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1 (1863)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

pas par le même chemin qu’elle a pris pour venir à l’ab-straction; parce retour, elle arrive au monde des laits;alors l’esprit peut déclarer ce monde des faits commeun acte nécessaire de l’intelligence.

Il existe encore chez Fichte une difficulté particulière,en ce qu’il suppose l’esprit s’observant lui-même pen-dant qu’il agit : le moi doit faire des observations surses actes intellectuels pendant qu’il les exécute ; la pen-sée doit s’espionner pendant qu’elle pense, pendantqu’elle s’échauffe peu à peu jusqu’à devenir bouillante.Cette opération nous fait penser au singe assis auprèsd’un foyer, devant une marmite dans laquelle il cuit sapropre queue ; car il pensait cfue le véritable art culi-naire ne consistait pas seulement à cuire objectivement,mais bien à avoir la conscience subjective de la cuisson.

Il est à remarquer que la philosophie de Fichte euttoujours à supporter beaucoup de traits de la satire. J’aivu une fois une caricature qui représente une oie fich-téenne. Le foie de la pauvre bête est devenu si gros,qu’elle ne sait plus si elle est l’oie ou le foie. Sur sonventre est écrit Moi = Moi. Jean-Paul a persiflé de lamanière la plus impitoyable la philosophie de Fichtedans un livre intitulé : Clavis Fichleana. Que l’idéa-lisme, dans les conséquences de ses déductions, lutarrivé à nier même la réalité de la matière, cela parut àla grande masse du public une plaisanterie poussée troploin. Nous nous amusâmes assez bien du moi de Fichtequi produisait par sa seule pensée tout le monde des