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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
pas toutefois de la même espèce et de la même valeur.Comme chez les peintres, on peut distinguer dansM. Tieck plusieurs manières. Sa première manière appar-tient encore entièrement à l’ancienne école ; il n’écrivaitalors que sur la demande et la commande d’un libraire;et ce libraire n’était autre que Nicolaï en personne, lechampion le plus opiniâtre des lumières et de la phil-anthropie , le plus grand ennemi de la superstition, dumysticisme et du romantisme. Nicolaï était un mauvaisécrivain, une perruque prosaïque, qui s’est rendu sou-vent fort ridicule avec son nez sans cesse braqué sur lesjésuites; mais nous qui sommes nés plus tard, nousdevons avouer que le vieux Nicolaï était un homme pleinde droiture; qu’il parla avec loyauté au peuple alle-mand, et que, par amour pour la sainte cause de lavérité, il ne recula pas devant le plus cruel de tous lesmartyres, devant le ridicule. On m’a conté , à Berlin,que M. Tieck habitait autrefois la maison de ce bravehomme ; il demeurait à un étage au-dessus de Nicolaï;le temps nouveau marchait déjà sur la tête du vieuxtemps.
Les ouvrages que M. Tieck écrivit dans sa premièremanière, des contes et de longs romans pour la plupart,comme William Loivcl , le meilleur de tous, sont fortinsignifiants. Il semble que cette opulente et poétiquenature ait été avare dans sa jeunesse , et qu’elle ait con-servé ses trésors pour des temps plus éloignés ; oupeut-être M. Tieck ne connaissait-il pas lui-même les