DE L'ALLEMAGNE. 193
enfin on ne sait si c’ost la conception d’un géant oul’œuvre patiente d’un nain, qu’on admire.
Les poésies évangéliques d’Oltfried, qu’on a coutumede vanter comme le chef-d’œuvre de la poésie sacrée,sont loin d’être aussi remarquables que les deux mor-ceaux que je viens de citer. Dans la poésie profane, noustrouvons d’abord, d’après la marche que j’ai indiquée,la série de légendes des Nibelungen et le Livre des Hé-ros. Là règne encore toute la façon de sentir et de pen-ser qui précéda le christianisme dans la Germanie; làla force brutale ne s’est pas encore mitigée jusqu’à lachevalerie ; là s’offrent encore, comme des images depierre, les rudes champions du Nord; et la tendrelumière et le souffle adoucissant du christianisme nepénètrent pas encore sous les armures de fer. Mais lejour commence à poindre dans les vieilles forêts ger-maines : les vieilles idoles s’ébranlent, et on aperçoitune arène déblayée qui se forme, où le chrétien com-mence à combattre le gentil. Nous en trouvons les tra-ces dans les légendes de Charlemagne, où l’on sent unreflet des croisades et de leur esprit. Bientôt se déve-loppe du spiritualisme chrétien et de son influence l’ap-parition la plus particulière au moyen âge, la chevalerie,qui arrive à son apogée en se revêtant d’un caractèresacerdotal comme nous le voyons dans les ordres à lafois militaires et religieux. La chevalerie mondaine setrouve célébrée dans les légendes du roi Arthus, où ré-gnent la plus douce galanterie, la courtoisie la plus raf-