62
ŒUVRES T) E HENRI HEINE.
philosophique à l’Église, mais en public ils feignaient laplus grande et la plus hypocrite soumission. En mainteoccasion ils combattirent pour l’Église, et ils paradaientà sa suite dans les grandes cérémonies, à peu prèscomme les députés français de l’opposition dans lessolennités de la restauration.
La comédie des scolastiques dura plus de six siècles,et elle devint de plus en plus triviale. En détruisant lescolasticisme, Descartes détruisait l’opposition caduquedu moyen âge ; les vieux balais s’étaient émoussés parsuite d’un trop long service ; trop d’ordures s’y étaientattachées, et le temps nouveau avait besoin de balaisneufs. A la suite d’une révolution, il faut que la précé-dente opposition abdique, sans quoi il se fait de grandessottises. Nous-mêmes l’avons vu. Dans les temps dont jeparle, ce fut moins l’église catholique elle-même queses vieux adversaires, la mauvaise queue des scolas-tiques, qui s’éleva contre la philosophie cartésienne. Lepape ne la défendit qu’en 1663.
Je dois supposer chez les Français une connaissancesuffisante de la philosophie de leur grand compatriote,et n’ai pas besoin de démontrer ici comment les doc-trines les plus opposées ont pu lui emprunter les maté-riaux qui leur étaient nécessaires : je parle d’abord del’idéalisme et du matérialisme.
Comme on désigne ordinairement, surtout en France,ces deux doctrines sous les noms de spiritualisme etde sensualisme, et que j’ai l’habitude d’employer dans