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LIVRE VILCHAPITRE XIII.
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Ch.XIII.
De la manière dont on fait la Pourpre 9 qui efi la meilleure de toutes
les couleurs artificielles,
^t L faut premièrement parler de la teinture de ' Pourpre y qui eft de toutes les couleurs la °fi rttm:l plus chère & la plus agréable à la veue. On tire d'un limaçon de mer cette teinture, quin'apas cfté jugée des moins admirables par ceux qui confiderent les merveilles de la natu-re : pareeque Cette couleur eft différente en divers lieux felon la diverfité des climats ouelle naît. Celle qui fe prend au Royaume de Pont & en la Gaule, eft fortobfcure, parce-
B que ces regions approchent du Septentrion ; celle qui vient aux pais qui font entre leCouchant & le Septentrion, eft livide ; mais vers l'Orient & l'Occident Equinoctial elle
* tire fur le violet > elle eft tout-à-fait rouge * vers le Midy, comme à Rhodes, & aux autrespais qui font plus proches du cours du Soleil.
Quand on a amaffé un grand nombre de ces limaçons, on les cerne avec un couteaupour en faire diftiller une humeur pourprée, que l'on achevé d'exprimer en les pilant dansdes mortiers. Cette teinture à caufe de cela s'appelle Ojlrum, pareequ'on la fait fortir des Huiftn.
* limaçons de mer. Mais elle eft fujette à fe deffeicherà caufe de la falure, 5 ft on ne la gardedans du miel.
1. Pourpre. Cette couleur eft appellie Oftrtun , qui fignifieune huiftre, parce qu'elle eft faite avec une humeur coloréequi fe prend dans certaines huiftres, ainfi qu il eft dit à la fin
C du chapitre.
2. Vers le midy comme Rhodes. Cet endroit eftdifficile à entendre , car Rhodes qui eft 36 degrez en deçà de laligne Equinoctiale neft pas fi proche du Midy que les paisqui font à l'Orient ou à l'Occident Equinoctial qui fontproprement ceux qui font fous la ligne , & que Vitruvenéanmoins femble faire entendre devoir eftre en deçà deRhodes.
3. Si on ne la garde dans du miei. Plutarquerapporte dans la vie d'Alexandre qu'à la prife de Sufe, il fetrouva parmy le butin le poids de cinq mille talens de pour-pre, qui ayant efté faite 190 ans auparavant, avoir conferve
la beauté de fa couleur-,parce, dit-il, que la rouge eftoit faiteavec du miel, & la blanche avec de l'huile. On eft bien em-pefchédefçavoirce que c'eft que cette pourpre rouge & cettepourpre blanche, & quelle eft cette confervation qui en eftfaite parle moyen du miel & de l'huile. Mercurial dans fes di-ver fes leçons pour demefler cela, dit que les Ancien s gar •doientl'humeurpourprée en deux manières. La premiere étoicen mettant dansle miel la chair pilée ayeefon lue qui faifoitun emalïe rouge. La féconde en feparant de la chair une veineblanche dans laquelle l'humeur pourprée eft contenue, cequi faifoit ce que Plutarque appelle la pourpre blanche, quieftant plongée dans l'huile s'y confervoitde roefme que l'au-tre dans le miel, jl femble néanmoins que Vitruve entendeque c'eftoit le fuc feul exprimé des huiftres qui fe mettoitdans le miel pour y eftre conferve.
CHAPITRE
X I V.
D
Des Couleurs Pourprées.
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* y~X N fait des Couleurs pourprées lorfque l'on teint la Craye avec la Garence & le ' Hjf-
* \^J gtnitm , de mefme qu'avec x le fuc de plufieurs fleurs on peut faire d'autres couleurs.
* C'eft pourquoy lorfque les Teinturiers veulent imiter » le Sil Attiqueils font bouillir desViolettes feiches dans de l'eau, & quand elle eft teinte ils la paifent dans un linge, & l'ex-
1. T e Hysginum. On ne fçait pas précisément ce que c'eftque le Hyfglnnm. Tous les Auteurs conviennent que c'eftune plante qui fert à teindre ,& que Paufanias dit s'appellerHyfgé. Mais ils ne font point d'accord quelle elle eft,ny mê-me quelle eftla couleur qu'elle fair. Les uns croyent que c'eftla pourprée,les autres la jaune, les autres la bleue, les autresla rou^e. il y a néanmoins beaucoup d'apparence que c eft■p la bleue : car Vitruve dit que Ton imite la pourpre, qui eft leviolet, avec la garance qui eft rouge & le Hyfcinwn : &l'on fçait que le mélange du ronge avec le bleu fait le violet.Pline dit auflique le H)fginwn le cultive dans la Gaule, ceoui peut faire croire que c'eft l'herbe lÇatu des Grecs, & leGlaflum des Larins qui eft appellee Guefde en France où ellecroît en abondance & meilleure qu'en nul autre pais, pourteindre en bleu, principalement en Languedoc-, car cell,: deNormandie appellee V«'ùtAe , a bien moins de force : Onfait de l'une &c de l'autre ce que l'on appelle Paftel, qui eftune pafte faite de l'heibe pilée & fechée avec fon fuc.
i. Le suc de plusieurs f rims. On dit que les bellescouleurs dont on peint les toillcs de coton & les fatins à la
Chinefontdes fucs d'herbes&-de fleurs,fans mélanged'au-cune autre chofe. Le fuc des fleurs & des autres parties desplantes qui croiflent en nos quartiers, ne fait point de bêl-es couleurs , principalement pour ce qui regarde le rouge ,fi on n'y méfie des leflïves qui chargent & qui enfoncent lescouleurs , & des aluns qui les rendent vives & éclatantes :mais par ce moyen les couleurs qui fe prennent des plantes,comme de la garance de la graine de vermillon , & de lacochenille .deviennent beaucoup plus belles qu'elles ne fontnaturellement fans cela : & il n'y a point dans les œillets nydans les fleurs de grenade un rouge auffi vif qu'en celuy desécarlates de Venife & de Holande.Et les rubans de laine quel'on appelle duponçeauont un rouge fans comparaifon pluséclatant & plus vif que les Pavots fauvages appeliez pon-ceaux dont ils ont le nom.
3. Le Sil ATTiQiiF. Demontiofius , ainfi qu'il a efté dit,pretend que le Sil attique eftoit bleu,&il fe fonde fur cet en-droit de Vitruve, fuppofant que la violette avec laquelle Vi-truve dit que l'on imite le S'il, fait une couleur bleiie. Phi-lander eft dans la mefme opinion à l'égard de la couleur de
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Ch. XIV.