230
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
bonnet rouge à sa cime ni danser la carmagnole à sonombre. Quant au public, il l’honorait pour sa beauté,parce qu’il remplissait le monde de ses parfums, parceque ses branches s’élevaient si magnifiquement vers leciel, et si haut, que les étoiles ne semblaient plus que lesfruits dorés de cet arbre merveilleux.
L’opposition contre Goethe ne commence qu’à l’ap-parition des Fausses Années de pèlerinage, qui parurenten 1821 sous le titre de Années de pèlerinage de Wil-helm Meister, quelque temps après la décadence desSchlegel, chez Gottfried Basse, à Quedlimbourg. Goetheavait annoncé, sous ce titre, une continuation des An-nées d’apprentissage de Wilhelm Meister, et, par unecirconstance singulière, cette continuation parut enmême temps que la parodie littéraire, où l’on n’avaitpas seulement imité,- d’une façon outrée, la manièred’écrire de Goethe, mais aussi le caractère du héros duroman original, nommé Meister. Cette singerie ne témoi-gnait pas seulement de beaucoup d’esprit, mais encored’un grand tact, et comme l’auteur sut garder pendantquelque temps l’anonyme, qu’on chercha vainement àle découvrir, l’intérêt du public fut excité de la manièrela plus habile. On apprit à la fin que l’auteur était unministre campagnard, parfaitement inconnu,-nomméPustkuchen, nom qui, en français, signifie omelettesoufflée , et qui indique fort bien le caractère de l’écri-vain. Ce n’était rien autre que la vieille saumure piétis-tique qui s’était gonflée sous un souffle esthétique