DE LALLEMAGNE.
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avoir appris à prononcer assez couramment les lettres.Je me ressouviens encore parfaitement de ce petit tempsoù je m’échappais de bon matin de la maison paternelleet où j’allais courir au jardin de la cour, pour lire, sansêtre troublé, le Don Quixote. C'était par une bellematinée de mai ; le printemps, qui commençait, brillaitdéjà dans une paisible aurore, et il se faisait louer parle rossignol, son doux flatteur, et celui-ci chantait seslouanges d’une voix si molle et si caressante, que lesroses les plus pudiques ouvraient leurs boutons, et queles gazons amoureux et les rayons du soleil se donnaientde tendres et vifs baisers, et que les arbres et les fleursfrémissaient de ravissement. Moi, je m’assis sur un vieuxbanc de pierre bordé de mousse, dans l’allée qu’on nom-mait l’Allée des Soupirs, non loin du jet d’eau, et monjeune cœur se réjouit des grandes aventures du hardichevalier. Dans ma probité enfantine, je prenais tout auplus sérieux. De quelque manière que le pauvre hérosfût ballotté par le sort, je me disais qu’il devait en êtreainsi, que c’était le lot des héros d’être honnis aussi bienque d’être battus, et cela m’affligeait fort. J’étais up.enfant, et je ne connaissais pas l’ironie cpie Dieu a crééedans son univers, et que le grand poète a imitée dansle sien; et je pouvais répandre les larmes les plusamères quand le noble chevalier ne recueillait que del’ingratitude et des horions pour sa grandeur d’âme; etcomme, peu exercé dans la lecture, je prononçaischaque mot à haute voix, les oiseaux et les arbres pou-U 17