228
ŒUVRES DE JIENRI HEINE.
ment authentique de cette rupture de la part de Goetheapparaît dans la seconde partie de son ouvrage pério-dique Art et antiquité, et il porte ce titre: De l’artmoderne allemand, chrétien et patriotique. Par cetarticle, Goethe fit un 18 brumaire dans la littératureallemande ; car il affermit sa domination, et se fit pro-clamer seul maître, en chassant si rudement les Schlegeldu temple, en attirant à lui une foule de leurs disciplesles plus zélés. Dès ce moment il ne fut plus question deMM. Schlegel; on ne parla plus d’eux que de temps entemps, comme on parle encore quelquefois de Barrasou de Gohier; il ne fut plus question de poésie roman-tique ou classique, mais de Goethe et encore de Goethe.Sans doute, il se présenta pendant ce temps dans l’arènequelques poètes qui ne lui cédaient pas beaucoup envigueur et en imagination, mais ils le reconnurent pourleur chef par courtoisie ; ils l’environnèrent en lui ren-dant hommage ; ils lui baisèrent la main et s’agenouil-lèrent devant lui. Ces grands du Parnasse, semblablesaux grandes espagnoles qui ont le droit de rester la têtecouverte devant leur roi, se distinguaient seulementdes autres poètes en ce qu’ils gardaient leur couronnede laurier sur leur chef en présence de Goëthe. Quel-quefois aussi ils le frondaient, mais ils s’irritaient quandils voyaient que les inférieurs se croyaient en droit d’enl'aire autant. Les grands seigneurs, quelques mauvaisesdispositions qu’ils aient contre leur souverain, se fâchenttoujours quand la plèbe se soulève contre lui. Les aris-