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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
étaient entièrement chrétiennes par leur essence et leurallure ; car si la poésie sacrée s’occupait exclusivementdu peuple juif, qui passait pour le seul peuple saint, etde son histoire seule sainte aussi ; si elle chantait leshéros de l’Ancien et du Nouveau Testament, les légen-des, en un mot l’Église : néanmoins toute la vie dutemps, avec ses contemplations chrétiennes et son mou-vement religieux, se réfléchissait dans la poésie profane.La fleur de la poésie sacrée dans l’Allemagne du moyenâge est peut-être Bcirlaam et Josaphat , poème danslequel la doctrine de l’abnégation, de l’abstinence, dela renonciation et du mépris de toutes les joies humaines,est poussée jusque dans ses dernières conséquences.Ensuite on peut citer le cantique de louanges sur saintHannon, comme le meilleur de ce genre de poésies;mais celui-ci entre un peu plus avant dans les chosesterrestres. Il diffère du premier à peu près comme uneimage de saint byzantine diffère d’une image gothique.Ainsi que dans les tableaux byzantins, nous trouvonsdans Bcirlaam et Josaphat la plus extrême simplicité ;point d’accessoires enjolivés; les longs corps maigressemblables à des statues, et les figures d’un sérieuxidéal, ressortent vigoureusement comme s’ils étaientpeints sur ces fonds d’or mat qui décoraient les églisesde l’empire d’Orient. Dans le cantique sur saint Hannon,les accessoires sont l’affaire principale comme dans lestableaux gothiques ; et en dépit de la disposition gran-diose, les détails sont traités d’une manière vétilleuse;