de l’allemagne.
229
tocrates intellectuels de l’Allemagne avaient, dans cesdernières années, des motifs très-fondés d’être remuants.Ainsi que je l’ai dit autrefois, Goethe ressemblait àLouis XI, qui opprimait la haute noblesse et élevait letiers état. Goethe avait peur de tout écrivain originalun peu résolu ; il louait et ne prisait que les petits es-prits insignifiants; il poussa même les choses si loin,qu’être loué par Goethe équivalait à un brevet de mé-diocrité.
Plus tard, je parlerai des nouveaux poètes qui ontapparu sous le régime impérial de Goethe. C’est unjeune bois dont les troncs ne commencent à se montrerque depuis la chute du grand chêne centenaire dont lesbranches les cachaient et les ombrageaient tous.
Comme je l’ai dit, il ne manqua pas d’oppositioncontre ce grand chêne de Goethe, et elle ne se fit passans amertume. Des hommes de l’opinion la plus op-posée se réunirent contre lui. Les vieux croyants, lesorthodoxes, s’irritèrent de ce que, dans le tronc de cegrand arbre, il ne se trouvait pas une niche avec unepetite image de saint, que même les dryades nues del’antiquité y célébraient leurs jeux; et, semblables àsaint Boniface, ils eussent volontiers abattu, avec unecognée bénite, le vieux chêne enchanté. Les nouveauxcroyants, les apôtres du libéralisme, s’irritaient au con-traire de ce qu’il n’était pas un arbre de liberté, et qu’onne pouvait en faire usage pour construire une barricade.L’arbre était trop haut en effet, on ne pouvait ficher un