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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
« Mon bonheur n’a pas duré; et je l’ai perdu avecbien du regret, ce fils! car il avait tant d’esprit! tantd’esprit!... Ne croyez pas que les quelques heures dema paternité aient fait de moi une sorte de singe depère ! Je sais ce que je dis... N’était-ce pas de l’esprit àlui de ne se laisser amener au monde que par des pincesde fer, d’avoir si promptement reconnu le malaise denotre société?... N’était-ce pas de l’esprit d’avoir saisila première occasion d’en sortir?... J’ai voulu être heu-reux une fois comme les autres hommes ; mais cela nem’a pas réussi... »
Il y eut un malheur dont Lessing ne se plaignit jamaisà ses amis : ce fut son effrayant isolement, sa solitudeintellectuelle. Quelques-uns de ses amis l’aimèrent;mais aucun ne le comprit. Mendelsohn, son meilleurami, le défendit avec chaleur quand on l’accusa de spi-nosisme. La défense et la chaleur étaient aussi ridiculesque superflues. Tranquillise-toi dans ta tombe, vieuxMoïse! ton Lessing était bien sur la route dé cetteaffreuse erreur, de cet abîme horrible du spinosisme;...mais le Très-Haut, notre père qui est au ciel, l’en apréservé à temps par la mort. Tranquillise-toi, Lessingn’était pas spinosiste, comme le prétendait la calomnie,il mourut en bon déiste, comme toi et Nicolaï, et Telleret la Bibliothèque universelle allemande.
Lessing ne fut que le prophète qui, en comprenant lesecond testament, annonça le troisième. Je l’ai appelécontinuateur de Luther; et c’est surtout, sous ce rapport