286
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
vère. Il n’a étudié que les langues modernes et les vieuxdocuments de notre poésie teutonique. Il paraît qu’il estresté toujours étranger aux études anciennes, comme unvéritable romantique. Jamais il ne s’est occupé de phi-losophie; cette branche de savoir semble même luirépugner. Dans les champs de la science, M. Tieck n’acueilli que des fleurs et des branches légères, pourrégaler avec les premières le nez de ses amis, et avecles dernières le dos de ses adversaires. Ses écrits sontdes bouquets ou des faisceaux de verges. Nulle partune gerbe avec des épis.
Après Goethe, c’est Cervantes que M. Tieck a le plusimité. L’ironie humoristique, je pourrais dire l’humeurironique de ces deux écrivains, répand aussi son par-fum dans les nouvelles qui appartiennent à la troisièmemanière de M. Tieck. L’ironie et Y humour y sont telle-ment fondues qu’elles sont une. Il est beaucoup questionchez nous de cette ironie humoristique ; l’école de Goëlliel’a prise comme une des plus grandes qualités du maî-tre, et elle joue en ce moment un rôle important dansla littérature allemande. Mais elle n’est qu’un signe denotre servitude politique, et comme Cervantes, écrivantdu temps de l’inquisition, dut chercher un refuge dansl’ironie de bonne humeur pour ne pas donner prise auxfamiliers du saint office, Goethe prit l’habitude de direavec ce même ton d’ironie tout ce qu’il ne pouvait direnettement, lui ministre d’État, lui courtisan. Goethe n’ajamais tu la vérité : seulement, quand il n’a pu la mon-