez que je m’en serve pour égrati-gner seulement un peu le cou de cette petite. Le sabresera satisfait d’une seule goutte de ce sang, et il ne con-servera pas le désir de répandre le reste. » Mais la