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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
vaient m’entendre. Gomme moi, ces innocents êtres dela nature n’entendaient rien à l’ironie, eux aussi pre-naient tout au sérieux, et ils pleuraient des douleursdu pauvre chevalier. Je crus du moins voir gémir unvieux chêne, et le grave jet d’eau secouer plus violem-ment sa barbe ondoyante pour gémir sur la dureté deshommes. Nous trouvâmes que l’héroïsme du chevalierne méritait pas moins d’admiration quand le lion, peuen train de combattre, lui tourna le dos, et que sesactions étaient d’autant plus glorieuses et méritoires, queson corps était chétif et desséché, que l’armure qui leprotégeait était vermoulue, et que la rosse qui le portaitétait décharnée. Nous méprisâmes la basse populace quiattaquait lâchement le héros à coups de bâton, maisplus encore la haute populace, qui, parée d’habits desoie, de belles phrases distinguées et d’un titre ducal,se moquait d’uri homme qui la surpassait tant en no-blesse et en esprit. Le chevalier de Dulcinée s’élevait deplus en plus dans mon estime, et il gagnait de plus enplus mon affection à mesure que je lisais dans ce livremerveilleux, ce qui arriva tous les jours dans ce jardinjusqu’à la fin de l’automne, où j'atteignis la fin de l’his-toire; mais jamais je n’oublierai le jour où je lus le récitde ce malheureux combat où le chevalier fut si triste-ment vaincu.
G’était un triste jour : de laids nuages gris couvraientun ciel gris; les feuilles jaunies'se détachaient doulou-reusement des arbres; de lourdes larmes de pluie étaient